5 choses que vous ignoriez sur la Finlande et les Juifs
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5 choses que vous ignoriez sur la Finlande et les Juifs

L'histoire de la communauté comprend des Finnois juifs ayant combattu aux côtés des soldats allemands contre l'Union soviétique au cours de la Seconde Guerre mondiale

Les hommes des unités Waffen SS finlandaises retournent chez eux, en 1943 (Crédit : Wikimedia/Creative Commons)
Les hommes des unités Waffen SS finlandaises retournent chez eux, en 1943 (Crédit : Wikimedia/Creative Commons)

JTA — Le sommet organisé ce lundi entre le président Donald Trump et son homologue russe Vladimir Poutine en Finlande replace la nation scandinave dans un rôle qu’elle n’avait pas assumé depuis des décennies : Celui de passerelle politique et de négociateur entre la Russie et l’Occident.

Démocratie de l’Union européenne dont la frontière avec la Russie est plus longue que la distance entre New York et Chicago, la Finlande, durant la guerre froide, s’est appuyée sur des siècles d’expérience diplomatique pour définir une ligne de prudence, indépendante des deux blocs, avant de s’aligner pleinement sur l’Occident suite à l’effondrement de l’Union soviétique.

Pour les Juifs, néanmoins, même après la guerre, la Finlande a continué de servir de portail entre les mondes – une fonction qui aura résulté en une histoire fascinante remplie de rebondissements improbables et de phénomènes uniques en leur genre.

Alors que tous les regards se sont tournés vers la Finlande en amont de ce sommet, JTA a collecté cinq anecdotes liées à l’histoire juive extraordinaire du pays.

La communauté juive finlandaise est née dans le péché.

Alors que la majorité des communautés juives européennes avaient commencé par des marchands à la recherche de nouveaux horizons, les débuts de la communauté juive finlandaise sont ancrés dans un crime raciste et barbare commis contre certains des membres les plus vulnérables de la société – les enfants juifs défavorisés.

Ceci parce que les tous premiers Juifs arrivés en Finlande étaient d’anciens cantonistes, ces enfants et ces petits garçons qui, jusqu’en 1856, étaient forcés de rallier l’armée de la Russie tsariste pour une période allant jusqu’à 29 ans.

Cette synagogue de Turku est l’une des deux de Finlande (Crédit : Wikimedia Commons)

La Finlande était alors un protectorat peu peuplé de la Russie – qui s’est séparé de cette dernière et qui a déclaré son indépendance en 1918 – mais son indépendance relative, en tant que zone frontalière, attirait alors les soldats sur le retour. Ils voulaient s’éloigner le plus loin possible de ce gouvernement qui les avait séparés de leurs familles pendant des décennies de service laborieux parce qu’ils étaient simplement Juifs.

En Finlande, des centaines d’entre eux « ont finalement dépassé le système et ont trouvé un asile sûr », a écrit en 2012 Andre Swanström, président de la Société finnoise de l’histoire de l’église dans un essai intitulé Nicolas 1er et les soldats cantonistes juifs en Finlande.

Les Juifs finlandais ont combattu (et prié) aux côtés des soldats de Hitler

La Finlande, une nation qui avait toujours plié sous le joug de la domination russe, a combattu pendant la Seconde Guerre mondiale contre l’Union soviétique avec le soutien des Allemands et les armes du Reich à l’occasion de ce qui est dorénavant connu en finnois sous le nom de Talvisota – ou guerre d’hiver.

Résistant à l’invasion russe, contre toute attente, les Finlandais ont stabilisé le front aux alentours des forêts de Carélie, dans le sud du pays, où les soldats Allemands ont été finalement déployés aux côtés des autochtones – et notamment des Juifs.

Cette anomalie a été due au refus du maréchal finlandais Karl Gustav Mannerheim d’abandonner un seul des 2700 résidents juifs du pays aux nazis, malgré leur demande. En précaution, Mannerheim avait ordonné qu’aucun soldat juif finnois ne serve sous le commandement des alliés allemands. Les soldats juifs avaient même une synagogue de terrain, où des douzaines d’entre eux priaient régulièrement, à moins de deux kilomètres du principal déploiement de l’armée allemande dans leur pays natal.

La situation a ainsi créé de nombreuses interactions étonnantes, selon Gideon Bolotowsky, ancien leader de la communauté juive finnoise. Feu son père, Sholom, avait servi dans l’armée finlandaise à un poste d’interprète et de liaison auprès des troupes allemandes.

