450 des 452 attentats suicides de 2015 ont été perpétrés par des extrémistes musulmans
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450 des 452 attentats suicides de 2015 ont été perpétrés par des extrémistes musulmans

Un rapport du think tank de l'INSS montre que le chiffre global est en baisse par rapport en 2014, mais en hausse sur 2013 ; plus de femmes impliquées ; l’Europe et l’Afrique sont entraînées

Avi Issacharoff est notre spécialiste du Moyen Orient. Il remplit le même rôle pour Walla, premier portail d'infos en Israël. Il est régulièrement invité à la radio et à la télévision. Jusqu'en 2012, Avi était journaliste et commentateur des affaires arabes pour Haaretz. Il enseigne l'histoire palestinienne moderne à l'université de Tel Aviv et est le coauteur de la série Fauda. Né à Jérusalem , Avi est diplômé de l'université Ben Gourion et de l'université de Tel Aviv en étude du Moyen Orient. Parlant couramment l'arabe, il était le correspondant de la radio publique et a couvert le conflit israélo-palestinien, la guerre en Irak et l'actualité des pays arabes entre 2003 et 2006. Il a réalisé et monté des courts-métrages documentaires sur le Moyen Orient. En 2002, il remporte le prix du "meilleur journaliste" de la radio israélienne pour sa couverture de la deuxième Intifada. En 2004, il coécrit avec Amos Harel "La septième guerre. Comment nous avons gagné et perdu la guerre avec les Palestiniens". En 2005, le livre remporte un prix de l'Institut d'études stratégiques pour la meilleure recherche sur les questions de sécurité en Israël. En 2008, Issacharoff et Harel ont publié leur deuxième livre, "34 Jours - L'histoire de la Deuxième Guerre du Liban", qui a remporté le même prix

Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats terroristes du 13 novembre à Paris, tenant un drapeau de l'Etat islamique dans cette image non datée d'un magazine publié par le groupe terroriste (Crédit : Capture d'écran)
Abdelhamid Abaaoud, le cerveau présumé des attentats terroristes du 13 novembre à Paris, tenant un drapeau de l'Etat islamique dans cette image non datée d'un magazine publié par le groupe terroriste (Crédit : Capture d'écran)

Il y a eu moins d’attentats suicides dans le monde en 2015 qu’en 2014, « seulement » 452 comparés à 592, selon un nouveau rapport d’une équipe de recherche israélienne.

Mais tirer des conclusions d’une simple comparaison des chiffres globaux « n’est pas intelligent », prévient Yoram Schweitzer, directeur du programme sur le terrorisme et les conflits de basse intensité à l’institut d’étude de la sécurité nationale (INSS) de l’université de Tel Aviv.

D’une part, le chiffre de 2014 est particulièrement haut (2013 a connu un chiffre plus bas de 382 attentats suicides), donc personne ne devrait être encouragé.

D’autre part, Schweitzer et son équipe – la coordinatrice du projet Daria Schitrit et les membres de l’équipe Smadar Shaul et Einav Yogev – ont utilisé une méthodologie sophistiquée pour suivre les statistiques des attentats suicides qui va bien plus loin que le simple total.

Et donc, avant de discuter des conclusions de son dernier rapport, un peu de méthodologie et de contexte.

Comme il l’a expliqué cette semaine au Times of Israel, « Nous ne comptons pas chaque revendication d’attentat suicide. En d’autres termes, ce n’est pas suffisant que l’Etat islamique revendique un certain nombre d’attentats suicides. Quelques groupes aiment affirmer qu’ils ont mené des attentats suicides pour sembler plus important et plus puissant. Nous nous fondons toujours sur au moins deux sources pour déterminer si un attentat suicide a vraiment eu lieu. Et même ainsi, chaque détermination que nous faisons est toujours évaluée parce que nous ne pouvons jamais être précis sur les pourcentages, et certainement pas dans des endroits comme la Syrie ».

Yoram Schweitzer (Capture d’écran : YouTube/Yoram Schweitzer : "Face au terrorisme, il ne faut surtout pas paniquer")
Yoram Schweitzer (Capture d’écran : YouTube/Yoram Schweitzer : « Face au terrorisme, il ne faut surtout pas paniquer »)

« Puis vient un autre problème, a précisé Schweitzer. Quels attentats terroristes définissons-nous comme un attentat suicide, et lesquels n’en sont pas. Ma définition personnelle inclut tous les attentats terroristes qui ont été perpétrés par un terroriste qui portait sur sa propre personne ou dans une plate-forme mobile du matériel explosif. Ils sont implantés à l’intérieur ou envoyés sur les cibles, et leur mort certaine les définit comme des suicides. En d’autres termes, la définition n’inclut pas des attaques ‘sacrificielles’ de différents types, ou des personnes brandissant des couteaux ou des ciseaux ».

