5 histoires de soldats juifs morts au combat en 1948
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5 histoires de soldats juifs morts au combat en 1948

Des centaines de Juifs sont morts lors des combats pour Jérusalem, jeunes immigrants ou vétérans expérimentés ; il reste des monuments ou des sites hors de la capitale

  • De gauche à droite : Yaakov Stutsky, Yitzhak Mordecai, Haim Poznansky, Mordecai Franco. (Autorisation/Conservateur Beit Hapalmach)
    De gauche à droite : Yaakov Stutsky, Yitzhak Mordecai, Haim Poznansky, Mordecai Franco. (Autorisation/Conservateur Beit Hapalmach)
  • Un bunker utilisé par les forces arabes près de Beit Mahsir , aux abords de Jérusalem. Un avion piloté par un pilote de la RAF, Yariv Sheinboim, s'était écrasé près du village pendant une opération en 1948 (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Un bunker utilisé par les forces arabes près de Beit Mahsir , aux abords de Jérusalem. Un avion piloté par un pilote de la RAF, Yariv Sheinboim, s'était écrasé près du village pendant une opération en 1948 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Une autoroute, àrès de Jérusalem, a été le lieu de combats féroces en 1948 (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Une autoroute, àrès de Jérusalem, a été le lieu de combats féroces en 1948 (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • La montagne des pilotes (Har Hatayasim), site de commémoration majeur des forces aériennes dans les collines de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    La montagne des pilotes (Har Hatayasim), site de commémoration majeur des forces aériennes dans les collines de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Le cimetière deKiryat Avavim et la tombe de Mordecai Franco, tué à l'âge de 17 ans pendant la guerre de l'Indépendance, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Le cimetière deKiryat Avavim et la tombe de Mordecai Franco, tué à l'âge de 17 ans pendant la guerre de l'Indépendance, à Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Les fortifications laissées par les Arabes à Nebi Samuel aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
    Les fortifications laissées par les Arabes à Nebi Samuel aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
  • Des soldats de la Palmach avaient tenté d'entrer par la porte de Sion à Jérusalem pour entrer en contact avec les Juifs de la Vieille Ville, en 1948 (Crédit :  Shmuel Bar-Am)
    Des soldats de la Palmach avaient tenté d'entrer par la porte de Sion à Jérusalem pour entrer en contact avec les Juifs de la Vieille Ville, en 1948 (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Six mois avant son assassinat, et 47 ans après les événements qu’il allait évoquer, feu le Premier ministre Yitzhak Rabin s’était souvenu du jour où Yaakov Stutsky était tombé sur le champ de bataille. A l’époque, Rabin était le commandant de la brigade Harel, formée le 16 avril 1948, avec des soldats qui servaient dans la Palmach — la force d’élite du réseau clandestin Haganah.

La Jérusalem juive était assiégée par les Arabes depuis des mois et la situation dans la ville était désespérée. Coupée de toutes les autres communautés juives, la ville n’avait qu’une seule source d’approvisionnement : Une route étroite et à une seule voie partant de la côte et qui passait sous les hauteurs fortifiées habitées par des Arabes hostiles. La brigade Harel regroupait des soldats de la Palmach dans le but spécifique de protéger la route – avec un grand nombre de militaires déjà expérimentés dans la guerre pour le contrôle de la région.

Stutsky était l’un des 1 400 jeunes hommes et femmes, au sein de la nouvelle brigade, qui avaient été déployés pour garantir que les convois pourraient approvisionner Jérusalem en toute sécurité.

Ce sont des milliers de soldats qui ont perdu la vie pendant la guerre de l’Indépendance. Mais Rabin, qui avait pris la parole lors d’une cérémonie de commémoration sur le mont Herzl, avait particulièrement évoqué Stutsky. Il semble que les deux hommes avaient échangé leurs vestes – celle de Stutsky étant bien trop grande pour lui, tandis que celle de Rabin était trop petite.

Yaakov Stutsky. (Autorisation/Conservateur de Beit Hapalmach)

Le 20 avril, Stutsky et ses hommes avaient rejoint un convoi qui se dirigeait vers Jérusalem. Après le déchargement de médicaments, de carburant et d’armes par les soldats, remis aux résidents de la ville, le convoi avait amorcé son retour. Lorsqu’il était arrivé aux abords de Shaar Hagai, des Arabes, bien équipés, avaient dévalé la colline et ils avaient attaqué les véhicules à leur approche.

Le convoi avait essuyé des tirs lourds et Stutsky était monté au front pour empêcher l’avancée des Arabes. Les renforts étaient finalement arrivés mais la brigade avait subi de nombreuses pertes dans l’intervalle.

