Israël en guerre - Jour 257

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Opinion

30e jour de la guerre : où tout a commencé et où tout se terminera

L'armée est entrée dans ce qui semble être le plus important bastion militaire jamais construit. Plus vite elle combattra, plus les soldats et les civils risqueront de mourir. Mais de combien de temps dispose-t-elle ?

David est le fondateur et le rédacteur en chef du Times of Israel. Il était auparavant rédacteur en chef du Jerusalem Post et du Jerusalem Report. Il est l’auteur de « Un peu trop près de Dieu : les frissons et la panique d’une vie en Israël » (2000) et « Nature morte avec les poseurs de bombes : Israël à l’ère du terrorisme » (2004).

Des troupes israéliennes en opération dans la bande de Gaza, le 4 novembre 2023. (Crédit : Israel Defense Forces vía AP)
Des troupes israéliennes en opération dans la bande de Gaza, le 4 novembre 2023. (Crédit : Israel Defense Forces vía AP)

La tuerie perpétrée le 7 octobre par le Hamas sur le sol israélien, un massacre qui a coûté la vie à 1 400 personnes, ne s’est pas produit « en-dehors de tout contexte », disent les critiques d’Israël avec à leur tête le secrétaire-général des Nations unies Guterres, cherchant à placer la pire attaque antisémite qui a été perpétrée depuis la Shoah dans un cadre qui attribuerait à Israël la responsabilité des atrocités subies par sa population. Et ce qui, par voie de conséquence, vient contrer les efforts livrés par Israël visant à ce que de telles horreurs ne se répètent jamais.

Effectivement, le 7 octobre n’est pas surgi du néant.

Il a commencé par la guerre de l’Indépendance – ou plutôt la guerre qui avait été déclarée contre l’État d’Israël naissant avec pour objectif d’empêcher son indépendance ou de la réduire, et de la réduire considérablement.

Il a continué par une série de guerres conventionnelles, d’attentats terroristes sans répit qui ont atteint un pic lors de la Seconde intifada. Il a continué par les campagnes en cours qui utilisent la guerre juridique pour diaboliser Israël et pour détruire sa légitimité.

Les politiques et les agissements d’Israël à l’égard des Palestiniens ne sont assurément pas exempts de tout reproche à travers les décennies – mais dans les initiatives intermittentes de paix qui ont pu avoir lieu, ceux qui ont pris la parole au nom des Palestiniens n’ont cessé de conditionner l’établissement de leur État indépendant à des exigences qui auraient entraîné la disparition du nôtre. Parmi ces conditions, l’insistance placée en permanence sur le « droit au retour », dans l’Israël d’aujourd’hui, de millions de réfugiés palestiniens et descendants des réfugiés d’origine – ce qui équivaudrait à établir un État de Palestine indépendant aux côtés d’un Israël transformé, lui aussi, en Palestine, en vertu de la loi implacable du nombre.

Feu le leader palestinien Yasser Arafat n’avait jamais abandonné le terrorisme et il avait encouragé la seconde Intifada plutôt que d’accepter une solution à deux États viable. Son successeur, Mahmoud Abbas, était plus modéré dans le passé – mais il n’aura jamais contredit le narratif d’Arafat, affirmant que les Juifs n’avaient ni Histoire, ni légitimité en Terre sainte et il a rejeté de manière croissante le sionisme en le dépeignant comme un projet colonial sans lien avec le Judaïsme. Ayant paru d’abord reconnaître la légitimité d’Israël dans les lignes pré-1967, il revendique dorénavant le droit de retourner vivre dans sa ville de naissance de Safed.

La famille et les amis du sergent-chef. Yonadav Raz Levenstein, soldat tué à Gaza, lors de ses funérailles au cimetière militaire du mont Herzl de Jérusalem, le 5 novembre 2023. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Je le répète encore une fois, Israël a souvent nui à sa propre cause sur la question palestinienne, en particulier en faisant la promotion des implantations juives dans toute la Judée-Samarie biblique, créant un enchevêtrement inextricable entre les Israéliens et les Palestiniens sur l’ensemble de ce territoire disputé, privant les Palestiniens les plus modérés d’un espoir d’indépendance, accordant une aura supplémentaire aux extrémistes palestiniens et réduisant graduellement la simple et unique possibilité de séparation ultime qui garantirait le maintien d’un État d’Israël juif et démocratique. Un phénomène israélien d’auto-destruction qui a atteint son paroxysme avec la coalition actuelle – une coalition où des suprématistes juifs racistes ont été placés au premier plan par le Premier ministre Benjamin Netanyahu.

Ainsi, non, « ça » n’a pas commencé le 7 octobre. Mais – et il faudrait que ce soit plus qu’évident aux yeux de tous – l’histoire difficile, complexe, du conflit israélo palestinien n’a jamais donné le droit à une armée terroriste, islamiste et sanguinaire de prendre d’assaut le sud du pays et de massacrer 1 000 civils dans leurs lits, dans leurs habitations, dans leurs communautés. Cette histoire difficile et complexe ne saurait être invoquée pour justifier les atrocités perpétrées par le Hamas et par les autres barbares qui ont assassiné 1 400 personnes et qui nous auraient tous tués s’ils en avaient eu les moyens. Et elle ne peut sûrement pas être légitimement invoquée dans le cadre d’une initiative qui vise, in-fine, à empêcher Israël de pouvoir se donner la garantie que de telles horreurs ne se reproduiront plus jamais.

