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Abbas somme Blinken de « traduire les paroles en actes » et de briser « le silence »

Les deux responsables ont discuté dans un contexte de frustration croissante des Palestiniens ; la vice-secrétaire d'État US a rencontré Eyal Hulata à Washington

Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et le secrétaire d'État américain Antony Blinken font une déclaration conjointe à l'issue de leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mars 2022. (Crédit: AP Photo/ Nasser Nasser)
Le président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, à droite, et le secrétaire d'État américain Antony Blinken font une déclaration conjointe à l'issue de leur rencontre à Ramallah, en Cisjordanie, le 27 mars 2022. (Crédit: AP Photo/ Nasser Nasser)

Le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a critiqué « le silence américain » et insisté sur le fait que l’administration au pouvoir aux États-Unis devait « traduire ses paroles en actes » au cours d’un entretien téléphonique avec le secrétaire d’État Antony Blinken, mardi soir.

Cet appel a eu lieu alors que la frustration de Ramallah est croissante face au refus de l’administration Biden de relancer une initiative diplomatique significative pour le Moyen-Orient et face aussi à son incapacité de tenir sa promesse de revenir sur des mesures qui avaient été prises par l’ancien président Donald Trump – des mesures qui, selon l’AP, ont rétrogradé les liens avec Washington.

« L’administration américaine doit traduire ses paroles en actes plutôt que de se contenter de cette politique de condamnation, de dénonciation et de silence face aux mesures unilatérales prises par Israël », a dit Abbas à Blinken, selon l’agence de presse officielle de l’AP, WAFA.

Le responsable de l’Autorité palestinienne a répété les demandes soumises par Ramallah concernant la réouverture du consulat américain de Jérusalem, rue Agron, ainsi que celle de la mission de l’OLP à Washington.

« L’OLP doit être supprimée de la liste noire des organisations terroristes américaine, le consulat américain de Jérusalem-Est doit être rouvert comme doit l’être aussi le bureau de représentation de l’OLP à Washington – et ceci dans la mesure où les États-Unis sont un partenaire intégral et responsable dans le processus de paix », a déclaré Abbas à Biden, toujours selon WAFA.

Blinken et Abbas se sont entretenus alors que le président américain Joe Biden doit effectuer un déplacement dans la région dans les prochaines semaines. Les officiels américains et israéliens se sont d’ores et déjà entretenus de ce prochain voyage et Blinken aurait déclaré que Washington prévoyait aussi d’impliquer les Palestiniens dans cette tournée de Biden au Moyen-Orient.

« L’administration américaine va envoyer une délégation de haut-rang pour préparer la visite de Biden et discuter de tous les problèmes soulevés par le président Abbas pendant cet appel téléphonique, dans le but de créer un climat approprié pour que cette visite du président Biden soit une réussite », aurait dit Blinken, selon le compte-rendu palestinien.

La vice-secrétaire d’État Wendy Sherman a aussi rencontré le conseiller à la sécurité nationale israélien Eyal Hulata, mardi. Le retour du calme sur le front israélo-palestinien a été au centre de la conversation.

Pendant son appel avec Abbas, Blinken a « souligné l’importance de conclure l’enquête » sur la mort de la journaliste d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh, a fait savoir le bureau du secrétaire d’État. Cette correspondante de la chaîne a été tuée au cours d’un raid militaire israélien à Jénine dans des circonstances contestées . L’opération de l’armée israélienne avait entraîné des échanges de coups de feu avec des hommes armés palestiniens.

L’AP a terminé ses investigations la semaine dernière et elle a annoncé que ses enquêteurs avaient déterminé que la journaliste a été intentionnellement visée par les troupes israéliennes. De son côté, l’État juif examine encore cette mort tout en notant qu’il est improbable que des conclusions définitives puissent être tirées sans analyse de la balle meurtrière incriminée, que l’Autorité palestinienne refuse de lui remettre.

Les États-Unis poussent Ramallah à partager ses preuves avec Israël.

Blinken a toutefois dit au ministre des Affaires étrangères Yair Lapid, vendredi, que les États-Unis espéraient qu’Israël terminerait rapidement ses investigations et que les États-Unis voulaient que toutes les responsabilités soient établies dans la mort d’Abu Akleh.

La frustration palestinienne s’est intensifiée ces derniers mois alors que les liens entretenus par l’AP avec Israël – des liens qui avaient initialement montré des signes d’amélioration après l’arrivée du nouveau gouvernement d’unité au pouvoir, au mois de juin dernier – se détériorent lentement.

Les relations sont tombées au niveau le plus bas, ces derniers semaines, avec les affrontements qui ont opposé Palestiniens et police israélienne sur le mont du Temple et avec la mort de Shireen Abu Akleh. Lors de la « marche des drapeaux » organisée chaque année dans le cadre de Yom Yeroushalayim à Jérusalem, dimanche, une part significative des 70 000 participants, des membres du mouvement nationaliste-religieux, ont été filmés scandant des slogans racistes et harcelant les Palestiniens qui se trouvaient dans la Vieille Ville, enflammant encore davantage les tensions.