L’attaque avait fait des douzaines de victimes. Rabin avait remarqué Stutsky plusieurs heures plus tard, le reconnaissant en partie grâce à cette veste militaire – la sienne – qui distinguait ce corps sans vie.

La base de la brigade Harel se trouvait à Kiryat Anavim, à un peu plus d’une douzaine de kilomètres de Jérusalem, et sa première victime avait été inhumée à la hâte dans un wadi situé à proximité du cimetière local.

Le nombre de victimes tombées sur le front avait augmenté si rapidement qu’il avait fallu creuser des tombes pour les défunts avant même qu’ils ne partent sur le champ de bataille. 418 soldats – soit presque un tiers des membres de la brigade – avaient perdu la vie pendant la guerre et ils ont été enterrés à Kiryat Anavim.

A l’extrémité de ce cimetière unique, il y a un monument en hommage aux membres de la brigade tués au combat qui, selon l’endroit où se tiennent les visiteurs, peut ressembler à un lion en train de se reposer – ou à un fusil prêt à faire feu. C’est l’artiste Menahem Shemi qui l’avait créé en 1951 ; son fils, « Jimmy », avait été tué pendant la bataille pour « l’avant-poste conjoint » du 18 octobre 1948 et il repose dorénavant sur le site à côté de ses frères d’armes.

Un monument à la mémoire des soldats morts au combat appartenant à la brigade Harel, à Kiryat Anavim, et créé par l’artiste Menahem Shemi, dont le fils avait été tué sur le front et enterré dans le cimetière (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Deux des hommes inhumés à Kiryat Anavim étaient morts dans un accident d’avion, le 10 mai 1948. Contre les souhaits de son père, Yitzhak Mordecai, d’origine polonaise, était parti en Palestine en 1932, à l’âge de 15 ans. Après la fin de ses études, la Seconde Guerre mondiale avait éclaté et il avait tenté d’intégrer la division des Blindés de l’armée britannique. Rejeté en raison de son statut de résident sur la terre d’Israël, il avait intégré la Palmach l’année même de sa formation, en 1941.

Mordecai pensait que les armes détermineraient un jour l’avenir des Juifs sur leur terre et il travaillait jour et nuit et fiévreusement à leur production. Il avait également supervisé l’installation du premier pipeline dans le Negev et il était chargé d’assurer que les villageois bédouins et arabes ne viendraient pas commettre des actes de sabotage dans le cadre de ce projet.

Il avait ensuite travaillé, vingt-quatre heures sur vingt-quatre et sept jours sur sept, au poste de chef du développement et de la production des armes au sein de la Haganah.

Yitzhak Mordecai. (Autorisation/Conservateur Beit Hapalmach)

Le jour de l’accident, il se trouvait dans un avion de type Norseman qui devait tester un nouvel explosif. Le plan était apparemment de bombarder le village très hostile de Beit Mahsir et d’assister les troupes de la Palmach lors de leurs combats contre les villageois et les soldats arabes, dans le but de prendre le contrôle de la route de Jérusalem.

La visibilité était, ce jour-là, très réduite et après avoir identifié l’ennemi, l’appareil, s’égarant dans les nuages, devait s’écraser sur une colline de Jérusalem. Il ne devait pas y avoir de survivants et les dépouilles des militaires ne devaient être découvertes que des mois plus tard.

Les circonstances qui ont entouré l’incident restent mystérieuses.

Aux commandes de l’avion, l’ancien pilote de la Royal Air Force Yariv Sheinboim. Né au kibboutz Kfar Giladi, il avait appris à voler dans une école de la ville de Lydda (Lod) et lorsque la Seconde Guerre mondiale avait éclaté, il avait demandé à entrer dans une école de pilotage en Angleterre.

Il avait ensuite travaillé comme chauffeur de camion et dans la construction sur une base aérienne du nord du pays. Mais, en 1942, alors que la guerre se rapprochait de son pays natal, il avait décidé de ne pas attendre davantage et il avait été bénévole dans les forces aériennes britanniques en tant que simple soldat.

Alors qu’il servait aux côtés de son unité en Afrique, il avait appris que l’école de pilotage avait accepté son dossier. Il lui avait fallu cinq mois de voyage à travers l’Afrique pour rejoindre l’école, mais il avait terminé son cursus et il était devenu un pilote de combat accompli.

Après cinq années de service dans la RAF, Sheinboim était retourné chez lui, très excité par son projet de faire se développer l’aviation sur les terres d’Israël. Dès le début de la guerre d’Indépendance, il avait rejoint les forces aériennes alors naissantes dans le pré-état d’Israël, transportant les soldats blessés et approvisionnant les implantations assiégées.

