À Kiryat Shmona, l’immense lassitude des habitants du front nord d’Israël
Le maire Avichaï Stern a vivement accusé le gouvernement de négliger sa ville ciblée par les missiles du Hezbollah
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Des vies rythmées par les alertes, confinées entre quatre murs. Une ville vide, désertée par ses jeunes. A Kiryat Shmona, en première ligne de la guerre entre Israël et le Hezbollah libanais, ceux qui sont restés n’en peuvent plus et se sentent « négligés » par le gouvernement.
Située à trois kilomètres du Liban, la ville du nord est au cœur d’une deuxième guerre en moins de trois ans et, si les habitants affichent leur confiance en l’armée israélienne pour en « finir avec le Hezbollah », ils ne cachent plus leur immense lassitude et demandent à être « écoutés » par le gouvernement.
Ville populaire majoritairement composée de juifs originaires du Maroc, déjà marquée par des difficultés socio-économiques, Kiryat Shmona a quasiment toujours voté Likud, le parti du Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.
Mais la récente sortie du maire Avichaï Stern, qui a vivement accusé dans une vidéo virale le gouvernement de négliger sa ville ciblée par les missiles du Hezbollah, a ouvert une brèche.
« Le gouvernement ne comprend pas Kiryat Shmona. Il ne comprend pas ce que nos enfants traversent », lance Ayala Amar, assistante éducative de 56 ans.
« Ici, il n’y a pas de travail, il n’y a rien. On vit dans une ville à moitié vide. Si on était à Tel-Aviv ou à Haïfa (la grande ville du nord, ndlr), ils investiraient des fonds. L’Etat néglige Kiryat Shmona », accuse cette mère de quadruplés.
Comme tous les habitants du nord, Mme Amar et sa famille avaient été évacués après le dernier conflit avec le Hezbollah, déclenché dans le sillage du 7-octobre 2023.
Ils sont revenus à Kiryat Shmona après le cessez-le-feu conclu fin 2024. « Et maintenant ça recommence. Ca n’en finit jamais », soupire-t-elle, alors que les tirs d’artillerie israéliens sur le Liban ponctuent la conversation.
Nuits dans l’abri
Adva Cohen, elle aussi, est revenue après une première évacuation en 2023. Aujourd’hui, cette mère de quatre enfants âgée de 38 ans passe sa vie entre sa maison et les quelques mètres qui la séparent de l’abri municipal. Elle y dort toutes les nuits, avec sa voisine et copine Olga, mère de six enfants.
« A Kiryat Shmona il n’y a tout simplement pas de vie », répète Mme Cohen, dont le salon de manucure est fermé depuis la reprise des hostilités le 2 mars.
« Le gouvernement fait de son mieux, j’imagine. Mais il doit nous voir, nous écouter, nous les habitants de la région sur la ligne de front », dit-elle, en installant les matelas dans l’abri pour la nuit.
« C’est épuisant. Nous n’avons pas un endroit pour souffler, pour aller prendre un café, le minimum, quoi », insiste la jeune femme qui voudrait « retrouver le calme, le silence ».
Pessah, célébré à partir de mercredi soir, et l’anniversaire de ses jumelles, la semaine prochaine, seront organisés dans l’abri.
« Vivre comme à Tel-Aviv »
Sur les 25 000 habitants que comptait Kiryat Shmona avant le 7-Octobre, moins de la moitié sont revenus.
« Il n’y a plus que les personnes âgées et les enfants », constate amèrement Raz Malka, un jeune homme de 25 ans qui a décidé de se réinstaller à Kiryat Shmona après ses études pour « ne pas laisser mourir la ville ».
« Le pays doit comprendre que nous voulons vivre la même vie que mènent les gens à Tel-Aviv ou ailleurs en Israël, nous ne sommes pas là uniquement pour la sécurité (sur le front nord) », lâche le jeune homme, alors que Tel Aviv est l’une des villes les plus ciblées par les ennemis d’Israël. Mais Kiryat Shmona demeure celle où les alertes retentissent le plus.
« Nous avons besoin de développement, d’infrastructures, de services », insiste-t-il, en accusant le gouvernement d’avoir « abandonné » Kiryat Shmona.
Selon le maire Avichaï Stern, qui a répondu par écrit aux questions de l’AFP, « sur les quelque 10 000 habitants restés en ville, environ un sur quatre dépend des services sociaux ».
Une clinique, gérée par la caisse de sécurité sociale Clalit, fonctionne à Kiryat Shmona, mais le premier hôpital général est situé à Safed, à 40 km au sud.
La plupart des entreprises ont fermé leurs portes et délocalisé leur activité, à l’instar de Margalit Startup City, un ambitieux complexe dédié au FoodTech, inauguré en 2021, qui devait symboliser le développement régional.
Mais en pleine guerre sur le front nord, corollaire du conflit régional déclenché par l’attaque israélo-américaine contre l’Iran le 28 février, la sécurité reste la « priorité absolue » du maire de Kiryat Shmona.
Il réclame plus d’abris et une évacuation des plus vulnérables, ce que le gouvernement, contrairement à 2023, a refusé cette fois de prendre en charge.
« Je suis conscient de vos grandes difficultés », a déclaré dimanche M. Netanyahu, s’adressant dans un communiqué aux populations du nord. Assurant avoir ordonné le déblocage d’une « aide très généreuse », il les a exhortés à « continuer à faire preuve de patience et tenir bon ».
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