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A la découverte de sanctuaires médiévaux en Israël

Le paysage israélien est parsemé d'ouvrages architecturaux des Mamelouk, un groupe d’esclaves qui se sont rebellés et sont devenus les maîtres de la région

Le sanctuaire Nabi Yamin. (Crédit : Shmuel Bar-am)
Le sanctuaire Nabi Yamin. (Crédit : Shmuel Bar-am)

Au IXe siècle, les califes qui gouvernaient Bagdad ont créé un monstre. Ils ont arraché à leurs familles de jeunes adolescents de tribus turques nomades, les ont convertis à l’islam et les ont formés à l’art de la guerre. Les jeunes Mamelouk (ce terme signifie « appartenir à autrui ») ont connu un tel succès qu’on leur a donné des postes de pouvoir dans le palais et dans l’armée.

A partir de là, il n’a pas été très difficile pour eux de renverser la vapeur, de se révolter contre les despotes qui les avaient kidnappés et transformés en de véritables machines de guerre.

Au fil du temps, l’élite militaire mamelouke a pris le contrôle de l’Egypte, et en 1260, après avoir écrasé l’armée mongole dans le pays d’Israël, les Mamelouks sont devenus invincibles.

Les Mamelouks ont régné sur toute la région pendant plus de 250 ans. Leur règne a pris fin sous la direction du commandant Baybars, qui avait été vendu comme esclave à l’âge de 19 ans au sultan d’Egypte et enseignait l’art de la guerre.

Les Mamelouks n’étaient pas seulement avides de pouvoir, cruels et impitoyables, ils étaient disciplinés, intelligents et prolifiques. Quand ils ont disparu des pages de l’Histoire, ils ont laissé derrière eux des ouvrages architecturaux si splendides que même les effets du temps n’ont pas estompé leur beauté.

Laisser une empreinte islamique sur le pays était tout aussi important pour les Mamelouks que la construction de structures massives. C’est pourquoi les mosquées, les écoles islamiques et une grande variété de tombes mameloukes, surmontées de dômes blancs, font partie intégrante du paysage israélien.

Le tombeau de Sheikh Awad sur la promenade d’Ashkelon. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Sheikh Awad

Sur une colline d’Ashkelon dominant la mer Méditerranée, se trouve la tombe de Cheikh Awad, un dignitaire dont on ne connaît que le nom. Construite en deux phases à l’époque mamelouke, c’était l’un des nombreux lieux saints érigés le long de la côte afin de renforcer les défenses à la frontière occidentale.

A l’intérieur, un mahrab [lieu de prière] le long du mur méridional fait face à la ville sainte de La Mecque dans une pièce couronnée d’un grand dôme blanc. Lors de la deuxième phase de la construction, deux salles ont été ajoutées à l’usage des pèlerins. Ce site se trouve à Ashkelon, à l’extrémité nord de la promenade maritime, facile d’accès.

Prophètes et plus encore

Plus d’un récit de la Bible hébraïque se reflète dans le Coran musulman du 7e siècle. Dans le pays, sont disséminés les lieux de sépulture traditionnels de plusieurs personnages qui figurent dans ces deux livres saints, ainsi que dans des écrits juifs et musulmans qui ont été rédigés postérieurement.

Le sanctuaire de Nabi Musa. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Nabi Musa

Personne ne sait où Moïse est enterré et ni la Bible ni le Coran ne donnent une description précise de cet endroit. La Bible dit que « Moïse se dirigea des plaines de Moab vers le mont Nebo, et monta jusqu’au sommet du mont Pisgah […] et y mourut à Moab […] » (Déutéronom 34 ; 1-5). Le Coran ne dit absolument rien sur le décès de Moïse ni sur l’emplacement de sa tombe.

Pourtant, en 1269, en dépit de cette ignorance géographique, Baybars, sultan qui a régné sur la majeure partie du Moyen-Orient de 1260 à 1277, a érigé un sanctuaire appelé Nabi (prophète, ou messager) Musa. Situé au sud de Jéricho et à l’est de Jérusalem dans le désert de Judée, c’est un vaste complexe architectural qui ressemble davantage à un mausolée qu’à une tombe.