Le site de commémoration de la montagne des pilotes (Har Hatayasim) dédié aux forces aériennes dans les collines de Jérusalem (Crédit : Shmuel Bar-Am)

La montagne des pilotes (Har Hatayasim en hébreu) est un site de commémoration majeur de l’armée de l’air israélienne, situé sur les collines de Jérusalem. La montagne se trouve à 795 mètres au-dessus du niveau de la mer et elle héberge une réserve naturelle splendide, recouverte de forêts et d’une grande variété de fleurs qui comprend notamment dix espèces d’orchidées différentes.

Des débris de l’avion qui s’était écrasé à proximité font partie intégrante d’un vaste mémorial qui rend hommage aux pilotes des forces aériennes israéliennes tombées dans les collines de Jérusalem, pendant la guerre. Leurs noms sont inscrits sur des piliers à quatre faces dans l’ordre chronologique de leur mort.

Dans la nuit du 22 avril 1948, les soldats de la brigade Harel avaient reçu l’ordre de se saisir de trois cibles spécifiques pour tenter de créer un corridor placé sous le contrôle des Juifs entre Jérusalem et les implantations du nord de la ville. Ces cibles étaient deux villages avoisinants presque déserts et Nebi Samuel, site d’inhumation, selon la tradition, du prophète Samuel et à la situation stratégique, à 908 mètres au-dessus du niveau de la mer.

Les fortifications laissées par les Arabes à Nebi Samuel aux abords de Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Haim Poznansky, né à Tel Aviv, avait passé des années à travailler la terre et à garder du bétail tout en apprenant tout ce qu’il y avait à savoir sur la communauté bédouine du pays. Il était devenu commandant de compagnie à la Palmach et il avait insisté pour prendre part à l’attaque – même si son frère Yitzhak avait été tué lors d’une embuscade dressée par les Arabes aux abords de son kibboutz du nord, seulement sept semaines auparavant.

Haim Poznansky. (Autorisation/ Conservateur Beit Hapalmach)

Alors que la brigade s’approchait de Nebi Samuel, les soldats avaient essuyé tant de tirs lourds qu’ils avaient dû battre en retraite. Haim Poznansky avait été mortellement blessé aux aurores du 23 avril. Mourant, il avait ordonné aux hommes qui s’étaient précipité à ses côtés de l’abandonner et de ne pas mettre en péril leur vie.

Yitzhak Poznansky, surnommé par ses amis Poza, avait été enterré dans le cimetière du kibboutz Beit Keshet. Son frère Haim, qui portait le même surnom, a été pour sa part inhumé au cimetière militaire de Kiryat Anavim.

Mordecai Franco avait seulement 13 ans lorsqu’il était arrivé, depuis la Turquie, dans la Palestine mandataire. Trois ans plus tard, lui et un groupe de jeunes du même kibboutz, le kibboutz Kinneret, avaient rejoint les rangs de la Palmach. La même année, la guerre de l’Indépendance avait éclaté. Mordecai avait servi en Galilée tout en se formant aux explosifs.

Lorsque sa brigade avait reçu pour instruction de se rendre dans les collines de Jérusalem, il avait participé à un certain nombre de batailles, dans la zone, et pris part dans la conquête du quartier Katamon de la ville. Il était impatient que la guerre se termine et il écrivait à sa famille des lettre pleines de confiance et de foi dans la victoire.

Franco avait franchi, avec les forces de la Palmach, la porte de Sion pour établir un contact avec le quartier juif isolé dans la Vieille Ville. Il avait été tué le 18 mai, peu avant ses 18 ans.

Mordecai Franco. (Autorisation/Conservateur Beit Hapalmach)

Il y avait eu du chaos ce jour-là, après le lancement d’une grenade par les soldats en direction de l’abbaye de la Dormition, sur le mont Sion, dont des fragments avaient volé vers l’arrière. Franco – la seule victime – avait été tué instantanément. Pourtant, dans la confusion générale, personne n’aura su où il a été enterré. Sa famille, qui avait immigré en 1949, devait le rechercher pendant des années. Ses parents étaient morts sans jamais savoir où leur fils reposait.

Ce n’est qu’en 2006 que le mystère a été résolu : Après des années de recherches, l’unité de l’armée chargée de retrouver les soldats portés-disparus a découvert qu’au lieu des sept corps signalés dans une tombe, à Kiryat Anavim, il y en avait huit. Et l’un d’entre eux était bien celui de Mordecai Franco.

Dans l’une des lettres adressées à sa famille, Franco avait écrit qu’après la guerre, « le monde s’étonnera d’apprendre comment une armée minuscule et mal équipée l’a emporté sur des forces dix fois plus fortes ».


Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides anglophones sur Israël.
Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé, qui organise des visites privées et personnalisées, individuelles, familiales ou en petits groupes.

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