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Affrontements à Sheikh Jarrah après des propos polémiques d’Itamar Ben Gvir

Au moins deux personnes ont été blessées dans des affrontements entre la police, les Juifs et les Palestiniens dans ce quartier ultra-sensible de Jérusalem

Les premiers secours sur les lieux d'une attaque à la voiture-bélier présumée dans le quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 13 février 2022. (Crédit : Magen David  Adom)
Les premiers secours sur les lieux d'une attaque à la voiture-bélier présumée dans le quartier Sheikh Jarrah à Jérusalem, le 13 février 2022. (Crédit : Magen David Adom)

Au moins deux personnes ont été blessées au cours d’affrontements dans le quartier sensible de Sheikh-Jarrah, à Jérusalem-Est, aux premières heures de la matinée de dimanche. Six individus ont par ailleurs été arrêtés.

Des échauffourées ont éclaté entre la police et des manifestants et entre Juifs et Palestiniens après le lancement d’une bombe artisanale présumée contre une habitation juive – et la promesse de représailles à cet incident faite par le député d’extrême-droite Itamar Ben Gvir qui a suivi.

La situation dans le quartier est depuis longtemps explosive et elle est à l’origine de controverses. Les nationalistes juifs s’efforcent de faire partir de force les Palestiniens de Sheikh Jarrah par le biais d’une bataille juridique qui dure depuis des décennies – et qui avait aidé à faire éclater le conflit entre les groupes terroriste palestiniens de Gaza et l’État juif, l’année dernière.

Un Juif a été modérément blessé par un Arabe qui se trouvait au volant de sa voiture, vers minuit. L’homme, qui a affirmé avoir renversé sa victime parce qu’il ne pouvait plus voir clairement la route après avoir été aspergé de gaz lacrymogène par des manifestants juifs, a été arrêté.

L’incident avait été initialement qualifié d’attaque à la voiture-bélier par la police qui a finalement écarté cette hypothèse, selon le site Ynet.

Une vidéo qui aurait été tournée sur les lieux semble montrer les échauffourées entre Juifs et Palestiniens et plusieurs jeunes Juifs portant un homme en criant : « Attaque à la voiture-bélier ».

Les services de secours du Magen David Adom (MDA) ont indiqué que le blessé avait été pris en charge à l’endroit même où s’est produit l’incident avant d’être évacué vers l’hôpital Hadassah.

Un autre homme âgé d’une vingtaine d’années a été modérément blessé à la tête, touché par une pierre, a ajouté le MDA.

Un Palestinien aurait également été blessé, a noté Ynet.

La police a fait savoir dans un communiqué que des émeutes avaient éclaté dans le quartier. Des individus se sont battus avec la police et ils ont envoyé des pierres.

Les agents ont utilisé des outils de dispersion après avoir émis des mises en garde préalables, ont indiqué les forces de l’ordre.

« Un certain nombre de civils ont été blessés et évacués pour être pris en charge au niveau médical », a déclaré la police.

Les Juifs et les Arabes se sont aussi affrontés dans le quartier, se jetant réciproquement des pierres et autres objets, a fait savoir la Radio militaire.

Vendredi soir, une bombe artisanale avait été lancée sur une maison appartenant à une famille juive dans un secteur de Sheikh Jarrah connu sous le nom de Shimon Hatzadik.

La maison était vide au moment de l’attaque présumée. Elle a été très endommagée et la police a indiqué qu’un agent avait été légèrement incommodé par les fumées toxiques après être entré dans l’habitation.

Selon de premières conclusions qui ont laissé penser à un incendie volontaire, la police a fait savoir que le commandant du district de Jérusalem avait ordonné un renforcement « substantiel » des opérations à Sheikh Jarrah, notamment des raids menés par des officiers sous-couverture.

Des activistes de droite se sont rendus samedi à la maison prise pour cible par la bombe artisanale pour la « protéger », ont-ils déclaré, affirmant qu’elle avait été visée de manière répétée par des attaques et reprochant à la police d’être dans l’incapacité de protéger la famille qui y réside actuellement. Des manifestants palestiniens sont alors arrivés et leur ont jeté des pierres.

Ben Gvir, député du parti Sionisme religieux, a publié samedi une vidéo sur Twitter montrant la maison en train de brûler, la nuit précédente. Affirmant que cette famille avait été agressée de manière répétée, il a accusé la police de négligence.

Il a ajouté qu’il ouvrirait en riposte un « bureau » dans le quartier sensible.

« Je vais remettre en place mon bureau parlementaire à Shimon Hatzadik. Des terroristes ont voulu faire brûler vivante une famille juive et il n’y a pas de policiers – je n’ai donc d’autre choix que venir », a-t-il ajouté.

Les émeutes ont éclaté dans le quartier peu après la diffusion de la publication de Ben Gvir.

Mossi Raz, député du parti du Meretz de gauche, a accusé Ben Gvir de « tenter de mettre le feu au secteur et de déclencher une nouvelle guerre comme il l’avait fait au mois de mai », faisant allusion au conflit qui avait éclaté à Gaza et dans les environs de la bande après des tirs de roquettes du groupe terroriste du Hamas en direction de Jérusalem alors que les tensions étaient fortes autour de Sheikh Jarrah et du mont du Temple, situé à proximité. Selon des informations, le chef de la police avait reproché à Ben Gvir d’avoir attisé la discorde et les violences intercommunautaires qui avaient balayé Israël, à l’époque.

Le député Itamar Ben Gvir vu avec le président de Lehava Benzi Gopstein dans le quartier de Sheikh Jarrah à Jérusalem-Est, le 6 mai 2021. (Crédit : Olivier Fitoussi/Flash90)

Au mois de mai, avant que la guerre n’éclate entre l’État juif et les groupes terroristes de Gaza, Ben Gvir avait installé ce qu’il avait dit être un « bureau parlementaire » dans le quartier – une table placée sous un auvent, avec un panneau – pour protester contre ce qu’il avait qualifié « d’absence de protection » des familles juives vivant dans le secteur.

Il n’était parti qu’après la promesse faite par la police de renforcer la protection des Juifs vivant là-bas.

A ce moment-là, les tensions à Sheikh Jarrah avaient grimpé en flèche en raison de l’expulsion potentielle de dizaines de Palestiniens suite à une longue procédure judiciaire initiée par des Juifs israéliens de droite désireux d’acquérir la propriété de biens immobiliers dans le quartier. Ces procédures en cours impliquent des dossiers de revendications sur des maisons qui remontent à la fondation d’Israël, en 1948.

Le Hamas avait déclenché la guerre en envoyant des barrages de roquettes vers les villes israéliennes dans ce contexte de tensions à Sheikh Jarrah et sur le mont du Temple.

Le quartier, qui est à dix minutes de train du centre-ville, est devenu un symbole du conflit israélo-palestinien. Au cours des dernières années, quelques nationalistes juifs se sont implantés dans ce quartier majoritairement palestinien, généralement par le biais de procès complexes ayant entraîné l’expulsion des habitants.

Il y a eu, le mois dernier, la toute première expulsion à Sheikh Jarrah depuis 2017.

Ben Gvir est un disciple de feu le rabbin extrémiste Meir Kahane et il dirige le parti Otzma Yehudit néo-kahaniste qui avait fusionné avec le parti Sionisme religieux avant les élections de l’année dernière. Il a lui-même été traduit en justice à de nombreuses reprises dans sa jeunesse, avant de devenir un avocat représentant les Juifs ultra-nationalistes qui sont accusés de commettre des agressions racistes à l’encontre d’Arabes israéliens et de Palestiniens.

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