Rechercher

À Tel Aviv, un aperçu des turbulentes années sous la domination britannique

Le leader de Lehi, Avraham Stern, a été abattu il y a 75 ans dans un modeste appartement. Il abrite maintenant un musée consacré au groupe clandestin

Une presse à imprimer utilisée par les membres du Lehi  pour sa propagande de soutien au groupe (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Une presse à imprimer utilisée par les membres du Lehi pour sa propagande de soutien au groupe (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Yair Stern est né quatre mois après la mort de son père, abattu par la police britannique dans une cache de Tel Aviv. Jusqu’à ses quatre ans, l’enfant croyait que son père travaillait en Amérique, et qu’un jour il reviendrait. Dès qu’il a maîtrisé l’alphabet, Yair a commencé à écrire des lettres, disant à son père qu’il lui avait manqué et qu’il avait hâte de le voir.

Le 29 novembre 1947, les Nations unies ont voté la partition de la Palestine en un Etat juif et un Etat arabe. Les Juifs de Palestine étaient extasiés, se mettant spontanément à chanter et à danser.

Quand Yair a demandé pourquoi tout le monde était si heureux, on lui a dit que bientôt les Juifs auraient leur propre pays. Puis il a appris la terrible nouvelle: son père avait été tué durant la guerre avec les Britanniques en luttant pour l’indépendance juive, le 12 février 1942.

Le père de Yair était Avraham Stern qui, pendant la plus grande partie des années 1930, fut membre du mouvement clandestin Etzel (Irgun Zvai Leumi) – une organisation paramilitaire avec une politique de représailles violentes contre le terrorisme arabe et la conviction ferme qu’il était du droit de tous les Juifs de vivre en Palestine.

L’organisation avait la responsabilité de faire venir de nombreux immigrants « illégaux » dans le pays. Après la publication du Livre blanc britannique en mai 1939, limitant sévèrement l’immigration, Etzel commença à entreprendre des actions contre les Britanniques. L’hymne d’Etzel était d’ailleurs une chanson écrite par Stern, appelée Soldats Anonymes.

L'entrée du Lehi Museum, situé dans une rue portant le nom d'Avraham Stern dans le sud de Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
L’entrée du Lehi Museum, situé dans une rue portant le nom d’Avraham Stern dans le sud de Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Lorsque, quatre mois plus tard, la Seconde Guerre mondiale a éclaté, Etzel a mis fin à ses activités contre les Britanniques. Après tout, les Britanniques luttaient contre les nazis. Stern, cependant, croyait fermement que les Britanniques étaient les vrais ennemis des Juifs palestiniens, et que la lutte contre eux devait continuer. Il s’est alors séparé d’Etzel et a fondé Lehi.

Les membres clandestins de Lehi vénéraient Stern (nom de code Yair) et ce qu’il représentait. La plupart d’entre eux ne l’ont jamais rencontré, mais ils l’ont suivi lui et ses préceptes, aveuglément, allant jusqu’à en mourir. Les enfants de moins de 15 ans, élevés dans la haine des Britanniques, trouvaient un sens dans Lehi. Cela a donné un but à leur vie, et ils étaient ravis de faire partie d’un dessein d’aussi important.

Avraham ‘Yair’ Stern, commandant du Lehi (Autorisation : Lehi Museum)
Avraham ‘Yair’ Stern, commandant du Lehi (Autorisation : Lehi Museum)

Les membres du mouvement clandestin de la Haganah, beaucoup plus modérés qu’Ezel et certainement plus que Lehi, étaient vigoureusement en désaccord avec la vision de Stern des Britanniques et le considérait comme une menace directe pour les Juifs de Palestine et craignaient que les activités de son groupe ne nuisent à l’effort de guerre. En conséquence, les combattants du Lehi étaient en danger constant d’être remis aux autorités par leurs camarades juifs.

Lorsque la guerre a commencé, les Britanniques ont demandé une liste des membres d’Etzel qui étaient incarcérés, afin qu’ils puissent être libérés de prison. La fracture entre les groupes était telle que les dirigeants d’Etzel ont laissé les membres de Lehi croupir en prison.

En 1985, le ministère de la Défense a ouvert un musée à l’intérieur de la maison sur la rue Stern où Stern a été tué. Nommée Beit Yair (maison de Yair), il y manque la technologie sophistiquée qu’on peut trouver dans presque tous les autres musées israéliens ces jours-ci. Pourtant, il offre aux visiteurs un aperçu fascinant et approfondi de ces années intenses et éphémères durant lesquelles les Britanniques gouvernaient la Palestine.

Votre visite commence par un film de sept minutes dont le roulement de tambour, la musique et les paroles vous aident à sentir l’atmosphère de désespoir qui enveloppait le Lehi dans ces jours sombres de la domination britannique il y a 75 ans.

Il est présenté dans le cadre de la même pièce, et avec l’ameublement d’origine, où l’assassinat de Stern a eu lieu. Vous pouvez entendre le coup sur la porte qui l’a fait se cacher dans un placard, et voir le chapeau, le rasoir et la brosse à raser/blaireau – encore humide – qui l’a trahi. Et vous pouvez entendre les trois coups qui ont mis fin à sa vie.