« Quand les Allemands avaient demandé à mon père comment il avait appris à parler un allemand tellement bon, il leur avait répondu : ‘Il est important de connaître la langue de votre ennemi’, » s’est souvenu Bolotowsky, hilare. « Ils n’avaient pas vraiment apprécié sa réponse ».

Il a montré une photographie ancienne montrant son père dans un uniforme gris de la Wehrmacht – une autorisation de la machine de guerre allemande – une mitraillette finlandaise à la main.

Gideon Bolotowsky, à gauche, l’ancien leader de la communauté juive finnoise. Feu son père, Sholom, est vu portant l’uniforme allemand et tenant une mitraillette finnoise durant la Seconde guerre mondiale (Autorisation : Bolotowsky)

« Il était gêné de faire ça », a expliqué Bolotowsky en évoquant son père. « Mais vous êtes dans l’armée. Vous suivez les ordres ». Sholom et son frère Haim ont tous deux servi aux côtés des Allemands pendant trois ans, jusqu’en 1944.

L’autre oncle de Bolotowsky, pour sa part, a combattu aux côtés des Russes contre les forces finlandaises et allemandes. L’histoire de sa famille démontre comment la ligne de front, en Finlande, a été la première campagne militaire internationale majeure en Europe depuis la Première guerre mondiale, dans laquelle les Juifs se battaient sur des fronts opposés.

Un médecin juif qui a servi dans l’armée finnoise, Leo Skurnik, aura soigné les soldats allemands SS sous le feu avec tant de courage que les officiers allemands ont décidé de lui remettre la Croix de fer, même s’ils savaient qu’il était Juif, selon un reportage réalisé en 2014 sur les vétérans juifs finlandais de la guerre paru dans le Daily Telegraph.

En apprenant qu’il recevrait cette récompense, Skurnik a déclaré à son commandement finnois de dire aux Allemands qu’il « se f… de cette récompense ». Le commandant, Hjalmar Siilasvuo, a transmis ce message verbatim, selon l’article, et Skurnik n’a jamais été distingué.

Le dernier des injustes ?

Plus de sept décennies après la Shoah, la Finlande est devenue cette année la dernière nation européenne a annoncer une enquête officielle sur la complicité de ses troupes pendant le génocide.

Le président Sauli Niinisto a fait part de l’établissement de la première commission d’enquête de ce genre au mois de janvier, suite à la récente découverte de témoignages écrits par un officier finnois de la Waffen SS qui a confessé avoir activement participé aux meurtres de masse de Juifs en Ukraine.

Cela a été un coup majeur porté à une nation qui s’enorgueillit d’être l’un parmi une poignée de pays à s’être publiquement dressé contre la politique génocidaire nazie.

Après tout, jusqu’à cette découverte, on pensait que les responsables finlandais avaient sauvé les 2 700 Juifs du pays – dont 300 immigrants qui n’étaient même pas ses citoyens (un plan du chef de la police d’expulser en secret les 300 étrangers avait été déjoué par ses supérieurs).

Mais Andre Swanström, président de la Société finnoise de l’histoire de l’église, a signalé l’année dernière au centre Simon Wiesenthal les lettres incriminantes de volontaires finlandais servant dans l’unité SS nazie. Ce qui a motivé l’ouverture de l’enquête actuelle, réalisée par des historiens nommés par l’Etat.

Dans l’une de ces lettres, le soldat finlandais SS Olavi Kustaa Aadolf Karpo se plaint aux officiers et à l’aumônier militaire Ensio Pihkala de devoir ouvrir le feu sur des Juifs – mais non pour d’éventuelles réserves morales. Il cite plutôt son désir de lutter contre les Russes et écrit que « pour l’exécution des Juifs, des personnels moins qualifiés auraient été suffisants ».

Dans leurs courriers, Karpo et d’autres SS protestent également contre leur envoi dans une usine alors que leurs frères d’armes ont eu la chance de « tuer des Ivanovitch à tête à picot » – en référence aux Russes. Suite à la Seconde Guerre mondiale, Karop devait immigrer au Venezuela où il est mort en 1988. Au moins cinq autres Finlandais auraient participé à des crimes de guerre contre les Juifs, a écrit Swanström.

La route finnoise vers la liberté

Avant même la dissolution officielle de l’URSS en 1991, les sionistes chrétiens ont commencé à utiliser la Finlande comme canal pour faire sortir les Juifs soviétiques. Dans les année 1990, Ulla Jarvilehto, activiste finlandais en faveur de l’alyah, ou immigration vers Israël, avait commencé à coordonner depuis Helsinki le tout premier vol d’Alyah de l’ICEJ (International Christian Embassy Jerusalem).