Les comptes-rendus de l’appel téléphonique entre Blinken et Abbas et de la rencontre entre Sherman et Hulata ont noté que les responsables de l’administration Biden avaient souligné « l’importance d’un travail commun entre les Israéliens et les Palestiniens pour maintenir le calme et permettre une désescalade des tensions ».

Blinken a aussi mis l’accent sur « l’importance de la relation unissant les États-Unis et les Palestiniens ainsi que le soutien apporté par l’administration à une solution négociée à deux États » – des éléments de langage réguliers de la Maison Blanche qui n’ont pas pour autant apaisé Abbas qui a critiqué « le silence américain » face aux « provocations israéliennes » dans un coup de téléphone distinct passé au ministre jordanien des Affaires étrangères, Ayman Safadi, dans la journée de mardi.

Dans un effort apparent visant à calmer cette frustration, deux responsables américain et palestinien ont expliqué, la semaine dernière, au Times of Israel que l’administration Biden s’était accordée sur une série d’initiatives qui visent à renforcer les liens diplomatiques des États-Unis avec l’Autorité palestinienne en remplacement de la réouverture du consulat américain à Jérusalem – une initiative mise au placard avec réticence face à l’opposition des Israéliens.

Le président du Conseil de sécurité national Eyal Hulata rencontre la secrétaire d’État adjointe Wendy Sherman à Washington, le 3 août 2022. (Crédit : US State Department/Twitter)

Selon ces deux officiels qui se sont confiés au Times of Israel, le président Joe Biden devrait élever le vice-secrétaire d’État aux Affaires israéliennes et palestiniennes, Hady Amr, au rôle d’envoyé spécial auprès des Palestiniens. Amr restera à Washington mais fera des voyages réguliers dans la région et il travaillera étroitement avec l’Unité des Affaires palestiniennes (PAU), qui est actuellement une branche relevant de l’ambassade américaine au sein de l’État juif et qui est hébergée dans les bureaux de l’ancien consulat de Jérusalem.

Autre initiative visant à encore à distinguer les diplomates qui travaillent pour les Palestiniens et ceux qui servent les Israéliens, l’unité des Affaires palestiniennes ne rendra officiellement des comptes qu’à Amr à Washington et non plus à l’ambassadeur américain en Israël, ont fait savoir les responsables américain et israélien.

Interrogé sur cette information pendant une conférence de presse, mardi, le porte-parole du Département d’État Ned Price ne l’a pas démentie tout en insistant sur le fait que les États-Unis restaient déterminés à rouvrir le consulat – ce que disent depuis plus d’un an les officiels de l’administration Biden. Price n’a toutefois communiqué aucun calendrier concernant cette initiative.

Lors de son entretien avec Hulata, Sherman « a répété la nécessité d’avancer vers une réalité dans laquelle Israéliens et Palestiniens pourront, de la même façon, bénéficier de mesures égalitaires de sécurité, de liberté et de prospérité », a commenté le département d’État. Des dizaines de communiqués et de déclarations faites par les responsables de Biden sur le conflit israélien ont compris cette phrase, qui a toutefois semblé quelque peu remarquable pour cette réunion particulière dans la mesure où les discussions de Hulata avec l’administration américaine se sont généralement focalisées sur la question de l’Iran – qui n’a pas été mentionnée dans le compte-rendu américain.

Du ruban jaune marque les impacts de balles sur un arbre et un portrait et des fleurs forment un mémorial de fortune sur le site où la journaliste palestino-américaine d’Al-Jazeera Shireen Abu Akleh a été tuée par balle dans la ville de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 19 mai 2022. (Crédit: AP/Majdi Mohammed)

La décision de « renforcer » la problématique palestinienne semble indiquer l’espoir de l’administration Biden qu’Israël puisse aider davantage à consolider l’AP et à améliorer les existences des Palestiniens en l’absence d’un processus de paix.

Hulata se trouve actuellement à Washington dans le cadre de la dernière rencontre du Groupe Consultatif stratégique États-Unis-Israël, qui se concentre largement sur la coordination bilatérale contre la menace nucléaire iranienne. Il devrait aussi discuter du prochain voyage de Biden au sein de l’État juif et en Cisjordanie, qui doit avoir lieu fin juin. Hulata devrait aussi être informé des dernières initiatives américaines entreprises dans la négociation d’un accord qui verrait l’Égypte transférer le contrôle des îles de Tiran et de Sanafir, dans la mer Rouge, à l’Arabie saoudite.

Cet accord devra obligatoirement être approuvé par Israël en raison des forces d’observation multinationales qui ont été déployées sur les îles depuis le traité de paix conclu entre l’État juif et l’Égypte. En résultat, les États-Unis et Israël pousseraient actuellement Ryad à prendre des initiatives graduelles qui pourraient déboucher à terme sur une normalisation des liens avec Jérusalem.

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