Aides alimentaires : Des critères « taillés sur mesure » pour les Haredim ?
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Aides alimentaires : Des critères « taillés sur mesure » pour les Haredim ?

Le Mouvement pour un gouvernement de qualité saisit la Haute-cour concernant une décision ministérielle de donner 700 millions de bons alimentaires sur la base des rabais de taxes

Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri lors d'un entretien avec le site d'information ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, le 9 mai 2020. (Capture d'écran/Kikar HaShabbat)
Le ministre de l'Intérieur Aryeh Deri lors d'un entretien avec le site d'information ultra-orthodoxe Kikar HaShabbat, le 9 mai 2020. (Capture d'écran/Kikar HaShabbat)

Alors que le pays se dirige vers un troisième confinement qui devrait encore exacerber une pauvreté qui ne cesse déjà de s’approfondir, le Mouvement pour un gouvernement de qualité s’est tourné, jeudi, vers la Haute-cour de justice, faisant part de ses « grandes inquiétudes » concernant l’idée que les critères définis par le ministère de l’Intérieur pour distribuer 700 millions de shekels en aide alimentaire auraient été « taillés » de manière à profiter à la population ultra-orthodoxe.

Une analyse présentée devant le tribunal a montré que les conditions définies pour la remise de bons alimentaires – « seront qualifiés les foyers éligibles à un taux de réduction d’au-moins 70 % des taxes municipales » – bénéficieront à 45 % de la population haredi, à 25 % des foyers arabes et à seulement 3,8 % des foyers juifs qui ne sont pas ultra-orthodoxes.

Le ministre de l’Intérieur et leader du parti Shas Aryeh Deri était parvenu à obtenir cette somme importante, au début de l’année, sur le budget global mis à disposition par le gouvernement dans le contexte de la pandémie de coronavirus – même si la sécurité alimentaire ne dépend pas de la responsabilité de son ministère.

Deri l’avait alors emporté sur le ministère des Affaires sociales, moins puissant, qui a pourtant acquis de l’expérience dans le domaine de la sécurité alimentaire en dirigeant un programme-pilote, le Projet de sécurité alimentaire national. Cette initiative est actuellement principalement financée par des contributions caritatives, le gouvernement n’ayant investi dedans que six millions de dollars.

Un appel d’offres émis par le ministère de l’Intérieur concernant la distribution des bons alimentaires a été remporté, au début du mois, par la chaîne de supermarchés Shufersal mais le plan a ensuite été ajourné après qu’Eli Cohen – directeur de l’organisation caritative Pitchon Lev, qui cherche à briser le cycle intergénérationnel de la pauvreté – a estimé que Shufersal allait se trouver dans une situation de conflit d’intérêt et que la décision du ministère de choisir la chaîne renforçait la mainmise de cette dernière sur le secteur alimentaire.

Un supermarché Shufersal à Jérusalem. (Crédit : Nati Shohat/Flash90, File)

La plainte a demandé au tribunal d’ordonner au gouvernement d’expliquer les fondements déterminant la distribution des bons alimentaires « au vu des graves inquiétudes portant sur le fait que ces critères ont pu être ‘taillés sur mesure’ pour bénéficier à un certain pan de la population ».

Elle accuse le gouvernement d’avoir défini ces critères sans consulter les professionnels nécessaires et sur une base factuelle inappropriée.

Et elle demande vivement au tribunal de geler l’appel d’offres émis par le ministère et de débattre en urgence de la question, de manière à ce que le dossier puisse être résolu dans les meilleurs délais et que les aides alimentaires soient données aux personnes qui se trouvent réellement dans le besoin.

Le ministre de l’Intérieur Aryeh Deri à la Knesset, le 3 mars 2020. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Pour sa part, le Forum israélien pour la nutrition durable s’en est pris au ministère de l’Intérieur pour son incapacité à avoir pris en compte les expériences accumulées pendant la pandémie par les diverses instances – allant de l’Autorité d’urgence nationale et au Commandement intérieur en passant par d’autres ministères, par les autorités locales et par les organisations caritatives.

Il a appelé à ce que le Projet de sécurité alimentaire national soit élargi plutôt que ce programme de bons alimentaires. Les rabais sur les taxes municipales ne sont pas une affaire d’insécurité alimentaire, a souligné le forum. Il est essentiel, selon lui, d’utiliser des critères objectifs – comme ceux qui sont utilisés par le programme-pilote – et de viser des cibles mesurables avec pour objectif de permettre aux personnes dans le besoin d’accéder aux produits alimentaires de base.

Restreindre l’éligibilité aux foyers qui ont des réductions de taxes ne permettra pas à toutes ces familles qui connaissent une situation d’insécurité alimentaire seulement depuis une période récente, et qui paient encore des impôts normaux, de bénéficier du programme, a noté le forum.

Au début du mois, l’organisation caritative Latet a émis un rapport selon lequel plus de 250 000 foyers israéliens étaient tombés sous le seuil de pauvreté depuis le début de l’épidémie – ce qui représente une hausse de presque 50 %. Le pourcentage total des familles vivant dans la pauvreté est passé de 20,1 % à 29,3 % en 2020.

Un jeune garçon juif en train de manger au centre Yad Ezra V’Shulamit à Jérusalem, qui sert un déjeuner chaud tous les jours à plus de 1 200 enfants vivant sous le seuil de pauvreté, le 27 septembre 2011. Illustration. (Crédit : Uri Lenz/Flash90)

Les enfants sont particulièrement vulnérables au vu des problèmes de développement qui peuvent survenir s’ils ne se nourrissent pas de manière appropriée.

Malgré cela, le ministère de l’Éducation a échoué à distribuer des plats chauds aux élèves défavorisés qui se trouvent bloqués chez eux en raison de la pandémie de coronavirus. Il ignore d’ailleurs totalement le nombre total de ceux qui ont pu bénéficier des programmes mis en place par le ministère des Affaires sociales ou par le biais des initiatives locales impliquant les municipalités et les organisations caritatives, à l’exception de l’Initiative de sécurité alimentaire nationale.

Habituellement, environ 420 000 élèves sont éligibles à des repas à la cantine.

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