Contrairement à d’autres chercheurs, Schweitzer ne pense pas que les attentats suicides au Moyen-Orient ont commencé en 1983, quand des agents du Hezbollah ont attaqué l’ambassade américaine et le quartier général du corps des marines à Beyrouth, mais deux ans plus tôt – avec un attentat perpétré par un terroriste kamikaze envoyé, évidemment par les Iraniens, à l’ambassade irakienne au Liban.

« Un autre point important que nous devons comprendre ici est que nous ne comptons pas les attentats suicides en fonction du nombre d’attaquants. En d’autres termes, nous considérons l’attentat terroriste de Paris il y a deux mois comme une seule attaque, même s’il y a eu sept terroristes kamikazes ».

Et maintenant, les conclusions pour 2015.

« Contrairement à ce que les gens pensent généralement, l’année dernière n’a pas été exceptionnellement ‘sauvage’ en ce qui concerne les attentats suicides. Il y a eu bien moins d’attaques qu’en 2014, bien que le nombre de victimes reste presque le même – 4 370 personnes tuées en 2015 contre 4 400 personnes en 2014. »

Ce qui signifie, « pour le dire autrement, les attentats terroristes sont plus mortels ».

Schweitzer précise : « En ce qui concerne le nombre de terroristes kamikazes, ils étaient environ 735 en 2015 contre 937 l’année précédente. Pour le ratio de terroristes kamikazes par rapport aux attaques terroristes, il y avait presque deux terroristes kamikazes par attaque en 2014, et la statistique pour 2015 n’est pas très éloignée de ce nombre ».

Le Moyen-Orient continue à être en tête de la liste du nombre d’attentats terroristes, comme il l’a fait en 214. Mais il y a une diminution significative ici : 207 attentats terroristes au Moyen-Orient en 2015 contre 370 en 2014 – une baisse de 44 %.

La baisse du nombre d’attentats terroristes est principalement attribuée à la réduction spectaculaire du nombre d’attentats en Irak et en Afghanistan, qui étaient en tête de liste ces dernières années.

Selon Schweitzer, 115 attentats terroristes ont eu lieu en Irak en 2015 contre 271 en 2014, peut-être grâce à la relative stabilité des régions qui faisaient formellement parties de l’Irak (dont certaines sont sous la domination de l’Etat islamique, d’autres dirigées par le gouvernement irakien, et la troisième une région kurde autonome).

En Afghanistan, 69 attentats terroristes ont eu lieu en 2015, contre 124 en 2014. Le nombre d’attentats terroristes a également baissé au Liban (trois en 2015 contre 13 en 2014), et au Yémen (13 en 2015 contre 29 en 2014, bien qu’un attentat terroriste particulièrement mortel ait pris place là-bas en mars, tuant 137 personnes). En 2015, 24 attentats terroristes des talibans pakistanais ont eu lieu au Pakistan (contre 36 en 2014), et un attentat terroriste a eu lieu en Tunisie.

Le nombre d’attentats suicides en Syrie reste stable, avec 39 en 2015 contre 41 en 2014. L’Egypte a vu une hausse, avec 12 attentats en 2015, contre quatre en 2014 (la plupart dans le Sinaï). Le nombre a légèrement augmenté en Lybie, passant de 11 en 2014 à 13 en 2015. Cinq attentats suicides ont eu lieu en Arabie Saoudite en 2015, contre un seul attentat suicide en 2014.

Les « stars » montantes : l’Afrique – et les femmes

« La plus grande hausse de l’année a eu lieu en Afrique, déclare Schweitzer, avec 122 attentats suicides en 2015 contre 32 attentats terroristes en 2014. Le responsable est Wilayat Gharb Ifriqiyya, le groupe ouest africain de l’Etat islamique, précédemment connu comme Boko Haram et Ansaru, qui a rejoint l’Etat islamique en mars dernier. En 2015, 96 attentats suicides ont eu lieu au Nigéria, 13 au Cameroun, huit au Tchad et cinq au Niger. »

« Les attentats n’ont commencé à se répandre au-delà des frontières du Nigéria qu’en 2015, après que Boko Haram et Ansaru se sont eux-mêmes affiliés à l’Etat islamique, note-t-il. Ces nouveaux pays ou des attentats suicides ont eu lieu ont fait partie d’une coalition contre Boko Haram. En d’autres termes, les attentats ont deux facteurs en commun. L’un était le désir de l’Etat islamique de s’étendre, idéologiquement et physiquement, autant que possible dans toute la région. L’autre était le désir de blesser ceux qui l’ont attaqué. »

Il continue, « le second point qui semble en hausse est le nombre d’attentats terroristes menés par des femmes. C’est un point important.