« Ce droit à l’auto-défense et, en fin de compte, cette obligation d’avoir recours à l’auto-défense appartiennent à chaque nation », comme l’a dit le secrétaire d’État américain Antony Blinken à Tel Aviv, vendredi. « Aucun pays ne doit et ne peut tolérer le massacre d’innocents ».

Dans ce cas précis, Israël a l’obligation à l’égard de sa population d’éliminer le Hamas, dont les leaders ne laissent pas planer de doute sur leur détermination à commettre carnage après carnage jusqu’à l’anéantissement total d’Israël. Le pays a l’obligation de garantir que les 240 otages environ qui se trouvent actuellement entre les mains du Hamas et des autres groupes terroristes de Gaza seront remis en liberté. Et il a l’obligation – c’est primordial – de redonner aux Israéliens un sentiment de sécurité, des Israéliens qui, par centaines de milliers, se sont déplacés du sud vers le nord et qui sont actuellement dans l’incapacité de retourner d’où ils viennent en toute sûreté, même s’ils ont là-bas des habitations qui les attendent.

***

La réponse effroyable à la guerre, à l’international, ne fait que souligner l’impératif, pour Israël, de l’emporter et d’assurer sa survie.

Une manifestation en soutien aux Palestiniens et contre Israël dans le cadre de la guerre qui oppose actuellement Israël et le Hamas, dans la bande de Gaza, à Washington, le 4 novembre 2023. (Crédit : Olivier Douliery/AFP)

Le 7 octobre devient graduellement une référence accessoire, contestée, marginalisée dans une partie croissante de la communauté internationale et chez les dirigeants du monde entier -avec une présentation erronée du conflit à Gaza qui s’apparente à un effort concerté dont le but est de lier les mains d’Israël (et montrer à ceux qui façonnent les opinions publiques les images insupportables des atrocités commises par le Hamas, des images qui ont notamment été tournées par les caméras que les terroristes eux-mêmes portaient, ne renversera pas la tendance, mais Israël doit pourtant continuer à les montrer. Ce n’est pas de la « propagande », c’est déterminant pour comprendre la déclaration de guerre faite par Israël).

L’antisémitisme ne cesse de se renforcer sur tout le globe – sur les réseaux sociaux, sur les campus, dans les rues – entraînant des craintes sans précédent depuis des décennies dans la Diaspora juive. (Des individus, à New York City, dans l’Upper West Side, déchirent des affiches rappelant le sort des Israéliens kidnappés à Gaza ?!)

L’hostilité croissante à l’égard des Juifs, dans le monde entier, est souvent présentée sous la forme d’activisme pro-palestinien et il est étiqueté – de manière erronée – en tant que tel. Mais cet activisme fait souvent ouvertement campagne en faveur d’une Palestine qui s’étendrait « du fleuve jusqu’à la mer » – à savoir une Terre sainte dont le seul État juif du monde serait absent. Dans certains cas, c’est un activisme qui, loin de refuser les crimes monstrueux du Hamas, les célèbre, en réclame davantage. Alors qu’il n’est guère surprenant en Iran, qu’il est malheureusement prévisible en Turquie, il attire un soutien de plus en plus large aux États-Unis, au Royaume-Uni, au Canada, en France et dans le reste d’un Occident supposément éclairé – un phénomène terrifiant qui soulève des inquiétudes profondes pour les Juifs, partout dans le monde, en ce qui concerne la capacité du reste de l’Humanité à les traiter avec tolérance, avec respect, à assurer leur bien-être le plus fondamental.

C’est une raison supplémentaire pour Israël de vaincre le Hamas à tout prix. Israël, le refuge sûr des Juifs dans la détresse, la nation ressuscitée pour garantir que plus jamais les Juifs ne seront réduits à l’impuissance, doit être en mesure de conserver ce rôle de garant de la survie et de la sécurité du peuple juif.

***

Netanyahu devra répondre de ses manquements survenus en amont du 7 octobre une fois que ce sera fait – pour toutes les années où il a autorisé l’afflux de fonds à Gaza, nourrissant ainsi la machine de guerre du Hamas ; pour avoir divisé à tel point Israël, l’année passée, pour que les clivages en viennent à enhardir les terroristes, ouvrant la porte aux atrocités du 7 octobre.

Ce sera également le cas pour les chefs de l’armée et des renseignements, pour leur incapacité à tenir compte de ce que le Hamas disait, de ce qu’il planifiait au vu et au su de tous, choisissant de se leurrer en se noyant dans l’idée réconfortante d’un Hamas dissuadé de faire le mal. On ne peut qu’espérer qu’ils ne se leurrent pas de la même manière en ce qui concerne la réticence ostensible affichée par le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, face à la perspective d’un potentiel élargissement du conflit.

