Abbas invite les nations africaines à se joindre au processus de paix
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Abbas invite les nations africaines à se joindre au processus de paix

Dans un discours devant l'Union africaine en Ethiopie, le chef de l'Autorité palestinienne a fustigé Trump pour son commentaire concernant les "pays de merde"

Dov Lieber est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

Mahmoud Abbas (au centre), au sommet de l'Union africaine le 14 juin 2015 (Photo: AFP / GIANLUIGI GUERCIA)
Mahmoud Abbas (au centre), au sommet de l'Union africaine le 14 juin 2015 (Photo: AFP / GIANLUIGI GUERCIA)

Mahmoud Abbas, dirigeant de l’Autorité palestinienne, a appelé dimanche les nations africaines à adhérer à un mécanisme international qui conduirait à la création d’un Etat palestinien indépendant, après que les Etats-Unis se sont « exclus » du processus de paix en reconnaissant Jérusalem comme capitale d’Israël.

« Les efforts de paix nécessitent la mise en place d’un mécanisme multilatéral international sous l’égide des Nations unies, et nous appelons l’Union africaine et ses Etats membres à être représentés dans ce processus », a déclaré M. Abbas devant l’Union africaine réunie à Addis-Abeba, la capitale éthiopienne.

M. Abbas a ajouté qu’il souhaitait que les pays africains participent à une conférence internationale organisée sur la base de « décisions légitimes internationales » et sur le principe « d’une solution à deux Etats fondée sur les frontières de 1967 et de la fin de l’occupation israélienne de l’Etat palestinien, qui comprend Jérusalem-Est, la capitale de notre Etat, que nous voulons ouvrir à toutes les religions sémitiques – à l’islam, au christianisme et au judaïsme. »

Au cours de son discours, le dirigeant palestinien a réitéré l’accusation selon laquelle Israël tenterait de changer « l’identité » de Jérusalem et serait nuisible aux Lieux saints non juifs dans la ville.

Le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas donne une conférence de presse à la suite de sa rencontre avec le président sud-africain, le 26 novembre 2014, à Pretoria, dans le cadre de sa première visite officielle en Afrique du Sud (AFP / STEFAN HEUNIS)

« La ville de Jérusalem fait l’objet d’une attaque féroce visant à modifier son identité spirituelle, son caractère, ses lieux historiques, et à nuire à ses lieux saints islamiques et chrétiens », a-t-il affirmé.

L’Etat d’Israël a rejeté toute idée selon laquelle il nuirait aux Lieux saints et soutient le statu quo concernant les espaces sacrés de Jérusalem, affirmant que, tout au long de l’histoire récente, l’accès libre aux sites sacrés n’a été garanti que sous la domination israélienne.

Abbas a profité de son discours pour demander à toutes les nations de ne pas établir de missions diplomatiques à Jérusalem.

Suite à la décision du président américain Donald Trump de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël et de transférer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem, les dirigeants palestiniens ont déclaré que Washington ne pouvait plus jouer le rôle historique et central dans le processus de paix qu’il occupait depuis plus de deux décennies.

Ainsi, Abbas cherche désormais la mise en place d’un nouveau processus international grâce auquel les Palestiniens pourraient obtenir la création d’un Etat indépendant. De son point de vue, les principaux acteurs seraient désormais l’UE, l’ONU, la Russie et la Chine.

La semaine dernière, Federica Mogherini, responsable de la politique étrangère de l’Union européenne, a déclaré que Bruxelles était prête à jouer un rôle central, aux côtés des Etats-Unis, en élargissant le rôle international de médiation entre Israël et les Palestiniens.

Abbas a déclaré dimanche que, suite à la décision de Trump, les Etats-Unis représentaient un « parti partial en faveur d’Israël » et que le pays s’était « exclu de son rôle de médiateur dans le processus de paix ».

Le dirigeant palestinien a également fustigé Trump pour avoir prétendument qualifié de « pays de merde » des nations africaines.

Mahmoud Abbas, leader de l’Autorité palestinienne, est reçu par Federica Mogherini, chef de la diplomatie étrangère de l’UE, avant d’assister à un sommet européen des Affaires étrangères au Conseil européen de Bruxelles le 22 janvier 2018 (EMMANUEL DUNAND / AFP)

« Nous condamnons toute attaque dirigée contre les nations africaines et leurs peuples », a déclaré M. Abbas.

« La lutte contre le colonialisme, le racisme et l’injustice et l’affirmation du droit des peuples à l’autodétermination sont des problèmes communs entre la Palestine et les peuples du continent africain. Nous comptons sur votre position ferme sur la question de la Palestine », a ajouté M. Abbas.

L’année dernière, Israël et les Palestiniens ont déployé des efforts afin de gagner le soutien diplomatique des nations africaines.

En prévision d’une rencontre avec le Premier ministre Benjamin Netanyahu à Davos, Donald Trump a déclaré que les Etats-Unis ne fourniraient plus d’aide financière aux Palestiniens s’ils refusaient de s’engager dans des pourparlers de paix négociés par les Etats-Unis avec Israël. Il a également affirmé que Jérusalem était désormais « hors de la table des négociations » suite à sa déclaration du 6 décembre dans laquelle il a déclaré la ville comme capitale d’Israël – une décision qui a conduit les Palestiniens à geler leurs relations avec les Etats-Unis.

Les Palestiniens ont rejeté la menace, affirmant que les pourparlers de paix étaient « hors de table » si l’administration américaine ne revenait pas sur sa décision de reconnaitre Jérusalem comme capitale d’Israël.

Le négociateur en chef, Saeb Erekat, a déclaré que les dernières remarques du président prouvaient que « les Etats-Unis s’étaient disqualifiées elles-mêmes du processus de paix » et que la décision concernant Jérusalem était un « appel au réveil » aux dirigeants arabes.

« Jérusalem n’est pas hors de la table des négociations ; c’est plutôt les Etats-Unis qui se trouvent en dehors du consensus international. Ceux qui affirment que Jérusalem est hors de la table affirment que la paix est hors de la table », a déclaré Erekat. « Il n’y aura pas de paix sans Jérusalem-Est comme capitale souveraine de l’Etat de Palestine. »

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article.

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