Rechercher

Affaire Bygmalion : Nicolas Sarkozy condamné à un an de prison ferme

L'ex-chef de l'Etat était absent du tribunal correctionnel de Paris lors de la lecture du jugement

Nicolas Sarkozy, ancien président français et dirigeant du parti de droite Les Républicains pendant le conseil national du parti à Paris, le 13 février 2016. (Crédit : AFP/Lionel Bonaventure)
Nicolas Sarkozy, ancien président français et dirigeant du parti de droite Les Républicains pendant le conseil national du parti à Paris, le 13 février 2016. (Crédit : AFP/Lionel Bonaventure)

L’ancien président français Nicolas Sarkozy a été condamné jeudi par le tribunal correctionnel de Paris à la peine maximale de un an de prison ferme pour financement illégal de sa campagne pour la présidentielle 2012, dans l’affaire dite « Bygmalion ».

La peine sera directement aménagée, a précisé le tribunal.

L’ex-chef de l’Etat était absent du tribunal correctionnel de Paris lors de la lecture du jugement.

L’ancien chef de l’Etat « a poursuivi l’organisation de meetings », après avoir été « averti par écrit du risque de dépassement » du plafond légal, a dit la présidente du tribunal Caroline Viguier, lors de la lecture du jugement à l’encontre de l’ancien président et des 13 personnes qui ont comparu à ses côtés, toutes également déclarées coupables de complicité de financement illégal de campagne électorale.

« Ce n’était pas sa première campagne, il avait une expérience de candidat », a poursuivi la magistrate.

Au final, le coût de la campagne était, selon l’accusation, d’au moins 42,8 millions, soit près du double du plafond légal à l’époque.

En mars, Nicolas Sarkozy était devenu le premier ancien président de la Ve République à être condamné à de la prison ferme – trois ans dont un ferme -, pour corruption et trafic d’influence, dans l’affaire dite « des écoutes ». Il a fait appel suspendant donc de facto cette condamnation.

Après cinq semaines d’audience en mai-juin dans le dossier Bygmalion, le parquet a requis contre lui un an de prison, dont six mois avec sursis.

Pendant la campagne pour sa réélection à la tête de l’Etat en 2012, Nicolas Sarkozy a été un « candidat désinvolte », demandant « un meeting par jour », des « shows à l’américaine » et a laissé filer les dépenses sans s’en préoccuper, avait estimé le parquet dans son réquisitoire à deux voix.

Contrairement à ses 13 co-prévenus (anciens cadres de la campagne et de l’UMP – devenue LR – ainsi que de la société Bygmalion, qui a organisé les meetings) Nicolas Sarkozy n’est pas mis en cause pour le système de double facturation imaginé pour masquer l’explosion des dépenses de campagne autorisées.

Mais il a « incontestablement » bénéficié de la fraude, disposant de moyens bien supérieurs à ceux que la loi autorisait – au moins 42,8 millions au total, soit près du double du plafond légal à l’époque.

Nicolas Sarkozy avait lui tout nié en bloc. « Une fable ! », s’était-il emporté à la barre.

« Elle est où la campagne qui s’emballe ? Elle est où la campagne en or massif ? », avait-il aussi scandé, prenant tout le monde à partie.

« Il y a eu des fausses factures et des conventions fictives, c’est avéré ». Mais « l’argent n’a pas été dans ma campagne, sinon ça se serait vu », avait martelé l’ancien chef de l’État, estimant que Bygmalion – fondé par des très proches de son rival Jean-François Copé – s’était « goinfré » sur sa campagne.

Sa défense avait plaidé la relaxe. « Il n’a signé aucun devis, il n’a signé aucune facture, il a accepté toutes les restrictions qu’on lui a demandées. Il est loin d’être un candidat hystérique, insatiable », avait mis en avant son avocate Me Gesche Le Fur.

Contrairement à ses coprévenus présents tous les jours, Nicolas Sarkozy n’était venu à l’audience que pour son interrogatoire. Une façon de se placer « au-dessus de la mêlée » qui avait ulcéré le parquet.

La « totale désinvolture » de celui qui « ne regrette visiblement rien » est « à l’image de la désinvolture dans sa campagne », avait lancé la procureure Vanessa Perrée.

Révélé deux ans après la défaite de M. Sarkozy, le scandale avait entraîné des déflagrations politiques en série à droite.

Seuls quatre prévenus – trois ex-cadres de Bygmalion et l’ancien directeur de campagne adjoint du président-candidat Jérôme Lavrilleux – ont reconnu, partiellement, leur responsabilité.

Contre ce dernier – seul à l’UMP à avoir en partie admis la fraude, notamment dans une surprenante confession télévisée en 2014 – le ministère public a requis trois ans de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende.

Des peines allant de dix-huit mois à quatre ans de prison avec sursis et des amendes allant jusqu’à 150 000 euros ont été requises contre les autres.

« Il y a quatorze prévenus et presque autant de versions ». La plupart « n’ont rien vu, rien su, rien entendu, ils ont été victimes de manipulations ou ont servi de fusibles », avait moqué dans son réquisitoire le parquet, pour qui leur culpabilité ne « fait aucun doute ».

Une question, centrale, restera pourtant en suspens, avait admis la procureure Vanessa Perrée. « Qui a ordonné le système ? Nous n’avons pas assez d’éléments pour le démontrer ».

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...