Abbas: Israël entièrement responsable des 16 morts lors des heurts à Gaza
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Abbas: Israël entièrement responsable des 16 morts lors des heurts à Gaza

Les leaders gazaouis ont dit aux émeutiers de se retirer pour la nuit après que 1 400 personnes ont été blessées lors de la plus importante journée de violences depuis des années

Khaled Abu Toameh est le correspondant aux Affaires arabes du Times of Israël

  • Une photo prise le 30 mars 2018 du kibboutz israélien sud de Nahal Oz de l'autre côté de la bande de Gaza montre des Palestiniens participant à une manifestation pour commémorer la Journée de la Terre(Crédit : AFP PHOTO / Jack GUEZ)
    Une photo prise le 30 mars 2018 du kibboutz israélien sud de Nahal Oz de l'autre côté de la bande de Gaza montre des Palestiniens participant à une manifestation pour commémorer la Journée de la Terre(Crédit : AFP PHOTO / Jack GUEZ)
  • Le chef du Commandement du sud de l'armée israélienne, le général de division  Eyal Zamir,  regarde à travers une paire de lunette pour mieux voir la situation dans la bande de Gaza alors que le chef des opérations de l'armée, le général de division Nitzan Alon, se tient derrière durant une manifestation massive le long de la frontière, le 30 mars 2018 (Crédit : Armée israélienne)
    Le chef du Commandement du sud de l'armée israélienne, le général de division Eyal Zamir, regarde à travers une paire de lunette pour mieux voir la situation dans la bande de Gaza alors que le chef des opérations de l'armée, le général de division Nitzan Alon, se tient derrière durant une manifestation massive le long de la frontière, le 30 mars 2018 (Crédit : Armée israélienne)
  • Des femmes palestiniennes brandissent des drapeaux et font le signe de la victoire durant une manifestation aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Mohammed ABED)
    Des femmes palestiniennes brandissent des drapeaux et font le signe de la victoire durant une manifestation aux abords de la frontière avec Israël, à l'est de Jabalia, dans la bande de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Mohammed ABED)
  • Le leader du Hamas Ismail Haniyeh fait le "V" de la victoire durant une manifestation près de la frontière avec Israël, à l'est de Gaza city, pour commémorer la journée de la Terre, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)
    Le leader du Hamas Ismail Haniyeh fait le "V" de la victoire durant une manifestation près de la frontière avec Israël, à l'est de Gaza city, pour commémorer la journée de la Terre, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)
  • Une photo prise le 30 mars 2018 montre un adolescent palestinien transporté sur une civière après avoir été blessé lors d'une manifestation près de la frontière avec Israël à l'est de Jabalia dans la bande de Gaza pour commémorer la Journée de la Terre (Crédit : AFP / Mohammed ABED)
    Une photo prise le 30 mars 2018 montre un adolescent palestinien transporté sur une civière après avoir été blessé lors d'une manifestation près de la frontière avec Israël à l'est de Jabalia dans la bande de Gaza pour commémorer la Journée de la Terre (Crédit : AFP / Mohammed ABED)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a estimé qu’Israël était « pleinement responsable » des attaques meurtrières qui ont fait au moins 16 morts du côté de Gazaouis et plus de 1 000 blessés lors d’affrontements violents survenus contre l’armée israélienne le long de la frontière de sécurité, vendredi.

Dans un discours prononcé sur Palestine TV, Abbas a expliqué avoir demandé aux Nations unies d’oeuvrer immédiatement pour offrir une protection aux « Palestiniens sans défense ».

« Le grand nombre de martyrs et de blessés durant des manifestations pacifiques a montré la nécessité de l’intervention de la communauté internationale pour assurer une protection à notre peuple », a dit Abbas.

Les affrontements de vendredi ont marqué la journée la plus sanglante depuis la guerre de Gaza, en 2014, donnant le coup d’envoi d’une campagne qui, selon les gouvernants terroristes du Hamas à Gaza, sera marquée par des sit-ins massifs le long de la frontière, visant à souligner la demande des Palestiniens déracinés et de leurs descendants à « revenir » sur les terres devenues aujourd’hui Israël.

Vendredi dans la soirée, les chefs gazaouis ont appelé les manifestants à quitter la zone frontalière jusqu’au samedi, les manifestations étant programmées pour durer six semaines et ce jusqu’à l’inauguration de la nouvelle ambassade américaine à Jérusalem, aux alentours du 14 mai.

