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A son procès, un ex-SS de camp nazi dit « sa honte » mais clame son innocence

L'accusé encourt jusqu'à de 15 ans de prison mais une telle peine est peu probable au vu de son âge

Un ex-SS témoigne lors de son procès à Münster, le 13 novembre 2018. Son visage est flouté à la demande des autorités allemandes. (Crédit : Guido Kirchner / dpa / AFP)
Un ex-SS témoigne lors de son procès à Münster, le 13 novembre 2018. Son visage est flouté à la demande des autorités allemandes. (Crédit : Guido Kirchner / dpa / AFP)

Un ancien garde du camp nazi de Stutthof, jugé en Allemagne pour complicité de centaines de meurtres, a exprimé mardi sa « honte » d’avoir été SS mais clamé son innocence en affirmant avoir ignoré l’existence des chambres à gaz.

Ce témoignage était très attendu des victimes et de leurs descendants, les dépositions d’acteurs du système concentrationnaire et d’extermination nazi étant rares.

Dans une déclaration lue par un avocat, l’accusé, Johann Rehbogen, 94 ans, a assuré avoir « honte » d’avoir été SS tout en expliquant avoir été « enrôlé sous la contrainte ».

« Il y aurait eu des représailles pour ma famille si je n’y étais pas allé », dit l’ex-garde, âgé de moins de 21 ans au moment des faits et donc jugé comme « mineur ».

Le camp de concentration du Stutthof en 2007. (Crédit : domaine public)

« Je ne savais rien »

Il a affirmé que le traitement des prisonniers avait été « un grand choc » pour lui et avoir eu « de la compassion pour eux ». Mais le nonagénaire a aussi assuré avoir tout ignoré de l’extermination des déportés.

« Je ne savais rien des tueries systématiques, des chambres à gaz et aussi du crématoire », a-t-il clamé, « je ne suis pas un nazi, je ne l’ai jamais été et je ne le serai jamais ».

Des propos qui n’ont guère convaincu le procureur, Andreas Brendel : « Nous partons du principe que les gardes en savaient bien plus que ce qui a été affirmé ici ».

Johann Rehbogen a servi entre juin 1942 et septembre 1944 à Stutthof, près de Gdansk en Pologne, où quelque 65 000 personnes ont été tuées, essentiellement des femmes juives des pays baltes et de Pologne. Ce camp a été intégré au système d’extermination des Juifs en juin 1944.

Un ex-SS en chaise roulante témoigne lors de son procès à Münster,, le 13 novembre 2018. Son visage est flouté à la demande des autorités allemandes. (Crédit : Guido Kirchner / dpa / AFP)

Le vieil homme, qui a écouté l’air grave son avocat lire la déclaration, est venu en fauteuil roulant à l’audience. A l’ouverture du procès le 6 novembre, il avait pleuré en écoutant à la barre des victimes.

Les parties civiles se sont toutefois montrées mardi très critiques. « Son discours était dépourvu de sens, je n’en crois rien », a réagi un avocat d’un ancien détenu du camp, Manuel Mayer.

« Mes clients ne sont pas naïfs et voient bien que ceux qui ont été jadis coupables ne veulent pas vraiment assumer le passé », lui a fait écho un autre avocat, Onur Özata, représentant d’anciens détenus vivant en Isräel et non présents mardi à l’audience.

Ce n’est que depuis quelques années que l’Allemagne s’efforce d’identifier les derniers suspects en vie et de juger ceux qui sont encore aptes à comparaître.

Au cours des récents procès, deux accusés se sont exprimés.

Oskar Gröning au premier jour de son procès à Luneberg, en Allemagne, le 21 avril 2015 (Crédit : JTA/Andreas Tamme/Getty Images)

L’ancien SS Oskar Gröning, surnommé le « comptable d’Auschwitz », qui avait demandé « pardon » en 2015 et reconnu sa « faute morale ». Condamné à quatre ans de prison pour complicité dans la mort de 300 000 Juifs, il est décédé en mars sans aller en prison.

Un autre SS d’Auschwitz, Reinhold Hanning, avait, lui, exprimé en 2016 sa « honte » et avait reconnu savoir que les déportés étaient « abattus, gazés et brûlés ». Il n’a pas encore été incarcéré, malgré une peine de 5 ans de détention.

D’une manière générale, la justice allemande reste critiquée pour son traitement tardif et insuffisant des crimes du IIIe Reich.

John Demjanjuk smiles in Israel's Supreme Court, August 1991 (photo credit: Flash90)
John Demjanjuk smiles in Israel’s Supreme Court, August 1991 (photo credit: Flash90)

Elle a attendu 2011, avec le procès de l’ex-garde de Sobibor John Demjanjuk, pour poursuivre les anciennes sentinelles de camps d’extermination pour « complicité de meurtre », quelle que soit leur conduite individuelle. Ces anciens gardes sont désormais considérés comme les rouages d’une « machine de mort ».

Pédagogique et symbolique

Ainsi, selon l’acte d’accusation, l’ex-SS du Stutthof avait « connaissance de toutes les méthodes pour tuer » même s’il n’y a pas participé directement.

Johann Rehbogen encourt un maximum de 15 ans de prison mais une telle peine est peu probable, au regard des condamnations précédentes et de son statut judiciaire de « mineur ».

Au-delà de l’aspect pénal, ces dossiers visent aussi à donner aux descendants des victimes le sentiment que justice est enfin passée.

Et souvent ces affaires ont un aspect pédagogique. Les bancs du public sont occupés régulièrement par des classes de lycéens. Mardi à Münster, des jeunes étaient présents en nombre.

Le procès doit durer au moins jusqu’en janvier.

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