À Dubaï, la diaspora iranienne embarrassée par les frappes de Téhéran
Les Iraniens de Dubaï sont déchirés, car les relations entre leur terre d'adoption et leur pays d'origine se sont détériorées
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Dans son épicerie nichée au cœur d’un vieux quartier de Dubaï, Morteza Asaadi, un commerçant iranien, déplore la baisse de l’activité économique depuis que l’Iran a mené des représailles contre cette ville qu’il considère comme la sienne.
Les Iraniens de Dubaï sont déchirés, car les relations entre leur terre d’adoption et leur pays d’origine se sont détériorées : les bombardements américano-israéliens présagent des jours sombres en Iran, tandis que la campagne de Téhéran dans le Golfe menace leurs entreprises et leur vie dans la région.
Avec la baisse de fréquentation des commerces due à la guerre, « nous avons peur pour notre gagne-pain », confie Asaadi, en soulignant la situation particulièrement « délicate » des milliers d’Iraniens installés dans le riche émirat, de l’autre côté du Golfe.
« C’est comme si vous étiez invité chez quelqu’un et que votre enfant faisait du mal au fils de votre hôte », soupire le commerçant.
Centre commercial et touristique des Émirats arabes unis, Dubaï abrite une importante communauté iranienne, dont certains membres, comme le père de Morteza Asaadi, sont arrivés dès les années 1920 à la recherche de meilleures opportunités économiques.
La règle tacite a toujours été de ne pas se mêler de politique.
« Malheureusement, la politique vous rattrape parfois », souligne le commerçant, qui espère que la guerre, déclenchée par l’offensive israélo-américaine contre la République islamique d’Iran le 28 février, prendra rapidement fin.
« Dubaï, c’est un peu ma ville », confie-t-il.
Malgré des relations diplomatiques parfois tendues, les Émirats ont toujours entretenu des liens économiques solides avec leur voisin iranien, qui est leur deuxième partenaire commercial le plus important.
Grâce à un environnement des affaires et à une fiscalité favorables, Dubaï constitue également un refuge pour les investisseurs iraniens, y compris pour ceux qui tentent d’échapper aux sanctions internationales imposées à la République islamique, soulignait le cercle de réflexion américain Atlantic Council en 2023.
Toutefois, cela n’a pas empêché Téhéran de riposter à l’attaque perpétrée sur son sol en lançant des missiles et des drones sur la ville, visant des sites emblématiques tels que l’aéroport, l’île artificielle The Palm ou encore l’hôtel Burj Al Arab.
Selon le Wall Street Journal, les autorités émiraties ont envisagé de geler des milliards de dollars d’actifs iraniens détenus dans le pays, mais aucune décision n’a été prise pour le moment.
Pour le moment, les Émirats arabes unis écartent toute participation à une attaque contre la République islamique d’Iran. Cependant, dès les premiers jours du conflit, ils ont annoncé la fermeture de leur ambassade et le rappel de l’ambassadeur en réponse aux frappes iraniennes.
Si le pays est parvenu à intercepter la plupart des missiles et des drones depuis le début des attaques, il déplore tout de même six morts – quatre civils et deux militaires.
Dans le petit restaurant d’Ali Akbar, ouvert depuis 1991 dans un quartier populaire de Dubaï, les clients se font rares, mais le propriétaire garde le sourire.
« L’Iran n’a aucun problème avec les Émirats, le problème, c’est avec les Américains. Les Émiratis sont nos frères », dit-il en arabe avec un fort accent.
« Et si Dieu le veut, ce sera bientôt fini », ajoute-t-il.
« Douleur » de l’exil
Le secteur immobilier, qui permet à Soroush Helali d’arrondir ses fins de mois, tourne également au ralenti. Mais cet acteur irano-belge de 34 ans n’a pas l’intention de quitter la ville où il a choisi de s’installer il y a un an.
Originaire de Téhéran, le jeune homme comprend l’inquiétude de ses parents qui le supplient de rentrer en Belgique. Ces derniers ont quitté l’Iran il y a plus de vingt ans pour assurer son avenir et sa sécurité.
Il admet avoir peur parfois, mais relativise en voyant les bombardements dans son pays.
« Je ne pense pas que les bombes peuvent apporter la liberté et la démocratie […] même si je sais combien la situation est difficile pour les Iraniens », souligne le jeune homme, en soulignant « la douleur » de l’exil.
« Mais je ne crois pas que la guerre soit une solution. Pour personne », conclut-il.
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