A la fin de la même décennie, l’ICEJ avait parrainé 54 vols bondés et amené plus de 15 000 olim, ou immigrants, par le biais de ce qui est devenu connu sous le nom de « Voie finnoise ». Helsinki est ainsi devenu un portail majeur pour les communautés juives du nord-est de l’Europe, notamment originaires de Riga et de St. Petersbourg. Dans un grand nombre de ces vols, les immigrants russes vers Israël s’étaient envolés avec des sionistes chrétiens qui partaient faire un pèlerinage, menant à des rencontres bouleversantes, selon Howard Flower, le directeur de l’alyah de l’ICEJ.

Aujourd’hui, quitter la Russie est bien moins chaotique que cela ne l’était à cette période. Mais la Voie finnoise est encore populaire auprès des immigrants russes vers Israël (ils étaient 7 224 en 2017, faisant de la Russie le pays fournissant le plus de nouveaux immigrants à Israël cette année-là).

Ceci parce que de nos jours, les sionistes chrétiens finlandais accueillent des familles russes liées à Israël dans leurs foyers pour quelques jours de repos et de détente avant qu’ils n’effectuent le grand plongeon et qu’ils bravent les défis bureaucratiques et culturels liés à l’alyah.

Des immigrants russes lors d’une cérémonie qui marque le 25ème anniversaire de la Grande Alyah de Russie, au Jerusalem Convention Center, le 24 décembre 2015. (Crédits : Hadas Parush/Flash90)

« Les hôtes offrent aux famille une expérience du spa finnois mais dans un cadre familial », a expliqué Flower. « Pendez à de longs saunas et à de délicieux repas scandinaves ».

Un refuge sûr

Pris en sandwich entre la Suède – qu’un grand nombre d’observateurs considèrent comme un point de conflit pour les Juifs – et la Russie, avec son histoire de persécutions qui aura duré des siècles, la Finlande est peut-être le seul pays européen où les Juifs ont connu une sécurité sans interruption depuis le début de leur présence sur le territoire.

Le pays n’a connu aucune agression physique contre les Juifs depuis des décennies et les discours de haine antisémites y sont également rares. Le néo-nazisme y est un phénomène marginal sans réelle présence de rue et le jihadisme n’y est pas une question majeure : Contrairement à ses voisins nordiques, ce pays de 5,4 millions d’habitants n’a pas ouvert ses portes à l’immigration musulmane. Il y aurait environ 54 000 musulmans en Finlande et 1 400 Juifs.

La communauté juive a reçu, un 2013, un nouveau grand rabbin, Simon Livson, âgé de 30 ans lors de sa nomination – l’un des plus jeunes dans le monde.

Bien sûr, la vie en tant que Juif en Finlande n’est pas parfaite. La production de viande casher – comme de viande halal – et les méthodes rituelles d’abattage y sont considérées comme cruelles. Et il y a le défi du jeûne, pour Tisha beAv, pendant environ 19 heures – la durée de lumière du jour qu’il y a à Helsinki pendant l’été. Mais être pro-israélien est probablement moins controversé en Finlande que partout ailleurs en Scandinavie nordique.

Ces dernières années, le Finlande et le Danemark ont émergé comme étant les alliés les plus proches de l’Etat juif dans cette région, où le conflit israélo-palestinien a terni la réputation d’Israël et les relations diplomatiques avec la Suède, la Norvège et l’Islande.

Au début du mois, les médias finnois ont rapporté que la Finlande, pays innovateur en hautes-technologies et en communications avec peu de ressources naturelles, achètera des missiles navals Gabriel fabriqués en Israël. Il s’agit d’un accord énorme estimé à 500 millions de dollars.

De telles relations auraient été impensables lorsque la politique étrangère de la Finlande était encore créée pour adoucir son voisin à l’est, l’Union soviétique, célèbre pour avoir été anti-Israël. A cette époque, la Finlande s’alignait aux Nations unies avec Moscou sur le problème du Moyen-Orient, selon Bolotowsky, l’ancien leader communautaire.

« C’était un geste peu coûteux pour s’attirer les faveurs de la Russie », a-t-il commenté en évoquant les antécédents de vote anti-israéliens de la Finlande dans les forums internationaux. « Mais cette époque est bel et bien terminée ».

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