Le complexe est tombé en ruine au fil des siècles, mais les Ottomans ont restauré le site au cours de la première partie du 19e siècle. Par la suite, des milliers de pèlerins ont pris l’habitude de se rassembler dans la Vieille Ville à Pâques, puis entament une joyeuse procession vers le lieu de sépulture pour célébrer la fête, également appelée Nabi Musa. Ils y campaient pendant une semaine, avec prières, danses et festins. Baybars a probablement choisi ce site parce qu’il était sur la route de La Mecque, mais aussi parce que depuis cet endroit, les pèlerins pouvaient voir le mont Nebo.

Abandonné après la guerre d’Indépendance d’Israël en 1948, le site de Nabi Musa a été rénové en 2019. Planté au milieu du désert, entouré de tombes bédouines centenaires, c’est un endroit fascinant à visiter.

Des fidèles juifs se rassemblent devant le sanctuaire de Nabi Rubin. (Crédit : Eran Ziv)

Nabi Rubin

Construit par les Mamelouks au 15e siècle sur le tombeau d’un cheikh arabe dans les plaines côtières du sud, Nabi Rubin (Reuben, le fils aîné de Jacob) est devenu un lieu de pèlerinage populaire depuis six siècles. Un juge musulman de l’époque à décrit les visites des pèlerins à Nabi Rubin : ils y restent plusieurs jours, lisent le Coran, et « dépensent beaucoup d’argent ».

Au 17e siècle, le tombeau a commencé à accueillir des célébrations annuelles d’un mois auxquelles des foules de musulmans de toute la région participaient. Ces pèlerinages ont cessé lorsque la région est devenue partie intégrante de l’État d’Israël en 1948.

A l’abandon depuis de nombreuses décennies, pendant lesquelles le grand minaret s’est effondré, le site a recommencé à montrer des signes de vie : des livres de prières juifs, quelques chaises branlantes et trois chandeliers indiquent que des pèlerins font la randonnée jusqu’à Nabi Rubin.

C’est aussi le cas des amoureux de la nature, qui marchent dans le sable pendant environ 45 minutes pour se rendre sur le site et en revenir. Vous pourrez vous y reposer sous un énorme mûrier et profiter d’une ambiance très particulière.

L’accès se fait depuis le parc national de Nabi Rubin, qui dispose d’un grand parking et d’une vaste aire de pique-nique. Sur un côté de la zone de pique-nique, lorsque l’on enjambe une clôture métallique basse, on arrive à un sentier sablonneux qui mène à la tombe. Comme tous les sentiers de randonnée en Israël, celui-ci est également signalé par deux bandes blanches avec une bande bleue au milieu. De l’autre côté du site de pique-nique, un sentier avec balises de couleur noire mène à l’embouchure de la rivière Sorek.

Le sanctuaire Nabi Yamin. (Crédit : Shmuel Bar-am)

Nabi Yamin

Sayf ad-Din Tankiz ibn Abdallah al-Husami an-Nasiri, ou Tankiz pour faire court, est devenu vice-roi de Syrie en 1312 (et a été exécuté pour trahison en 1340). Alors que Damas a subi d’énormes transformations architecturales durant son règne, Tankiz était également responsable de la rénovation du Dôme du Rocher et de la mosquée Al-Aqsa à Jérusalem. Certains des plus beaux bâtiments mamelouks de la vieille ville de Jérusalem sont le fruit de ses projets.

A l’endroit où il croyait que le plus jeune fils de Jacob, Benjamin, était enterré, Tankiz érigea un sanctuaire connu sous le nom de Nabi Yamin. Nous savons que c’était son œuvre parce que son symbole — un gobelet — figure sur l’inscription. Le sanctuaire se trouve le long de la route 55 entre Kfar Saba et Qalqilya.

