À Tel-Aviv, Rahm Emanuel reprochera à Netanyahu de mener Israël « dans l’impasse »
Le démocrate et probable candidat pour 2028 reproche à Jérusalem de priver Gaza d'aide et veut sanctionner les résidents d'implantations violents et les entreprises qui les aident
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Cette semaine, c’est depuis à Tel-Aviv que Rahm Emanuel, l’un des principaux démocrates juifs et candidat probable à la nomination du parti en vue de l’élection présidentielle américaine de 2028, entend dénoncer le Premier ministre Benjamin Netanyahu et faire passer avec force le message que la relation entre Israël et les États-Unis se trouve « à la croisée des chemins ».
« Elle ne peut ni perdurer ni survivre comme avant », déclarera Emanuel mercredi à l’université de Tel-Aviv, selon des propos obtenus par le Times of Israel. « Pour maintenir la force de nos liens, nous avons besoin de changements significatifs et d’une nouvelle direction. »
Dans une interview accordée en amont de ce discours, Emanuel a déclaré à l’Associated Press que les représailles militaires israéliennes au pogrom commis par le Hamas le 7-Octobre avaient été « imprudentes et oublieuses de la vie des Palestiniens — non seulement de par les actions militaires, mais aussi au travers de l’utilisation de la nourriture et des médicaments comme instruments au service de vos objectifs militaires. »
Israël nie toute utilisation de la nourriture comme arme dans sa guerre contre le Hamas, expliquant avoir tout fait pour faciliter l’acheminement de grandes quantités d’aide dans la bande de Gaza tout au long de la guerre. Toutefois, en 2025, Israël a pendant près de trois mois interdit l’accès à l’aide humanitaire pour forcer le Hamas à libérer les otages.
Invité à dire dans quelle mesure il pensait qu’Israël avait ou non commis un « génocide » — une accusation portée par certaines organisations de défense des droits humains mais rejetée par les gouvernements israélien et américain —, Emanuel a estimé que la question ne devait pas être examinée de manière isolée sans tenir compte des conflits en Ukraine et au Soudan.
« Je suis prêt à avoir cette discussion », a-t-il dit, « mais je ne pense pas qu’elle doive être politisée, ce qui diluerait la force de ce que signifie le mot génocide. »
Tomorrow at 9:30am ET at Tel Aviv University, I'll lay out where I believe the US-Israel relationship must go from here. I didn't come to flatter anyone. I came because real friends tell each other hard truths — and tomorrow, I will. Stay tuned. pic.twitter.com/z1xbjKeGTy
— Rahm Emanuel (@RahmEmanuel) July 7, 2026
Pris ensemble, cette interview et le discours à venir de cette figure de proue de l’aile centriste des démocrates démontrent à quel point le parti a pris ses distances avec le traditionnel soutien à Israël, près de trois ans après une guerre déclenchée par le pogrom du Hamas dans le sud d’Israël.
Selon un nouveau sondage réalisé par l’Associated Press-NORC Center for Public Affairs Research, près de 58 % des démocrates estiment que les États-Unis soutiennent « trop » les Israéliens : ils étaient
45 % en janvier 2024. Par ailleurs, près de la moitié des démocrates estiment qu’Israël a commis un « génocide » contre les Palestiniens pendant la guerre contre le Hamas.
Les propositions évoquées par Emanuel dans son discours passent par des sanctions contre les résidents d’implantations extrémistes qui s’en prennent aux civils palestiniens et à leurs biens, ainsi que contre les entreprises et banques qui soutiennent les implantations, considérées comme illégales par la majeure partie de la communauté internationale.
Il souhaite également mettre fin aux subventions américaines accordées au budget de la défense d’Israël, affirmant que le pays « devrait pouvoir acheter des armes américaines aux mêmes conditions financières, avec les mêmes restrictions et les mêmes exigences que tout autre allié de confiance respectueux de nos lois ».
En outre, Emanuel entend bien reprocher à Netanyahu d’avoir mené Israël dans l’ « impasse », encouragé en cela par les mauvaises décisions des autorités américaines.
« Pendant trop longtemps, la politique américaine à l’égard d’Israël a consisté à dire que la meilleure chose que Washington pouvait faire pour Jérusalem était de se tenir aveuglément et silencieusement derrière votre gouvernement, sans conditions, sans exigences et sans conséquences en cas de désaccord », entend-il dire. « Là a été notre erreur. Ce soutien inconditionnel a produit un Premier ministre convaincu que ses intérêts stratégiques étaient tels qu’il ne risquerait rien à ignorer les préoccupations de l’Amérique. »
Il est rare qu’un Américain avec des ambitions présidentielles se rende à l’étranger, et a fortiori dans un pays aussi sensible qu’Israël, pour y faire des reproches aussi cinglants à ses autorités politiques.
Dernièrement, les centristes comme Emanuel se sont montrés plus réticents que la base progressiste des démocrates à remettre en cause le traditionnel soutien des États-Unis à Israël.
One of the most inspiring examples of coexistence I saw in Israel was the partnership between Ichilov Hospital, Project Rozana and Al-Najah hospital, where Palestinian doctors are trained alongside Israeli colleagues to improve healthcare for everyone.
At @tasmc1, I met with… pic.twitter.com/T05gS5Hx68
— Rahm Emanuel (@RahmEmanuel) July 6, 2026
Quelle sera la réaction de Netanyahu ?