Selon l’armée, ce sont environ 30 000 manifestants qui ont participé au mouvement de protestation durant toute la journée de vendredi, certains Gazaouis envoyant des cocktails molotov et des pierres sur les soldats israéliens et faisant rouler des pneus enflammés dans leur direction. Il y a eu, selon les militaires, de nombreuses tentatives d’ouvrir une brèche ou d’endommager la clôture de sécurité.

Les Palestiniens franchissent une ville de tentes dressées le long de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza City, pour commémorer la Journée de la terre (Crédit : AFP/ MAHMUD HAMS)

Les violences ont paru disparaître après le crépuscule mais l’armée a indiqué qu’elle restait en état d’alerte élevé, craignant des attaques persistantes, notamment des tentatives d’infiltration sur le territoire israélien et des tirs de roquette. Des tanks et des avions chasseurs ont bombardé des sites appartenant au Hamas en fin de soirée après que deux Gazaouis ont ouvert le feu sur des militaires, a ajouté l’armée.

« Cette grave attaque à l’arme à feu est une preuve supplémentaire de ce que les organisations terroristes de la bande de Gaza utilisent ces émeutes violentes pour camoufler des attentats », a fait savoir l’armée israélienne dans un communiqué, quelques heures après qu’un général a expliqué que les terroristes utilisaient ces mouvements de protestations pour couvrir leurs actions d’agression.

Les forces de sécurité israéliennes ont également utilisé un drone pour lancer des gaz lacrymogènes le long de la frontière. C’est l’une des premières fois que cette technologie innovante est utilisée, a dit un porte-parole de la police.

Les Palestiniens ont accusé Israël d’utiliser la force de manière disproportionnée, comme l’a fait également la Turquie.

Le ministère de la Santé dirigé par le Hamas à Gaza a confirmé la mort de 16 personnes durant cette journée de violences. 1 416 Palestiniens ont également été blessés – dont 758 par des tirs, selon le ministère du Hamas.

Les manifestants palestiniens cherchent un refuge face aux gaz lacrymogènes lancés par les forces de sécurité israélienne durant une manifestation commémorant la journée de la Terre, à proximité de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : ./ AFP PHOTO / MAHMUD HAMS)

L’armée n’a pas confirmé le bilan de ces morts. Elle a déclaré que les soldats avaient ouvert le feu sur les « principaux instigateurs » des violences. Les militaires ont maintenu qu’ils ne permettraient pas aux manifestants palestiniens de « violer la souveraineté israélienne » en franchissant la clôture de sécurité.

« Demande de protection des Palestiniens »

Le bureau d’Abbas a fait savoir que le chef palestinien avait décidé que samedi serait « journée de deuil national ».

Abbas a donné pour instruction à l’envoyé palestinien aux Nations unies, Riad Mansour, de « prendre les mesures nécessaires pour effectuer une demande de protection internationale pour les Palestiniens », a indiqué un communiqué émis par le bureau du président de l’AP à Ramallah, vendredi.

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, au centre, et le Premier ministre palestinien Rami Hamdallah, à gauche, lors de la présentation des résultats préliminaires du recensement général de la population, du logement et des établissements à Ramallah, en Cisjordanie, le 28 mars 2018 (Crédit : AFP/Abbas Momani)

Le ministère de l’Information de l’AP a accusé Israël de prendre pour cible des manifestations « pacifiques » avec des tirs à balles réelles et a indiqué que c’était la preuve de la nécessité d’une protection internationale offerte aux Palestiniens.

Le ministère a salué les Palestiniens pour avoir répondu aux appels à manifester marquant le 42ème anniversaire de la journée de la Terre en Cisjordanie et dans la bande de Gaza.

Une photo prise le 30 mars 2018 montre les Palestiniens participer à une manifestation commémorant la Journée de la terre aux abords de la frontière avec Israël, à l’est de Gaza City. (Crédit : AFP/Mahmud Hams)

Les militaires israéliens ont estimé que les organisateurs des manifestations tentaient délibérément de mettre en péril des civils, citant un incident au cours duquel une fillette de sept ans a été envoyée à la barrière de sécurité lors d’une tentative apparente et cynique d’attirer les tirs israéliens. Elle a toutefois été remarquée par les soldats qui ont réalisé ce qui se passait et qui se sont assurés qu’elle n’avait pas été blessée.

