Abbas: le sommet à Bahrein, « gros mensonge » de Kushner « pour « nous ridiculiser »
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Abbas: le sommet à Bahrein, « gros mensonge » de Kushner « pour « nous ridiculiser »

Le président de l'AP a souligné les conditions pour la reprise des négociations de Washington, clamant qu'un seul "espion" palestinien a assisté à la conférence de Manama

Le président de l'AP Mahmoud Abbas s'adresse aux eaux journalistes palestiniens  et arabes au siège présidentiel de l'AP, le 3 juillet 2019 (Crédit : Wafa)
Le président de l'AP Mahmoud Abbas s'adresse aux eaux journalistes palestiniens et arabes au siège présidentiel de l'AP, le 3 juillet 2019 (Crédit : Wafa)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a raillé la conférence économique organisée à Bahreïn, la décrivant dans la soirée de mercredi comme un « gros mensonge » concocté par Jared Kushner, le haut-conseiller de Trump qui est également son gendre, dans le but de ridiculiser les Palestiniens.

Les Palestiniens s’étaient férocement opposés à la conférence de Manama, la semaine dernière. Ils avaient refusé d’y participer et juré de ne pas accepter ses conclusions.

« Bien sûr, Manama a commencé par un discours de Kushner et s’est terminé par un discours de Kushner. Si quelqu’un sait ce qui a pu se passer d’autre, alors je vous demande de m’en informer parce que je n’ai pas compris qu’il se soit passé quoi que ce soit. C’est tout ce qui en ressort », a déclaré Abbas, s’adressant à des journalistes arabes et palestiniens au siège présidentiel de l’AP à Ramallah.

« C’est passé. C’est fini. Certains Arabes sont venus et d’autres non. Certains Européens sont venus et d’autres non. Cette conférence était un gros mensonge proféré par Kushner et d’autres, qui a été mis au point pour nous ridiculiser. Personne ne nous ridiculisera », a ajouté le chef de l’AP.

La conférence à Bahreïn s’est intéressée au volet économique du plan proposé par les Etats-Unis pour résoudre le conflit israélo-palestinien. Ce plan propose des milliards de dollars et des investissements en Cisjordanie, dans la bande de Gaza et dans les pays arabes voisins.

Le Maison Blanche doit encore révéler le volet politique de son plan.

Kushner a prononcé un discours au début du sommet de Manama et il a débattu avec l’ex-Premier ministre britannique Tony Blair vers la fin de la conférence.

Cette dernière a également été illustrée par un certain nombre d’ateliers de groupe, avec des hommes d’affaires, les représentants d’organisations internationales et d’autres.

Les autorités palestiniennes ont affirmé que cette focalisation sur l’économie, lors du sommet, cherchait à saper leurs aspirations à un état.

Elles ont également accusé les Etats-Unis de tenter d’utiliser le rassemblement pour normaliser le statut d’Israël dans le monde arabe.

Le secrétaire américain au Trésor Steven Mnuchin, cinquième de la gauche, et le Prince du Bahreïn Salman bin Hamad Al Khalifa, sixième de la gauche, écoutent le haut conseiller à la Maison Blanche Jared Kushner, debout, lors de la session d’ouverture de l’atelier « Paix pour la prospérité » à Manama, au Bahreïn, le 25 juin 2019. (Agence d’information du Bahreïn via AP)

Les responsables américains et israéliens ont critiqué les Palestiniens pour leur boycott du sommet.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a blâmé le rejet, par les autorités palestiniennes, de la conférence de mardi dernier. Il les a accusées de « prendre en otage la prospérité de la population au nom de l’idéologie anti-israélienne ».

Dans ses propos, Abbas a également souligné les conditions préalables à la reprise des contacts entre l’Autorité palestinienne de Ramallah et la Maison Blanche.

« Vous reconnaissez la vision de deux Etats et reconnaissez également Jérusalem-Est comme territoire occupé, avec la légitimité internationale à la base de tout dialogue. Si vous me dites ces mots, ou si vous me les envoyez sur une petite feuille de papier… Vous me verrez à la Maison Blanche dès le lendemain », a commenté Abbas.

« Nous n’avons pas fermé la porte à l’Amérique, nous l’avons plutôt laissée entr’ouverte », a-t-il continué.

Peu après la reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël, au mois de décembre 2017, qui avait été suivie par le transfert de l’ambassade des Etats-Unis au coeur de la ville sainte, les Palestiniens avaient largement revu à la baisse leurs relations avec Washington, en coupant notamment les liens avec la Maison Blanche.

Le président américain Donald Trump, à gauche, et le dirigeant palestinien Mahmoud Abbas posent pour une photo lors d’une conférence de presse conjointe au palais présidentiel de Bethléem, en Cisjordanie, le 23 mai 2017. (AFP / Mandel Ngan)

Les propos du président de l’AP sont survenus quelques heures après que Kushner a déclaré que Trump continuait à « apprécier beaucoup » Abbas malgré la rupture des liens.

S’adressant aux journalistes lors d’un rare-point presse officiel par téléphone, Kushner a également indiqué que son plan de paix au Moyen-Orient chercherait à mieux intégrer les réfugiés palestiniens dans les pays arabes plutôt que de céder en l’approuvant à la demande palestinienne d’un « droit au retour  » -une requête rejetée par Israël – de millions de Palestiniens dans ce qui est devenu aujourd’hui l’Etat juif.

Abbas a également clamé qu’un seul Palestinien, qu’il a accusé d’être un espion, s’était rendu à la conférence.

« Un espion, dont je ne mentionnerai pas le nom, est allé là-bas », a-t-il dit. « Il y a été avec l’appui des Israéliens. A part lui, tous les Palestiniens – hommes d’affaires et tous les autres sans exception – ont dit : ‘Non, nous n’irons pas à Manama’. »

Un petit nombre d’hommes d’affaires palestiniens se sont rendus à la conférence.

Cela a été notamment le cas d’Ashraf Jabari, souvent raillé pour s’être placé à l’écart de la communauté palestinienne pour ses liens entretenus avec les habitants d’implantation et avec l’ambassadeur américain en Israël David Friedman.

Jabari avait expliqué au début de la semaine lors d’une conférence de presse, à Jérusalem, que 15 hommes d’affaires palestiniens avaient participé au sommet.

L’AP avait arrêté puis libéré un participant, Saleh Abu Mayala, confisquant son passeport et sa carte d’identité émise par le gouvernement, et avait saisi les cartes de crédit d’un autre Palestinien venu assister au sommet, Ashraf Ghanem, 45 ans et propriétaire d’une entreprise de meubles.

Raphael Ahren a contribué à cet article.

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