À Marseille et Paris, les Juifs fêtent Shavouot à la synagogue en petit comité
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À Marseille et Paris, les Juifs fêtent Shavouot à la synagogue en petit comité

Après une partie des catholiques et des musulmans, le week-end dernier, quelques communautés juives ont repris, ça et là cette semaine, les offices avec public

Des fidèles portant des masques de protection lors du service de "Chaharit" service, première prière publique du matin, à la "Grande Synagogue de Marseille", le 28 mai 2020 (Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)
Des fidèles portant des masques de protection lors du service de "Chaharit" service, première prière publique du matin, à la "Grande Synagogue de Marseille", le 28 mai 2020 (Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

« Ca fait 3 332 ans que le bon Dieu s’est dévoilé au peuple juif (…) et c’est la première fois qu’on le célèbre avec un masque ! » : à Marseille, une vingtaine de fidèles ont profité de la réouverture de leur synagogue pour célébrer Shavouot, enfin ensemble.

Dans la salle de la synagogue Pédoukat Elazar, qui peut accueillir cinq à dix fois plus de personnes, les plus assidus, tous des hommes, sont de retour pour le début de Shavouot (fête de pèlerinage qui marque le don de la Torah au peuple juif) jeudi soir.

Après une partie des catholiques et des musulmans, le week-end dernier, quelques communautés juives ont repris, ça et là cette semaine, les offices avec public, depuis qu’un texte du gouvernement a levé leur interdiction samedi. Et ce, malgré de vives recommandations du Consistoire de France et du grand rabbin préconisant d’attendre début juin pour mesurer les effets du déconfinement.

Du gel hydroalcoolique est proposé à l’entrée, interdite pour raison sanitaire « aux personnes âgées et aux enfants », précise le président de ce lieu de culte, Yvon Amar. Sur un mur, à quelques mètres des tables de la Loi, il a punaisé les nouvelles règles des lieux : port du masque obligatoire et pas d’embrassade, ni des autres fidèles, ni des objets de culte, mezzouza et sefer torah.

Un siège sur deux a été condamné par une rubalise rouge et blanche et la vingtaine de fidèles qui ont fait le déplacement se lavent les mains avant de saisir un exemplaire de la Torah. Pendant l’office, seul le fidèle qui récite une prière à voix haute peut abaisser, quelques minutes, son masque.

Le grand-rabbin de Marseille, Ruben Ohana, portant un masque de protection, lors du service de « Chaharit » service, première prière publique du matin, à la « Grande Synagogue de Marseille », le 28 mai 2020 (Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

« C’est notre première fête, nous avons fait sauter Pessah, nous étions en plein confinement », poursuit M. Amar. La synagogue, qui n’a jamais fermé depuis son inauguration en 1994, a rouvert dès le début de la semaine et « les fidèles viennent de plus en plus : le premier jour, une dizaine et tous les jours un peu plus. Pour retrouver l’équilibre un petit peu, il faut qu’on soit bien spirituellement ».

« Très prudents »

« On est contents de se retrouver, de pouvoir prier ensemble, ça fait longtemps », se réjouit Charly Teboul, 64 ans, commercial en informatique, qui vient ici depuis un quart de siècle. « Pendant un mois et demi, j’ai fait la prière avec le grand rabbin sur Internet, mais c’est pas pareil », explique-t-il, casquette sur la tête.

Kinésithérapeute de 67 ans, Moïse Bénichou est revenu à la synagogue dès l’ouverture : « On attendait cette reprise (…), ça normalise un petit peu, c’est un peu rassurant. » Pour cet homme, « très croyant », Shavouot est « une fête très importante ». « C’était très difficile d’envisager de la passer tout seul dans son coin. »

À Paris, jeudi soir également, la rabbin Pauline Bebe accueillait les premiers fidèles inscrits à l’office de Shavouot du centre Maayan, où elle officie. Une vingtaine d’entre eux étaient attendus, les autres membres de la communauté participant à la soirée par visioconférence.

« On n’a pas pu faire Pessah en vrai, c’est une émotion que de retrouver les gens et pour eux aussi. Pendant des semaines j’ai fait des offices en ligne. Mais ça ne remplace pas le partage d’une expérience ensemble », témoigne-t-elle auprès de l’AFP.

Un fidèle portant un masque de protection lors du service de « Chaharit » service, première prière publique du matin, à la « Grande Synagogue de Marseille », le 28 mai 2020 (Crédit : CLEMENT MAHOUDEAU / AFP)

L’intérieur de la synagogue a été briqué. Gel hydroalcoolique et port du masque sont ici aussi la règle. Tables et chaises sont disposées en îlots très espacés pour cette nuit d’études des textes qui s’annonce. « Je suis heureuse », souffle Liliane, malvoyante, qui n’a pu venir pendant plus de deux mois. « J’aime bien venir à cette synagogue, c’est ma maison. »

Pourquoi rouvrir maintenant, alors que le Consistoire et le Grand rabbinat, désireux de ne pas créer de nouveaux foyers de contamination, exhortent à la prudence et enjoignent d’attendre à minima la semaine prochaine ?

« On est très prudents », répond Pauline Bebe. « Les gens sont très respectueux des règles. Ils ont besoin de spiritualité dans ces temps difficiles. »

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