À Brooklyn, les Juifs orthodoxes refusent toujours les restrictions
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À Brooklyn, les Juifs orthodoxes refusent toujours les restrictions

Certains membres de la communauté juive orthodoxe se disent résolus à ne pas respecter les restrictions annoncées mardi par le gouverneur démocrate

Un Juif hassidique devant une synagogue fermée à Borough Park à Brooklyn, l'un des cinq arrondissements de New York, le 9 octobre 2020. (Crédit : Angela Weiss / AFP)
Un Juif hassidique devant une synagogue fermée à Borough Park à Brooklyn, l'un des cinq arrondissements de New York, le 9 octobre 2020. (Crédit : Angela Weiss / AFP)

Ils sont décidés à défier la limite de 10 personnes par synagogue imposée par le gouverneur de l’Etat de New York : dans le quartier de Borough Park, à Brooklyn, une partie de la communauté juive orthodoxe se rebelle contre les restrictions visant à étouffer une nouvelle flambée de la pandémie.

Ce vendredi, dernier jour de la fête religieuse de Souccot, marquait la dernière limite pour l’entrée en vigueur des restrictions annoncées mardi par le gouverneur démocrate Andrew Cuomo : outre la limite de 10 personnes par synagogue et autre lieu de culte, elles prévoient aussi la fermeture des commerces non essentiels. 

Mais certains membres de la communauté juive orthodoxe, parmi lesquels les partisans du président républicain Donald Trump sont nombreux, se disaient résolus à ne pas les respecter. 

Le gouverneur « ne comprend pas que toute notre vie est faite de prières et d’études de la Bible. Nous faisons ce que nous devons faire », indique à l’AFP l’un d’entre eux, en ne donnant que son prénom, Moses, devant la synagogue hassidique Anshei Sfard, une des nombreuses du quartier.

Quelques rues plus loin, Abraham, 50 ans, refuse lui aussi les restrictions imposées. 

« Qu’est-ce qu’il va faire ? Faire venir ses policiers et fermer toutes les synagogues du quartier ? Il y en peut-être 500 », dit-il. 

Des gens devant des magasins fermés à Borough Park à Brooklyn, l’un des cinq arrondissements de New York, le 9 octobre 2020. (Crédit : Angela Weiss / AFP)

Manifestations

Depuis mardi, cette hostilité d’une partie de la communauté orthodoxe s’est traduite par plusieurs manifestations : des masques ont été brûlés dans la rue, et un journaliste de la communauté a été passé à tabac par des manifestants chantant « Jewish Lives Matter » (« Les vies juives comptent »), en écho au mouvement « Black Lives Matter » contre les inégalités raciales qui a agité les grandes villes américaines. 

Le quartier de Borough Park fait partie d’une zone au sud de Brooklyn désormais classée « rouge » par les autorités pour son taux de positivité au coronavirus. 

Le taux varie selon les quartiers, mais Borough Park frôle les 9 %, contre 1,16 % pour l’ensemble de la ville de New York. 

Un Juif hassidique devant un centre de test COVID-19 à Borough Park à Brooklyn, l’un des cinq arrondissements de New York, le 9 octobre 2020. (Crédit : Angela Weiss / AFP)

Beaucoup de quartiers à taux élevé comptent une importante communauté juive orthodoxe, où les rassemblements ont été nombreux récemment pour marquer les fêtes de Rosh HaShana et Yom Kippour.

Sur la base de ces taux actualisés quotidiennement, les autorités estiment les restrictions essentielles pour éviter que l’épidémie ne s’étende au reste de la première métropole américaine, qui a enregistré un nombre record de morts de quelque 24 000 morts du coronavirus depuis mars.

Mais certains Juifs orthodoxes voient dans ces mesures une stigmatisation. « Comme toujours, ils choisissent une cible facile, les Juifs », dit Jacob Fuchs, 40 ans.

Des membres de la communauté juive séfarade de Brooklyn se rassemblent pour protester contre la fermeture d’entreprises par le maire de New York Bill De Blasio et le nouveau confinement dans leur quartier, le 8 octobre 2020. (Crédit : Allison Dinner / AFP)

Tensions politiques

Certains sont convaincus que les autorités démocrates de la ville les ciblent parce que beaucoup dans cette communauté soutiennent Donald Trump.

« 90 % des gens ici votent Trump, et cela correspond exactement à la zone rouge. Ils essaient de nous empêcher de voter », affirme un homme qui refuse de donner son nom.

Heshy Tischler, animateur de radio new-yorkais. (Capture d’écran / YouTube via JTA)

L’opposant aux restrictions le plus célèbre du quartier est Heshy Tischler, un animateur radio partisan notoire de Donald Trump.

Il a harangué les manifestants cette semaine, et a tweeté vendredi une vidéo dans laquelle il dit s’attendre à être arrêté lundi pour incitation à la violence, lors de la manifestation où le journaliste a été agressé.  

Témoin des tensions politiques à l’approche de la présidentielle du 3 novembre, le gouverneur Cuomo a accusé Donald Trump vendredi « d’agiter la communauté ultra-orthodoxe de Brooklyn. »

Le gouverneur de New York Andrew Cuomo informe des derniers développements sur le COVID-19 lors d’un briefing à New York, le 29 septembre 2020. (Kevin P. Coughlin / Bureau du gouverneur Andrew M. Cuomo via AP, File)

Une organisation juive orthodoxe a aussi attaqué les restrictions devant la justice fédérale, au nom de la liberté religieuse. Mais elle a été déboutée vendredi, la juge Kiyo Matsumoto estimant que « le Covid transcende les limites raciales, religieuses et économiques ».

Le maire démocrate Bill de Blasio souligne cependant que la résistance aux restrictions est le fait d’une partie « marginale » de la communauté.

Mercredi, une déclaration signée par plus de 450 rabbins et responsables de la communauté juive appelait à soutenir le gouverneur et son approche « basée sur les faits ».

Même à Borough Park, une majorité de commerces non essentiels semblaient prêts à obtempérer aux ordres du gouverneur vendredi, en restant fermés. L’AFP a cependant vu deux inspecteurs municipaux ordonner à un magasin de lingerie de tirer le rideau.

Et la plupart des habitants du quartier étaient dûment masqués en se rendant, comme le veut la coutume, dans les cabanes érigées pour Souccot.

Des bénévoles envoyés par la ville proposaient des masques à ceux qui n’en portaient pas. « La majorité d’entre eux sont très réceptifs », a indiqué Gina Mack, qui supervisait cette distribution.

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