À Jérusalem-Est, des Palestiniens ballottés entre deux élections
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À Jérusalem-Est, des Palestiniens ballottés entre deux élections

Des milliers de Palestiniens de Jérusalem-Est ont commencé ces dernières années - 1 800 pour la seule année 2020 - à briser un tabou en demandant la nationalité israélienne

Une Palestinienne de Jérusalem se prépare à voter lors des élections locales du 30 octobre 2018 à Shuafat, à Jérusalem-Est. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)
Une Palestinienne de Jérusalem se prépare à voter lors des élections locales du 30 octobre 2018 à Shuafat, à Jérusalem-Est. (Crédit : AHMAD GHARABLI / AFP)

Ils payent des impôts, travaillent et vivent en partie en Israël, mais les Palestiniens de Jérusalem-Est ne pourront pas voter aux législatives israéliennes de mardi à moins d’avoir « changé » de nationalité et de perdre du coup le droit de voter aux élections palestiniennes.

Les quelque 300 000 Palestiniens de Jérusalem-Est ont un statut à part : ils sont considérés par Israël, qui a annexé en 1967 cette partie palestinienne de la ville sainte, comme des résidents, mais pas comme des citoyens à part entière.

Ils règlent leurs impôts à l’État hébreu, bénéficient donc de droits sociaux, l’accès aux soins de santé, une carte de résident mais pas de passeport. Et ils ne peuvent voter qu’aux élections municipales, pas nationales.

Or les temps changent et des milliers de Palestiniens de Jérusalem-Est ont commencé ces dernières années – 1 800 Palestiniens pour la seule année 2020 – à briser un tabou en demandant la nationalité israélienne.

C’est le cas de Nour Dwayyat, enseignante de 34 ans de Jérusalem-Est, qui travaille dans la ville israélienne d’Abou Gosh. Après avoir obtenu sa nationalité en 2016, elle glissera pour la quatrième fois cette semaine un bulletin dans une urne israélienne.

« J’habite dans ce pays, j’en fais partie, c’est mon droit de voter », déclare cette habitante de Sur Baher, quartier palestinien de Jérusalem.

Et pour qui votera-t-elle ? « Pour celui qui agira pour le bien de la communauté arabe », souffle-t-elle.

Avocat de Beit Hanina, quartier de Jérusalem-Est, Amer Nasser, 48 ans, a lui aussi demandé et obtenu ces dernières années la nationalité israélienne. Mais il se définit toujours comme « Palestinien », et c’est d’ailleurs ce qui dictera son choix aux législatives de mardi, reprochant à Benjamin Netanyahu de préférer la normalisation avec des pays arabes (Émirats arabes unis, Bahreïn, Soudan, Maroc) à la résolution du conflit avec les Palestiniens.

Un Palestinien glisse son bulletin de vote dans l’urne lors des élections municipales dans la ville d’Al-Bireh, en Cisjordanie, le 20 octobre 2012. (Crédit : Issam Rimawi/Flash90)

Pas sûrs de pouvoir voter

« Netanyahu est vraiment intéressé par le développement de relations avec des pays arabes mais il n’est pas vraiment intéressé par la paix avec les Palestiniens, malgré le fait qu’ils (les Palestiniens) viennent d’ici et vivent ici », dit-il.

« Je vais donc voter pour la ‘Liste arabe unie’ en espérant (…) une coexistence pacifique entre Palestiniens et Israéliens », ajoute-t-il, en référence à la principale formation représentant les Arabes israéliens au Parlement israélien.

Mais en devenant citoyens israéliens, ces Palestiniens perdent le droit de voter aux élections palestiniennes et ainsi aux premiers scrutins en près de 15 ans – les législatives prévues en mai et la présidentielle programmée en juillet.

En réalité, il n’est même pas certain que les Palestiniens de Jérusalem-Est puissent voter au scrutin palestinien. Israël doit en théorie donner son feu vert pour ce scrutin qui doit aussi se dérouler en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

L’Autorité palestinienne (AP) a demandé à la communauté internationale de faire pression sur Israël pour permettre le vote à Jérusalem-Est. « Il n’y aura pas d’élections sans Jérusalem, c’est impossible », a martelé récemment le chef de la diplomatie de l’AP, Ryad al-Maliki, à des diplomates européens.

Les Palestiniens envisagent différents scénarios (vote électronique, dans des villes palestiniennes voisines de Jérusalem ou dans des bureaux d’organisations internationales) en cas de refus israélien.

Mais même si elle pouvait, Nour Dwayyat ne voterait pas aux élections palestiniennes, car tous les détails administratifs de sa vie sont régis par l’État hébreu. « Si je participais, qu’est-ce que ça m’apporterait ? Rien », dit-elle.

Une fillette arabe israélienne dépose le bulletin de vote de sa mère dans un bureau de vote dans la ville d’Oum al-Fahm, dans le nord d’Israël, le 17 mars 2015. (AFP / Ahmad Gharabli)

« Divisé »

À Jérusalem-Est, on reste ainsi divisé sur les élections palestiniennes car dans les faits, l’Autorité palestinienne de Mahmoud Abbas n’exerce son pouvoir que dans certaines zones de la Cisjordanie, et pas à Jérusalem.

D’après l’avocat et analyste palestinien Moein Odeh, les Palestiniens de Jérusalem « n’en ont rien à faire de ces élections (palestiniennes) car elles n’ont pas d’impact sur la situation de la ville », entièrement gérée par Israël.

Wafa Qawasmi-Bukhari, une Palestinienne de Jérusalem-Est, se souvient toutefois avec émotion d’avoir voté lors des dernières législatives palestiniennes, en 2006.

À l’époque, juste après la seconde Intifada, il y avait « l’espoir » d’un changement. Mais aujourd’hui, si l’occasion se représentait, elle s’abstiendrait.

Wafa n’entend pas rejoindre la cohorte de Palestiniens de Jérusalem-Est demandant la nationalité israélienne : « Aujourd’hui, je ne suis prête à donner ma voix à absolument personne. »

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