Mais si les chefs des services de sécurité partiront une fois que la guerre sera finie, ce ne sera pas nécessairement le cas du Premier ministre et de l’extrême-droite. Israël comprend tout un éventail d’électeurs suprématistes qui veulent non seulement (et peut-être même pas) Netanyahu, mais aussi le ministre de la Justice Yariv Levin, le ministre des Finances Bezalel Smotrich et le ministre de la Sécurité nationale Itamar Ben Gvir, malgré toutes les preuves du mal qu’ils ont causé au tissu de la société, avec le détournement des ressources vers la Cisjordanie, l’affaiblissement de la cohésion israélienne, les encouragements donnés au Hamas et à nos autres ennemis.

D’une manière ou d’une autre, l’heure de vérité arrivera pour Israël, pour ce que le pays veut être, pour sa capacité à rester uni. Pour le moment, l’unité qui a suivi le 7 octobre reste encore à un niveau relativement élevé. Le soutien apporté à l’armée est presque universel. Et il y a une guerre à gagner.

***

Cette guerre est loin d’être finie.

Israël est entré dans ce qui est très probablement le plus grand bastion militaire jamais construit. Les soldats avancent avec prudence vers le nord de Gaza, s’efforçant désespérément de réduire le plus possible le nombre de victimes dans leurs rangs, tout en tentant simultanément d’éviter de tuer les civils de Gaza que le Hamas cherche avec un cynisme outrancier à conserver dans la zone des combats.

Des Israéliens participent à un rassemblement appelant à la libération des Israéliens kidnappés par les terroristes du Hamas à Gaza sur la « place des otages », devant le siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, le 4 novembre 2023. (Crédit : Avshalom Sassoni/Flash90)

Ceux qui anticipent un conflit relativement court sont simplement irréalistes. Plus rapidement l’armée avancera, plus le nombre de victimes sera élevé – parmi les militaires israéliens et parmi les civils de Gaza.

L’armée, à notre connaissance en tout cas, n’envoie pas les soldats dans les tunnels. Et il ne faut le faire « sous aucun prétexte », a asséné l’ancien chef d’état-major adjoint Yair Golan, la semaine dernière. « Le plus sage est de trouver l’entrée et de les sceller, ou d’envoyer de la fumée à l’intérieur, ce qui obligera l’ennemi à en sortir ou ce qui lui portera atteinte », a-t-il indiqué. « Croyez-moi sur parole : l’armée israélienne a les capacités, aujourd’hui, de prendre en charge ces tunnels de manière efficace. Elle a les connaissances et les moyens nécessaires pour le faire. Si les hommes du Hamas restent dans les tunnels, ils deviendront un pièce mortel pour eux ».

Mais il faudra du temps.

De la même façon, ceux qui ont pu s’attendre à une opération de secours des otages du type Entebbe seront déçus, c’est presque certain. Le Hamas avait conservé en détention Gilad Shalit, enlevé sur sa base militaire au mois de juin 2006, quelque part dans Gaza pendant plus de cinq ans. Il y avait alors un seul captif israélien que le pays n’était pas parvenu à localiser, sans même parler de le secourir. Aujourd’hui, il y a environ 240 otages qui se trouvent à Gaza – certains entre les mains du Hamas, d’autres entre les mains d’autres groupes terroristes ou clans.

Il faudra du temps.

Les sources et les analystes militaires disent qu’il faudra plusieurs mois pour s’attaquer au Hamas dans le secteur de Gaza City seulement.

Pour toutes les frappes en cours effectuées par l’armée sur des chefs terroristes et sur des hommes armés, sur des tunnels et sur des centres de commandement, sur des lanceurs de roquette et sur des entrepôts d’armement, le Hamas aurait, selon les estimations, environ 30 000 terroristes sur le front. 80 % de son réseau de tunnels souterrains serait encore intact, selon les analystes militaires. Le groupe terroriste ne montre aucun signe de défaite ; personne ne se rend ; il est encore capable de déplacer ses forces ; il continue à lancer des roquettes dans les profondeurs d’Israël.

Des manifestants brandissent des panneaux et des drapeaux palestiniens pendant le « London Rally For Palestine » à Trafalgar Square, dans le centre de Londres, le 4 novembre 2023. (Crédit : JUSTIN TALLIS / AFP)

Mais alors que le Hamas continue à induire en erreur une proportion croissante de la communauté internationale sur ce qui est en train de se produire sur le terrain – une communauté internationale qui a depuis longtemps tourné la page sur les événements impensables du 7 octobre – et alors que les politiciens qui soutiennent Israël ressentent la brûlure croissante d’opinions publiques chauffées à blanc et irresponsables, la question est de savoir de combien de temps bénéficiera l’armée.

Combien de temps notre gouvernement si problématique, odieux plus qu’il ne le faudrait, parviendra-t-il à trouver les compétences et la prudence nécessaires pour assurer la latitude d’action dont notre armée a besoin ? A quel niveau de pression extérieure saura résister notre coalition dysfonctionnelle ? Et à quel point les soutiens d’Israël sauront-ils se montrer résolus, intègres – plus particulièrement le président américain Joe Biden et son administration?

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