Le porte-parole de l’armée israélienne Ronen Manelis a expliqué que l’armée a dû affronter une « manifestation terroriste violente en six points » le long de la clôture. Il a expliqué que l’armée israélienne avait fait usage de « tirs chirurgicaux » à chaque fois que des protestataires ont tenté de franchir la barrière de sécurité ou de l’endommager.

« Toutes les victimes étaient âgées de 18 à 30 ans, plusieurs d’entre elles étaient connues de nos services, et au moins deux étaient membres des forces de commando du Hamas », a-t-il précisé en fin d’après-midi.

Le secrétaire-général de l’OLP, Saeb Erekat, a expliqué que « la conscience globale doit reconnaître que l’histoire est dépendante des droits des populations et que la terre est au coeur de ces droits ».

Erekat a présenté ses condoléances aux familles des Palestiniens tués durant les émeutes de vendredi : « Nous faisons le deuil des martyrs de notre grand peuple et nous disons à leurs familles que notre population n’abandonnera jamais ».

Le Hamas salue une importante participation

Tandis que le Fatah a soutenu le mouvement de protestation – des manifestations bien plus modestes ont eu lieu en Cisjordanie – c’est le Hamas qui en a été l’organisateur, aux côtés de plusieurs autres groupes terroristes palestiniens.

L’armée a fait savoir qu’elle tenait le Hamas pour responsable de toutes les violences survenues aux abords de la clôture de sécurité avec Gaza durant les manifestations, et mis en garde contre les éventuelles « conséquences » en découlant.

Le chef du Hamas, au centre, scande des slogans et fait le signe de la victoire alors qu’il participe à une manifestation dans une ville de chapiteaux érigée près de la frontière avec Gaza, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP PHOTO / Mohammed ABED)

Le lancement de ces manifestations a coïncidé avec la Journée de la terre célébrée par les Palestiniens qui commémore le meurtre de six manifestants non-armés en Israël en 1976.

Le porte-parole du Hamas Fawzi Barhoum a salué l’importante participation.

« Ces larges foules… reflètent la détermination de la population palestinienne à réaliser le droit au retour et à briser le siège. Aucune force ne pourra mettre un terme à ce droit », a-t-il dit.

Les actions de vendredi ont été les premières d’une série de manifestations organisées ces prochaines semaines à Gaza. Le mouvement de protestation devrait connaître son apogée le 15 mai, jour du 70ème anniversaire de la création d’Israël, avec une marche depuis Gaza, contrôlée par le groupe terroriste du Hamas, à travers la clôture frontalière. Le Hamas cherche à détruire Israël.

Les Palestiniens commémorent le 14 mai comme étant l’anniversaire de leurs déplacements en masse et de leur déracinement durant la guerre de 1948 qui a marqué la création d’Israël. De nombreux résidents de Gaza sont les descendants de Palestiniens qui ont fui, volontairement ou non, leurs habitations dans ce qui est aujourd’hui Israël.

Les militaires israéliens ont déclaré avant les manifestations de vendredi qu’ils avaient doublé le chiffre de leurs troupes habituelles le long de la frontière, déployant des snipers, des forces spéciales et des unités de la police des frontières paramilitaires spécialisées dans le contrôle des émeutes.

Les troupes israéliennes durant des affrontements avec les Palestiniens dans une manifestation commémorant la Journée de la terre à Hébron, en Cisjordanie, le 30 mars 2018 (Crédit : AFP/Jaafar Ashtiyeh)

Le général de division Eyal Zamir, à la tête du Commandement du sud de l’armée israélienne qui comprend la frontière, a expliqué vendredi que « nous identifions des tentatives de mener des attentats terroristes sous camouflage d’émeutes ».

Il a vivement recommandé aux habitants de Gaza de rester à distance de la frontière, affirmant que toute violence dans ce périmètre relevait de la responsabilité du Hamas.

Les espoirs d’une « percée »

Des manifestations antérieures à proximité de la barrière de sécurité, ces derniers mois, s’étaient avérées meurtrières, les soldats israéliens tirant des balles réelles, des balles en caoutchouc et lançant des gaz lacrymogènes aux Palestiniens qui brûlaient des pneus, jetaient des pierres ou des cocktails molotov. Ces derniers mois, un certain nombre de bombes ont été disposées le long de la frontière, apparemment installées au cours du chaos suscité par les manifestations hebdomadaires. Elles visaient les soldats, suscitant l’inquiétude face aux personnes qui s’approchaient de la barrière de sécurité.