En 2015, 66 attentats terroristes ont été menés uniquement par des femmes, sur un total de 70 attentats terroristes dans lesquels les femmes étaient impliquées, contre seulement 13 en 2014. En 2015, 124 femmes ont pris part à des attentats suicides, contre 19 en 2014.

Presque toutes – 120 sur 124 – ont été déployées par Wilayat Gharb Ifriqiyya. Donc, dans les faits, le nombre de terroristes kamikazes femmes n’a augmenté que dans une seule région : l’Afrique. Les quatre autres terroristes kamikazes femmes étaient de Somalie, d’Afghanistan, du Turquie et d’Inde. Sur les 120 terroristes femmes en Afrique, 35 étaient adolescentes ou des enfants âgées de huit à 18 ans. »

(Il n’est pas évident que ces attentats terroristes soient en lien avec l’enlèvement de centaines d’adolescentes d’une école de la ville nigériane de Chibok en avril 2014. Le nombre exact de victimes enlevées reste inconnu. Les attentats suicides perpétrés par des femmes en Afrique ont débuté deux mois après.)

Un policier sur les lieux de l'enquête après un attentat suicide commis par une femme kamikaze qui s'est faite exploser dans une station de police du quartier le plus touristique d'Istanbul, en Turquie, le 6 janvier 2015. (Crédit : AFP/OZAN KOSE)
Un policier sur les lieux de l’enquête après un attentat suicide commis par une femme kamikaze qui s’est faite exploser dans une station de police du quartier le plus touristique d’Istanbul, en Turquie, le 6 janvier 2015. (Crédit : AFP/OZAN KOSE)

La nouvelle scène qui a été ajoutée à la liste des lieux d’attentats suicides en 2015 est l’Europe centrale, avec le bain de sang d’il y a deux mois à Paris. Cinq attentats suicides ont eu lieu en Turquie également : un par un mouvement kurde clandestin, un par un groupe de gauche et trois par l’Etat islamique.

Le président américain Barack Obama présente ses respects avec le président français François Hollande  à un mémorial à l'extérieur du Bataclan à Paris le 30 novembre 2015 (Crédit : AFP / JIM WATSON)
Le président américain Barack Obama présente ses respects avec le président français François Hollande à un mémorial à l’extérieur du Bataclan à Paris le 30 novembre 2015 (Crédit : AFP / JIM WATSON)

Les « stars » familières : l’Etat islamique et l’islam radical

Sans surprise, l’Etat islamique continue à jouer un rôle de premier plan dans l’étude de Schweitzer cette année également, avec 174 des 452 attentats suicides de 2015 qui lui sont attribués. L’Etat islamique en a revendiqué 75, 74 sont attribués à l’Etat islamique en Irak et 25 de plus en Syrie (sans responsabilités directes).

Ce nombre ne comprend pas les attentats terroristes qui ont mené par des « auxiliaires » de l’Etat islamique – dont 134 attentats suicides qui ont été menés par des membres de Wilayat Gharb Ifriqiyya et de Wilayat Sinai. Simplement pour la comparaison, le front al-Nosra a revendiqué quatre attentats suicides. La participation d’Al-Qaïda, avec ses nombreux groupes affiliés dans le monde, dans les attentats suicides a faibli cette année, poursuivant ainsi une tendance initiée en 2014.

Evidemment, nous ne pouvons pas éviter de mentionner l’élément religieux comme le facteur le plus significatif qui motive les terroristes kamikazes à travers le monde.

Voici la statistique la plus spectaculaire : 450 des 452 attentats suicides de 2015 ont été perpétrés par des extrémistes musulmans. L’un des deux autres attentats a été perpétré par un mouvement kurde clandestin. L’autre a été mené par une femme soutenant un groupe d’extrême-gauche en Turquie.

Aucun attentat suicide n’a eu lieu sur la scène palestinienne en 2015. Schweitzer n’offre aucun réconfort. « Aucun n’a été fructueux, mais il y a eu des projets et des tentatives », note-t-il.

Des hommes armés des brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas, pendant un défilé marquant le 28ème anniversaire du mouvement terroriste islamiste, le 11 décembre 2015, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza. (Crédit : Said Khatib/AFP)
Des hommes armés des brigades Izz al-Din al-Qassam, la branche militaire du Hamas, pendant un défilé marquant le 28ème anniversaire du mouvement terroriste islamiste, le 11 décembre 2015, à Khan Yunis, dans le sud de la bande de Gaza. (Crédit : Said Khatib/AFP)
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