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A Bahreïn, les confiseries traditionnelles résistent aux sucreries industrielles

Les sucreries bahreïnies restent "l'aliment principal sur la table" à chaque rupture du jeûne du ramadan et "leur présence rappelle le patrimoine et le sens de l'hospitalité"

Un ouvrier de la confiserie Saleh Radhi Al Halwachi prépare des gâteaux bahreïnis au safran et à la cardamome, connus sous le nom de Khanfaroosh, dans sa boutique du village de Jid Hafs, dans la banlieue de Manama, la capitale bahreïnie, le 17 avril 2022.  (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)
Un ouvrier de la confiserie Saleh Radhi Al Halwachi prépare des gâteaux bahreïnis au safran et à la cardamome, connus sous le nom de Khanfaroosh, dans sa boutique du village de Jid Hafs, dans la banlieue de Manama, la capitale bahreïnie, le 17 avril 2022. (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)

Les mastodontes des sucreries industrielles ont beau être implantés depuis des années à Bahreïn, les confiseries traditionnelles ont toujours le vent en poupe dans le petit royaume du Golfe, en particulier pendant la période du jeûne musulman du ramadan.

Dans la capitale Manama, les grands centres commerciaux regorgent de marques internationales de l’agroalimentaire, comme ailleurs dans la très riche région du Golfe connue pour son consumérisme effrénée.

Mais à l’arrière de sa boutique, Mohammed Gharib remue lui-même dans une grande marmite un mélange rougeâtre de sucre, de safran et d’amandes fraîchement émondées. Ses employés saupoudrent ensuite ce mélange de noix, une version bahreïnie d’un célèbre dessert du Moyen-Orient, halwa.

Le septuagénaire en keffieh et robe traditionnelle blanche dirige l’une des plus anciennes confiseries de son pays, Hussain Mohammed Showaiter, fondée en 1850.

Le directeur général de Hussain Showaiter Sweets et membre de la 5e génération de l’entreprise familiale, Muhana Fouad Hussain Showaiter, montre un emballage spécial introduit pendant le mois musulman du Ramadan, lors d’une visite de l’usine sur l’île de Muharraq, dans le nord de Bahreïn, le 18 avril 2022. (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)

« Bahreïn est devenu célèbre pour ses confiseries en étant pionnier dans cette industrie dans la région du Golfe », raconte Mohammed Gharib à l’AFP. Selon lui, la popularité de ses sucreries « perdure jusqu’à aujourd’hui ».

« Hussain Mohammed Showaiter a tenu à développer cet artisanat et l’a transmis à ses enfants et petits-enfants », affirme Mohammed Gharib.

Comme le reste des pays à majorité musulmane, Bahreïn vit ce mois d’avril au rythme du ramadan, dont les journées sont partagées entre un jeûne strict et, après le coucher du soleil, des rassemblements autour de repas copieux se terminant généralement avec des desserts traditionnels.

Pour Mohammed Al-Fardan, les sucreries bahreïnies restent « l’aliment principal sur la table » à chaque rupture du jeûne du ramadan. « Leur présence rappelle le patrimoine et le sens de l’hospitalité à Bahreïn », explique à l’AFP ce banquier de 51 ans.

Saleh Al Halwachi, copropriétaire de Saleh Radhi Al Halwachi Sweets, prépare des gâteaux bahreïnis au safran et à la cardamome, connus sous le nom de Khanfaroosh, dans son magasin du village de Jid Hafs, dans la banlieue de Manama, la capitale bahreïnie, le 17 avril 2022. (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)

Et dans une région du Golfe qui souffrent du succès du fast-food, il tient à souligner que « les sucreries modernes contiennent des conservateurs contrairement aux confiseries traditionnelles ».

Innover pour attirer 

Si les artisans de Manama ont à cœur de défendre cet héritage, ils n’hésitent pas pour autant à innover pour attirer les plus jeunes. C’est le cas de Saleh Al-Halwaji, qui travaille avec sa famille pour la boutique Al-Halwaji dont il a héritée.

« Mon père travaillait dans les confiseries et on l’aidait après l’école. Aujourd’hui, on travaille dans ce même domaine avec nos propres enfants », raconte ce père de famille à l’AFP.

Des ouvriers préparent le Halwa, une friandise bahreïnienne composée principalement de sucre, d’amidon de maïs, de safran et de noix, chez Hussain Showaiter Sweets, dans le magasin de l’île de Muharraq, dans le nord de Bahreïn, le 18 avril 2022. (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)

Pour « sauver » cet artisanat, Saleh Al-Halwaji dit « s’efforcer à faire évoluer les friandises et à suivre l’air du temps tout en conservant leur caractère populaire ».

« Nous faisons toujours tout nous-mêmes et c’est peut-être ce qui attire tant nos nombreux clients qui viennent acheter des confiseries mais aussi regarder leur confection derrière la vitre », fait-il remarquer.

Experte du patrimoine populaire de Bahreïn, Dalal Al-Shrouqi a écrit plusieurs livres sur la cuisine traditionnelle de son pays et intervient régulièrement à la télévision ou sur les réseaux sociaux.

Mohammed Ghareb, responsable des magasins et des ventes chez Hussain Showaiter Sweets, montre les différentes sortes de sucreries bahreïniennes au magasin de l’île de Muharraq, dans le nord du Bahreïn, le 18 avril 2022. (Crédit : Mazen Mahdi / AFP)

« Aujourd’hui, la technologie nous aide à préserver notre patrimoine populaire en le faisant découvrir aux générations futures », dit la chercheuse à l’AFP.

Selon elle, plusieurs confiseurs tentent de « moderniser » certaines douceurs en y introduisant de la « crème glacée ou des biscuits, par exemple », mais, selon elle, les amateurs préfèrent toujours « les friandises traditionnelles ». « Les choses évoluent, mais l’original reste la base ».

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