A la rencontre du Mouvement islamique, le nouvel ennemi public de Netanyahu
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A la rencontre du Mouvement islamique, le nouvel ennemi public de Netanyahu

Le Premier ministre reproche au groupe d’employer une rhétorique incitant aux récentes attaques terroristes et cherche à le mettre hors-la-loi

Raed Salah, chef de la Branche nord du mouvement islamique d'Israël, devant la prison de Ramle, près de Tel Aviv, en 2010. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)
Raed Salah, chef de la Branche nord du mouvement islamique d'Israël, devant la prison de Ramle, près de Tel Aviv, en 2010. (Crédit : Yossi Zeliger/Flash90)

JTA — En cherchant les responsables de la récente vague de violence qui sévit en Israël, le Premier ministre Benjamin Netanyahu s’est tourné vers les suspects habituels : le Hamas et l’Autorité palestinienne.

Cependant, il existe également un groupe moins connu qui opère à l’intérieur des frontières israéliennes : le Mouvement islamique, un groupe politico-religieux qui est également une organisation de services sociaux.

Netanyahu a exploité la rhétorique incendiaire de la branche du Nord de ce mouvement qui prétend que la Mosquée al-Aqsa est « en danger ». Cette branche a également mis en place des groupes de protestation qui harcèlent les visiteurs juifs se rendant sur le site. Netanyahu a accusé la rhétorique d’incitation aux attaques employée par le mouvement et cherche à bannir formellement ses activités.

Voici ce que fait le Mouvement, ce qu’il croit au sujet du mont du Temple et pourquoi il devrait être difficile de l’interdire.

Qu’est-ce que le Mouvement islamique ?

Le Mouvement islamique est une entité regroupant à la fois une organisation politique, un groupe religieux d’aide sociale et un fournisseur de services sociaux. Créé dans les années 1970, le but général du mouvement est de rendre plus religieux les Musulmans israéliens. Il doit en grande partie sa popularité au fait qu’il fournit des services qui font souvent défaut aux communautés arabes en Israël. Aujourd’hui, le groupe dirige des jardins d’enfants, des universités, des dispensaires, des mosquées et même une équipe de sport – souvent tous réunis sous le même toit.

« La popularité du Mouvement tient au fait que, à chaque endroit, il a su changer le visage d’un village ou d’une ville », explique Eli Rekhess, de la chaire au Moyen-Orient à la Northwestern University. « C’est la combinaison sous-jacente du mouvement islamique ».

Le mouvement s’est scindé en deux entités il y a vingt ans. Un groupe, connu comme la branche Sud, a commencé à présenter des candidats à la Knesset en Israël en 1966 et fait maintenant partie de la Liste arabe unie, une alliance de plusieurs partis politiques arabes. Parmi les 13 membres actuels de la Knesset de la Liste arabe unie, trois sont membres du mouvement.

La branche Nord, bien plus extrémiste, rejette tout légitimation du gouvernement israélien et a demandé à ses adhérents de boycotter les élections. Ces deux branches opèrent à présent comme deux entités distinctes.

La conférence « Al-Aqsa est en danger »

La branche Nord du Mouvement islamique est maintenant dans le viseur de Netanyahu pour son plaidoyer agressif en faveur d’un contrôle islamique du mont du Temple, ce lieu saint situé à Jérusalem connu par les Musulmans comme le Noble sanctuaire. Le dirigeant de cette branche, Raëd Saleh, a appelé ses partisans à « racheter » le mont qui abrite la Mosquée Al-Aqsa de la prétendue agression israélienne .

Chaque année, Saleh anime une conférence intitulée « Al-Aqsa est en danger » au cours de laquelle il a toujours soutenu l’idée qu’Israël cherche à modifier le statu quo de ce site – allégation vivement démentie par les responsables israéliens.

Le mouvement a également fondé un groupe appelé Al Mourabitun. Ses membres, qui manifestent contre les visiteurs juifs qui se rendent au mont du Temple, sont parfois devenus violents. Le 9 septembre, Israël a banni le groupe du mont, déclenchant ainsi l’étincelle qui a mis le feu aux poudres et a conduit à l’actuelle vague de violence. Saleh a accusé Netanyahu de déclarer la guerre à la mosquée.

Une ramification des Frères musulmans d’Egypte

Netanyahu considère également le groupe comme une sorte de cinquième colonne de l’islam en Israël. Selon Nohad Ali, de l’université de Haïfa, ce mouvement est une ramification des Frères musulmans d’Egypte, comme l’est le Hamas, le groupe qui contrôle Gaza et qui est considéré comme une organisation terroriste par les Etats-Unis.

Bien qu’ils partagent les mêmes principes et qu’ils opèrent de manière similaire – le Hamas et les Frères musulmans dirigent aussi des programmes éducatifs et de services sociaux en plus de leurs activités politiques – le Mouvement islamique n’entretient pas de relations avec ces deux organisations.

Rekhess affirme que le fait de rester séparé donne au mouvement une niche en Israël. Et, selon Ali, en se tenant à l’écart du Hamas, le mouvement est à l’abri des poursuites. Voila pourquoi…

Netanyahu ne peut pas faire grand-chose pour l’interdire

Saleh a fait de la prison après avoir agressé un policier israélien et a fait appel pour une condamnation à l’incitation à la violence mais de nombreux experts affirment que Netanyahu aura du mal à interdire le groupe pour incitation à la violence. Selon eux, les déclarations officielles du mouvement sont trop ambiguës pour être qualifiées d’illégales.

« Ils n’appellent pas à la violence », explique Ali. « Ils savent que le recours à la violence engendrerait la destruction du mouvement. Je ne dis pas que ce sont des anges ou qu’ils s’opposent à la violence [mais] ils utilisent des concepts flous ».

Interdire le groupe pourrait également déclencher une réaction violente parmi les Arabe d’Israël. Talab Abu Arar, député à la Knesset et membre de la branche Sud du Mouvement islamique, a déclaré qu’une mise hors-la-loi du groupe serait considérée comme une attaque les Arabes israéliens dans leur ensemble.

« Le Mouvement islamique regroupe la plupart de la population arabe en Israël », a dit Abu Arar au JTA. « L’interdire, revient à mettre hors la loi un public de la population du pays».

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