Ses propos pourraient bien lui valoir une réponse tout aussi enflammée de la part de Netanyahu, qui a un jour traité Emanuel — qui ambitionnait alors d’être le premier président juif de la Chambre des Représentants des États-Unis — de « Juif qui se déteste ».
Netanyahu livre lui-même bataille pour se faire réélire, en octobre prochain, et pourrait être tenté d’utiliser une confrontation avec Emanuel à des fins politiques pour donner le sentiment de tenir bon face aux critiques internationales.
Arrivé en Israël dimanche pour y prononcer son discours mercredi, Emanuel a déclaré à l’AP avoir fait en sorte de ne pas voir d’élus israéliens au cours de sa visite afin de ne pas interférer avec les prochaines élections.
Il se rendra au musée du mémorial de la Shoah Yad Vashem et à l’hôpital Ichilov de Tel-Aviv, lequel prend en charge des patients israéliens tout autant que palestiniens, et rencontrera la famille d’un otage du Hamas de même que le président Isaac Herzog.
Pour les possibles candidats démocrates à la présidentielle soucieux de gérer au mieux les retombées de la guerre d’Israël à Gaza et le penchant manifeste de Netanyahu pour le Parti Républicain, dirigé par le président Donald Trump, ce discours relève d’une stratégie particulièrement frontale.
It was an honor to meet with @Isaac_Herzog in Jerusalem today. I've known him for many years, and he is a good man of principle who deeply values the alliance between Israel and the United States.
Neither security nor peace can be built on the recriminations or repeated… pic.twitter.com/GrzfL8TsYp
— Rahm Emanuel (@RahmEmanuel) July 7, 2026
La guerre a bouleversé les coalitions politiques au sein des deux grands partis américains, les jeunes électeurs rejetant l’approche d’Israël face au conflit et pressant les autorités américaines d’adopter une position plus ferme. La question a d’ailleurs parasité une partie des primaires du Congrès démocrate, cette année, et pourrait continuer à constituer une ligne de fracture dans la course à la nomination présidentielle du parti en 2028.
Fustigeant Netanyahu pour avoir fait peu d’efforts en vue d’une issue diplomatique de la guerre, Emanuel soulignera que « le soutien à Israël recule partout dans le monde ».
« Vous avez perdu l’Europe », dira-t-il. « Vos scientifiques font face à l’exclusion des réseaux de recherche internationaux. Vos artistes et universitaires sont écartés des expositions et des conférences. »
Le soutien à Israël recule
Netanyahu a noué une bonne relation avec Trump et le Parti Républicain, mais le soutien à Israël des Démocrates a totalement dévissé ces dernières années. Le fait qu’Emanuel dise d’Israël qu’il est de plus en plus isolé rappelle les récents propos du vice-président, JD Vance, signe que la critique envers Israël a gagné les deux partis.
S’exprimant récemment depuis la salle de presse de la Maison-Blanche au moment où les États-Unis s’efforçaient de conclure un accord pour mettre fin à la guerre avec l’Iran, Vance a en effet déclaré que Trump était
« le seul chef d’État au monde à être encore sympathique avec Israël en ce moment ».
Malgré la fermeté de ses propos, Emanuel, qui est juif et dont le père est né à Jérusalem, fera la place, dans son discours, à quelques notes de sympathie et de compréhension. Il évoquera le bilan du pogrom du 7 octobre 2023, au cours duquel les terroristes menés par le Hamas ont mené des frappes aériennes et terrestres sur Israël, massacré plus de 1 200 personnes et fait plus de 250 otages. Il mentionnera également les déceptions des précédents cycles de négociations de paix avec les autorités palestiniennes.
« Le fait de reconnaitre ce qui s’est passé ne nous condamne pas à être les otages d’un passé uniquement fondé sur des récriminations », dira-t-il.
Whenever I visit Israel, consistent with my first visit with my mother, I make it a point to visit Yad Vashem and walk the Avenue of the Righteous Among the Nations.
It is a profound reminder of both the darkest depths of evil and the greatest heights of humanity that knows no… pic.twitter.com/kEPYWwk8CM
— Rahm Emanuel (@RahmEmanuel) July 7, 2026
Il qualifiera la solution à deux États de « discréditée » et poussera plutôt en faveur d’une « solution à 23 États » – avec Israël, une Autorité palestinienne réformée et les 21 membres de la Ligue arabe, dans le cadre d’un accord de paix.
« Il faut que les 21 pays arabes qui, depuis des décennies, se servent des droits des Palestiniens comme d’un slogan, se retroussent les manches et mettent sur pied une autorité gouvernementale capable d’accepter la relation historique qu’entretiennent les Juifs avec cette terre », dira-t-il.
Aucun des Démocrates les plus en vue ne s’est formellement déclaré pour les élections de 2028, mais cela pourrait rapidement changer après les élections de mi-mandat de novembre prochain, après quoi le vivier de candidats pourrait compter plusieurs dizaines de personnes.
Rares sont ceux qui ont aussi ouvertement fait part de leurs intentions qu’Emanuel, ex-chef de cabinet de la Maison-Blanche, ex-membre du Congrès, ex-maire de Chicago et ex-mbassadeur des États-Unis, qui a passé la majeure partie des trente dernières années à occuper des postes publics.
Dégagée de toutes ses obligations publiques pour l’heure, il a attiré l’attention en publiant des propositions politiques, en faisant du vélo dans le New Hampshire, un Etat déterminant pour le scrutin, en apparaissant dans des podcasts et en soignant sa présence sur les réseaux sociaux.
la Communauté du Times of Israël !