La « marche du retour » est différente des manifestations habituelles parce qu’elle veut inclure les familles, les femmes et les enfants, dans des tentes dressées aux abords de la frontière pendant des semaines entières.

Cinq campements principaux ont été installés tout le long de la frontière, depuis le carrefour frontalier d’Erez, au nord de Rafah, jusqu’à l’endroit où elle rencontre la frontière égyptienne au sud.

Des événements culturels ont été programmés dans des chapiteaux communautaires plus vastes, notamment des danses traditionnelles palestiniennes. Ce sont des dizaines de milliers de repas qui devaient être servis vendredi, ont fait savoir les organisateurs.

Un jeune couple a été marié à proximité de l’un des campements dans la soirée de jeudi.

Des snipers israéliens se préparent pour des manifestations massives des Palestiniens à Gaza, avec la possibilité que les manifestants fassent une brèche dans la barrière de sécurité, le 30 mars 2018 (Crédit : Armée israélienne)

Vendredi, ce sont des bus qui ont transporté les manifestants à la zone frontalière. A midi, des milliers de personnes étaient déjà arrivées aux campements.

Dans l’un d’eux, situé à l’est de Gaza City, les gens se sont rassemblés autour des tentes. Une route non pavée reliant les chapiteaux à la barrière de sécurité a été prise d’assaut par des marcheurs allant dans des deux directions. Certains fuyaient par moments, avec pour objectif d’échapper aux gaz lacrymogènes.

Ghanem Abdelal, 50 ans, a distribué des bouteilles d’eau aux membres d’une famille assis sur un tapis de sol, à proximité de l’une des tentes. Il a déclaré qu’il espérait que le mouvement de protestation « fera venir une percée, une amélioration de notre vie à Gaza ».

Ismail Haniyeh, le chef suprême du Hamas, a visité les tentes aux côtés du leader de Gaza Yahya Sinwar.

Saeed Juniya a érigé une modeste tente à quelques centaines de mètres de la barrière de sécurité située à l’est de Gaza City, où il était accompagné par son épouse et ses enfants.

Les proches d’Omar Samour, 27 ans, un agriculteur tué dans la matinée du 30 mars par un tank israélien après qu’il a, selon les soldats, tiré sur les troupes, durant une procession funéraire à Khan Yunis, dans le dus de la bande de Gaza (Crédit : AFP PHOTO / SAID KHATIB)

« Nous sommes déterminés et nous n’avons pas peur car nous ne faisons rien de mal. Le peuple demande ses terres et demande à retourner dans son pays », a-t-il dit.

Selon les Nations unies, environ 1,3 million des deux millions d’habitants à Gaza sont des réfugiés et la manifestation vise à leur permettre de retourner sur les terres qui sont devenues aujourd’hui celles d’Israël.

Les plans de Washington d’inaugurer son ambassade à peu près au même moment pour coïncider avec le 70ème anniversaire de la fondation de l’Etat israélien a attisé davantage la colère palestinienne.

L’ambassadeur israélien aux Nations unies, Danny Danon, a qualifié jeudi le mouvement de protestation de « provocation programmée et organisée », répétant le « droit d’Israël à défendre sa souveraineté et à protéger ses citoyens ».

Lors des pourparlers de paix antérieurs, les Palestiniens ont toujours demandé, avec la souveraineté en Cisjordanie, à Gaza, à Jérusalem-est et dans la Vieille Ville, un « droit au retour » en Israël pour les Palestiniens qui avaient quitté ou avaient été dans l’obligation de quitter l’Etat juif lors de sa fondation. Les Palestiniens ne demandent pas seulement l’exercice de ce droit pour les centaines de milliers de réfugiés encore en vie – un chiffre qui atteindrait des dizaines de milliers de personnes – mais également pour leurs descendants, qui sont des millions.

Aucun gouvernement israélien ne pourrait probablement accepter cette demande puisqu’elle signerait la fin d’Israël en tant qu’Etat à majorité juive. Le positionnement israélien est que les réfugiés palestiniens et leurs descendants pourraient devenir les citoyens d’un Etat palestinien à l’apogée du processus de paix, comme cela avait été le cas des Juifs contraints à fuir les pays du Moyen-Orient en raison de gouvernements hostiles qui sont devenus par la suite des ressortissants israéliens.

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