La tombe en face de Nabi Yamin. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Lorsque nous avons visité le site la semaine dernière, nous avons été consternés d’y trouver des chaises brisées, des déchets et des personnes qui demandaient l’aumône. Un homme,  assis sur une chaise face à l’accès réservé aux hommes, m’a dit qu’il venait péleriner à Nabi Yamin chaque fois qu’il recevait un appel céleste pour s’y rendre. En contraste, il y a une tombe contemporaine qui a été reconstruite et est en très bon état, de l’autre côté de l’autoroute.

Le sanctuaire Nabi Akasha shrine. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Nabi Akasha

Si vous vivez dans la région de Jérusalem et souhaitez prier sur la tombe de Benjamin, fils de Jacob, vous n’avez pas besoin d’aller loin. Quelqu’un a mis des pancartes sur une tombe musulmane du 12e siècle, située dans un quartier ultra-orthodoxe, annonçant que Benjamin est enterré à cet endroit !

En fait, une inscription sur le tombeau nomme son occupant, Akasha, compagnon du Messager d’Allah (Mahomet). Faisant partie d’un groupe d’amis qui fréquentait Mahomet, le nom complet d’Akasha était Akasha Ben Mohasin. Le tombeau a été rénové par les Mamelouks au 13e siècle, et, selon la tradition islamique, ils ont enterré trois des soldats de Saladin à l’intérieur.

À l’époque du mandat britannique, le haut-commissaire John Chancellor a apparemment entendu une tradition maintes fois répétée selon laquelle Moïse, Jésus et Mahomet sont aussi enterrés dans cette région. C’est la raison pour laquelle il a nommé la route qui se trouve à proximité « rue des prophètes ».

Le sanctuaire de Rabban ben Gamliel. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Rabban ben Gamliel

Un autre ami de Mahomet était Abu Hurairah, un personnage très important qui évoquait fréquemment les traditions prophétiques musulmanes (hadith). Bien qu’il ait très probablement été enterré en Arabie saoudite, un sanctuaire qui porte son nom (qui se traduit par « père du chaton ») est situé à Yavne, à environ 18 kilomètres au sud de Nabi Rubin.

À l’origine une simple structure, que ses fondateurs estimaient être la tombe d’Abu Hurairah, le tombeau a été grandement embelli sous les ordres de Baybars en 1274. Le triple portique et des dômes supplémentaires ont été ajoutés pour transformer ce tombeau en un magnifique mausolée, l’un des plus beaux du pays.

Mais les Juifs qui viennent sur le site pour prier ou célébrer une étape importante dans la vie juive, sont convaincus qu’il s’agit du tombeau de Raban Gamliel II, président du sanhédrin (tribunal rabbinique juif) après la chute du deuxième temple (l’an 70 de l’ère commune). C’est en raison d’une tradition qui remonte au 13e siècle, quand un voyageur juif a écrit que le tombeau de Rabban Gamliel était utilisé pour la prière musulmane. (Plusieurs sites internet indiquent que ce n’est ni le lieu de repos final de Abu Hurairah ni de Raban Gamliel II).

Kever Dan – La tombe de Dan

Il est étonnamment facile de lancer une tradition. En 1909, un professeur de lycée déclare qu’un grand nombre de tombes appartiennent aux Maccabées, et voilà ! Aujourd’hui, pratiquement tout le monde en Israël « sait » exactement où les Maccabées sont enterrés.

Ce qui est encore plus étrange, c’est la découverte de la tombe de Dan, le cinquième fils de Jacob. Il existe une demi-douzaine de légendes concernant l’emplacement de la tombe de Dan, d’une invention complète par un historien et auteur respecté (Zeev Vilnai), à un récit similaire fabriqué de toutes pièces par le chauffeur d’un bus touristique. Un tombeau musulman abandonné près de Beit Shemesh est devenu un site de culte juif et parfois de hiloulot le soir, avec processions, festins, et musique.

Pour vous rendre sur l’un des sites mentionnés dans l’article, consultez Google ou Waze ou n’hésitez pas à nous écrire à israeltravels@gmail.com.

Aviva Bar-Am est l’auteure de sept guides en langue anglaise sur Israël. Shmuel Bar-Am est un guide touristique agréé qui propose des visites privées et personnalisées en Israël pour les particuliers, les familles et les petits groupes.

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