Ce n’était pas le jour du lion Ziv.

Il se prélassait à l’ombre d’un arbre au fond de son enclos au Zoo biblique de Jérusalem, ignorant avec indolence les canards et les paons qui gambadaient à proximité comme pour se moquer de lui.

Un tout autre mâle régnait sur ce territoire l’année passée. Lider, euthanasié à l’âge de 16 ans à cause de sa santé qui se dégradait, aurait chassé les oiseaux, a expliqué Dennis Smith, chef du département des carnivores du zoo. En réalité, les importuns à plume n’auraient même jamais osé l’approcher.

« Bien sûr, c’était le roi du zoo », rappelle Sigalit Dvir-Hertz, la porte-parole.

Lider était très apprécié par les visiteurs, déclare-t-elle. Quand le lion est mort, beaucoup de gens ont appelé le zoo ou ont envoyé des lettres de condoléances disant qu’il allait leur manquer.

Mais ce n’est pas encore le royaume de Ziv.

Le lion asiatique âgé de deux ans et demi a été apporté à Jérusalem depuis la Suède au début du mois de janvier. Smith explique qu’il y était souvent enfermé dans une petite pièce, spécialement lors des hivers rigoureux.

Baptisé à l’origine Gir en hommage à la forêt Gir du parc national en Inde, le lieu de résidence de la plupart de lions asiatiques sauvages, on l’appelle maintenant Ziv. Après sept mois à Jérusalem, il n’est pas encore totalement sûr de ce qu’il veut faire de son nouvel espace.

Le début a été difficile pour lui. Il a dû rester 24 heures dans une boîte lors de son transfert de Suède ; il avait les yeux et le visage écorchés.

« Il ressemblait à un vieil homme, croyez-moi », explique Smith. « Maintenant, il a vraiment l’air mieux. »

Lors de ses premiers jours dans l’espace dédié aux lions au zoo de Jérusalem, il a rôdé dans les cages toute la journée.

« C’était vraiment horrible », se souvient Smith. « Mais c’est ce que les lions font dans un nouvel endroit. »

Le peu de premières fois où Ziv est sorti de sa tanière, il avait tout de suite hâte d’y retourner.

Et lorsqu’il est sorti, il était tout haletant, comme s’il venait de courir, a déclaré Smith. La foule, qui avait envie de le voir, l’énervait. Un tracteur qui passait suffisait à le faire paniquer et rentrer dans un sprint.

Lleniya, 16 ans elle est la lionne la plus vieille du zoo de Jerusalem (Crédit : Rebecca McKinsey/Times of Israel)

Ileniya, 16 ans elle est la lionne la plus vieille du zoo de Jerusalem (Crédit : Rebecca McKinsey/Times of Israel)

Maintenant, il a passe le plus clair de la journée dehors.

Ziv est en bonne santé, il mange 20 kg de poulet de bœuf accompagné de vitamines, de minéraux, de calcium un jour sur deux. Il aura simplement besoin de plus de temps pour s’habituer à sa nouvelle résidence.

Le zoo a construit une nouvelle « table » pour lui, mais il ne l’utilise pas. Son enclos lui donne suffisamment d’espace pour se promener et courir. Il a l’air content de rester dans son petit endroit.

Les gardiens du zoo séparent Ziv et Ilenia ; mettre des lions en captivité est un processus long et complexe.

L’une des premières fois que les lions se sont vus, même s’il y avait des barres entre eux, Ileniya a fait semblant de sauter sur le mâle bien plus jeune qui a été effrayé.

La place de Ziv en tant que nouveau lion mâle n’est toujours pas stabilisée, à l’image de sa crinière qui n’a pas encore totalement poussé. Il fait pourtant des progrès, explique Smith.

Ziv et Ilenya ont maintenant commencé à s’intéresser l’un à l’autre. Ils s’échangent des regards, ils se reniflent à travers les barres qui les séparent.

« Je les ai même vus se toucher le nez », explique Smith. « Je l’ai vu parler à Ilyenia en faisant un bruit amusant. »

L’âge de vieille femelle et sa condition de santé difficile ne permettront sûrement pas qu’ils accouplent, mais Smith continuera à les observer de près. Pour le moment, il continue de les séparer. Il prévoit d’installer des caméras afin de pouvoir surveiller leurs contacts la nuit.

Smith est un gardien patient, sa réputation dépasse largement la sphère du zoo. S’il aime ses lions, il a également une passion pour les oiseaux.

A de nombreuses reprises, les services de douane lui ont apporté des oiseaux illégalement importés qu’ils avaient interceptés.

L’un dont il s’occupe encore est un « Myna de la colline commune », une race asiatique connue pour ses capacités à parler. Cet oiseau là est aveugle et ne parle pas, mais il répond à Smith lorsqu’il le soulève et lui parle.

La patience est bénéfique pour Ziv. Le lion, aussi, répond à la voix de Smith maintenant. Dès qu’il voit le gardien s’approcher sur sa bicyclette rouge, le gros chat se requinque et suit du regard ses mouvements.

Ziv plaît à la foule qui l'admire (Crédit : Rebecca McKinsey Times of Israel)

Ziv plaît à la foule qui l’admire (Crédit : Rebecca McKinsey/Times of Israel)

Ziv a besoin de plus de temps, explique Smith. Il a également besoin d’une femelle.

La reproduction est très importante pour les lions asiatiques qui sont en voie d’extinction. Seuls 300 sont encore dans la nature et on en compte tout autant en captivité. C’est peu si l’on compare aux 1 500 lions africains vivant en captivité.

« Une femelle pourrait l’aider à se calmer », explique Smith. « Mais c’est très difficile d’en trouver une. »

Entre-temps, le gardien espère que le lion continuera à s’acclimater à Jérusalem, en construisant une relation avec Ilenia, même si cette relation ne sera jamais romantique. Smith souhaite également que Ziv s’habitue à la foule qui attend avec impatience de le voir.

Un jour ou l’autre, ce sera son royaume.