Le blaireau à barbe, le chapeau et le rasoir de Stern exposés au Lehi Museum. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le blaireau à barbe, le chapeau et le rasoir de Stern exposés au Lehi Museum. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Ensuite, vous vous déplacez dans une zone du musée qui commémore 127 membres de Lehi. Cinquante-cinq des hommes et femmes, garçons et filles dont les photos sont exposées, ont été tués alors qu’ils servaient le réseau clandestin. Presque tous les autres membres de Lehi ont rejoint l’armée israélienne dès que l’État a été proclamé et sont tombés pendant la guerre d’Indépendance.

Vous trouverez également affichées des photographies de « olei hagardom ». Bien que le terme ne se réfère qu’aux membres clandestins poursuivis par les Britanniques et condamnés à être exécutés par pendaison, ici sont également incluses les photos de ceux qui furent pendus par les Turcs parce qu’ils avaient espionné pour le compte des Britanniques, et d’Eli Cohen, l’homme de Damas du Mossad, « pendu sur une place publique dans la capitale syrienne en 1965.

Une autre salle est consacrée à « Yair », avec des affiches de son passé, ses prouesses universitaires, ses études en Italie, son charisme, son obsession de pousser les Britanniques hors de Palestine et ses talents de poète.

La chambre de Stern à Tel Aviv, où il a été tué par les forces de sécurité britanniques (Crédit : Shmuel Bar-Am)
La chambre de Stern à Tel Aviv, où il a été tué par les forces de sécurité britanniques (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Dans d’autres parties du musée, vous découvrez un navire appelé Struma – et les centaines d’immigrants « illégaux » condamnés à se noyer dans l’océan après avoir été privés d’autorisation d’atterrir en Palestine.

Les expositions illustrent plusieurs évasions astucieuses des prisons britanniques par les membres du Lehi. Un bidon de lait, l’un des nombreux utilisés comme « slik » (cache pour les armes) et l’imprimerie utilisée pour les affiches qui ont eu une énorme influence sur les membres en herbe de Lehi.

Sur le mur à côté d’une exposition d’armes se trouve une carte des sites dans toute la Palestine où, en 1929, des émeutes arabes massives ont eu lieu contre une population juive sans défense.

Des descriptions et des photographies évoquant les actions du Lehi sont également exposées, dont le champ d’aviation où les combattants du groupe avaient fait exploser huit Spitfires britanniques. L’assassinat du diplomate anglais Lord Moyne est aussi évoquée. A la fin de la visite, vous découvrirez une photo très inhabituelle de Stern, constituée de minuscules photographies des 850 membres du Lehi.

C’est Moshe Ben Yehuda (nom de code Giora) qui nous a guidés dans le musée. Ses récits et ses explications ont très largement enrichi notre visite. Donnez un coup de fil si, vous aussi, vous désirez bénéficier d’une visite guidée. Si vous êtes à Tel Aviv et que vous saisissez simplement l’occasion impromptue de vous arrêter, vous verrez tout de même le film et vous pourrez déambuler dans le musée à votre convenance, en profitant des excellents panneaux d’explication rédigés en anglais.

Moshe Ben Yehuda, guide touristique au Lehi Museum à Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Moshe Ben Yehuda, guide touristique au Lehi Museum à Tel Aviv. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’organisation FFI-LEHI (Freedom Fighters of Israel Heritage Association), association à but non lucratif dirigée par d’anciens membres du Lehi et leurs familles, occupe une salle à Beit Yair où sont programmées des cérémonies et des événements de commémoration, où les membres se consacrent à la production de films et à la préparation de livres qui seront publiés. Tous ceux qui s’intéressent au Lehi pourront consulter un nombre considérable d’archives et obtenir des renseignements. Vous pouvez aussi vous rendre sur le site.

La forêt de Lehi, au Kibbutz Mishmar Ayalon, fait partie des sites où sont organisées des cérémonies du souvenir.

Et des cérémonies, il y en a eu aussi d’autres : En 2005, peu après qu’un monument à la mémoire de 128 combattants Lehi a été inauguré, le JNF (Jewish National Fund-KKL) a organisé une cérémonie de plantage d’arbres sur le site, où des gens de tous les âges ont enfoui de petites pousses dans le sol.

Le mois dernier, nous avons emmené notre chien se promener avec nous dans la forêt. Quelle différence avons-nous constatée ! De grands et beaux arbres entourent dorénavant ce monument impressionnant, qui a été créé par Ayelet Bitan-Shlonsky, tandis que des anémones rouges, brillantes, fleurissent à proximité, et qu’une zone de loisirs, placée à l’ombre des arbres, offre des tables de pique-nique et des jeux pour les plus petits.

Répartis dans la forêt alentour, d’autres monuments et d’autres bosquets, plusieurs consacrés aux Juifs de Palestine qui ont lutté aux côtés des Britanniques durant les deux guerres mondiales. Cet endroit adorable à visiter est le lieu où le FFI-LEHI organise les cérémonies lors de sa Journée annuelle de commémoration (qui tombe le 1er mai cette année).

Pour plus d’itinéraires spécifiques vers la forêt de Lehi, veuillez-nous écrire à l’adresse israeltravels@gmail.com.

Le monument de commémoration du Lehi situé à proximité du kibboutz Mishmar Ayalon dans le centre d'Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)
Le monument de commémoration du Lehi situé à proximité du kibboutz Mishmar Ayalon dans le centre d’Israël (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Aviva Bar-Am est l’auteur de sept guides en anglais pour découvrir Israël.

Shmuel Bar-Am est guide touristique habilité. Il organise des visites privées et personnalisées en Israël qu’elles soient individuelles, familiales ou pour les petits groupes.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...