Allemagne: un professeur israélien attaqué par un Palestinien… et la police
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Allemagne: un professeur israélien attaqué par un Palestinien… et la police

L'agresseur a crié "Pas de Juifs en Allemagne" et fait tomber la kippa de la tête de l'enseignant ; la victime s'est défendue mais la police l'a frappé, le prenant pour l'agresseur

Un participant porte une kippa lors d'un rassemblement "Berlin porte la kippa" pour protester contre l'antisémitisme devant le centre communautaire juif le 25 avril 2018 à Berlin, en Allemagne. (Carsten Koall/Getty Images via JTA)
Un participant porte une kippa lors d'un rassemblement "Berlin porte la kippa" pour protester contre l'antisémitisme devant le centre communautaire juif le 25 avril 2018 à Berlin, en Allemagne. (Carsten Koall/Getty Images via JTA)

Un professeur de philosophie israélien qui vit aux Etats-Unis s’est fait agresser mercredi en Allemagne par un homme d’origine palestinienne, qui a fait tomber sa kippa de sa tête et qui lui a crié qu’il ne devrait pas y avoir de Juifs en Allemagne.

L’Israélien s’est défendu mais il a été alors frappé au visage par la police, qui a cru qu’il était à l’origine de cette altercation. Dans une publication Facebook, il a accusé la police pour sa brutalité et pour sa tentative d’expliquer la conduite des policiers en l’accusant à tort d’avoir provoqué l’agression. La cheffe locale des forces de l’ordre a ensuite présenté ses excuses.

Le professeur, Yitzhak Melamed, un cinquantenaire travaillant à l’université de Baltimore se trouvait à Bonn où il avait été invité à donner une conférence. Avec un camarade, il était parti se promener dans un parc de Bonn lorsqu’il s’est trouvé face à un Allemand de 20 ans décrit dans les médias locaux comme ayant « des racines palestiniennes ».

Même s’il a été initialement arrêté après l’incident, son agresseur a depuis été remis en liberté et il devrait être jugé pour répondre d’incitations et d’agression.

Selon des informations parues dans les médias allemands, l’agresseur a fait tomber la kippa de l’homme à plusieurs reprises, il l’a frappé à l’épaule et il l’a bousculé.

Il a également crié : « Pas de Juifs en Allemagne » à l’Israélien qui se défendait.

Le compagnon de l’Israélien a appelé la police mais lorsque les agents sont arrivés et qu’il a entendu les sirènes, l’agresseur a fui. Melamed a écrit que les policiers se sont lancé à la poursuite de l’assaillant mais l’ont attrapé. Deux ou trois autres policiers se sont ensuite jetés sur lui et l’ont  plaqué au sol et menotté. Il dit avoir été frappé au visage à plusieurs reprises. Il a souffert de contusions et ses lunettes ont été brisées. Le Palestinien n’a été arrêté qu’après que le compagnon du professeur est intervenu. L’agresseur, semble-t-il, était sous l’influence de stupéfiants.

Connu des services de police pour des délits liés à des violences et aux drogues, il a été envoyé dans une clinique psychiatrique puis libéré, l’institution ne trouvant aucune raison de le garder, ont fait savoir des informations.

« Je n’ai pas eu le temps de me poser de questions, parce qu’immédiatement, quatre ou cinq policiers lourdement armés se sont jetés sur moi (deux par devant, et deux ou trois par derrière) », a écrit Melamed. « Ils ont plaqué ma tête au sol. J’étais alors complètement paralysé et incapable de respirer ni de bouger un doigt. Ils ont ensuite commencer à me frapper au visage. Après un dizaine de coups, j’ai commencé à crier en anglais que j’étais la mauvaise personne. »

Un agent de police a ensuite suggéré que Melamed était à l’origine de l’altercation, a écrit le professeur. Il a répondu en décrivant la mort de ses ancêtres pendant la Shoah.

« Le même policier m’a ensuite lancé sur un ton moralisateur (en anglais) ‘Ne commencez pas avec la police allemande' », a écrit Melamed. « C’en était assez. J’ai répondu aux policiers que je n’avais plus peur de la police allemande. La police allemande a tué mon grand-père. Elle a tué ma grand-mère. Elle a tué mon oncle et elle a tué ma tante. Tout cela un jour de septembre 1942. Donc hélas, je n’ai plus peur d’eux. »

Après avoir été emmené au poste de police, Melamed a écrit que les agents n’ont pas cherché à le soigner et ont tenté à plusieurs reprises de le dissuader de porter plainte contre eux, notamment en insinuant qu’il avait été à l’origine de cette altercation, et le menaçant de l’accuser d’avoir résisté à l’arrestation. Il a fini par être transféré dans un autre bureau, où il a porté plainte.

Le lendemain, poursuit Melamed, la cheffe de la police de Bonn, Ursula Brohl-Sowa, lui a présenté personnellement des excuses.

« C’est un malentendu terrible et regrettable pour lequel j’ai présenté personnellement des excuses au professeur concerné », a-t-elle déclaré dans un communiqué transmis par les médias. « Nous allons examiner exactement comment cette situation a pu arriver et faire tout notre possible pour éviter de tels malentendus à l’avenir ».

Mais Melamed a indiqué que ce même jouer, le département de la police a diffusé un communiqué sur cet incident l’accusant d’avoir résisté à l’arrestation. Selon le communiqué diffusé sur PressePortal, une plateforme allemande, la police a indiqué que Melamed « ne s’était pas conformé aux multiples injonctions de la police lui intimant de s’arrêter » et « s’était battu contre les mesures » de la police.

« Essayer (si vous pouvez) de résister quand vous n’êtes pas en contact physique avec la police, ou avec 5 policier sur sur le dos et incapable de respirer », a-t-il écrit.

Herbet Reul, un ministre du gouvernement allemand, s’est également excusé : « nous  ne tolérerons par que les Juifs soient à nouveau persécutés en Allemagne », selon Deustche Welle.

Le maire de Bonn, Ashok Sridharan, a également commenté l’incident jeudi après-midi, disant : « Je condamne fortement l’attaque et je présente mes excuses au scientifique pour ce qui lui est arrivé ici, à Bonn ». Selon un article paru sur le site General-Anzeiger à Bonn, la ville va organiser une « journée de la kippa, » un événement où les participants porteront une kippa en signe d’unité contre les préjugés, et en particulier contre l’antisémitisme.

Le site internet Rheinische Post a fait savoir que le commissaire à la lutte contre l’antisémitisme du gouvernement fédéral, Felix Klein, a expliqué qu’il était « profondément dégoûté » par l’attaque.

« Je veux qu’une enquête soit rapidement ouverte à l’encontre du coupable palestinien présumé », a dit Klein. « Nous devons montrer que toutes les formes d’antisémitisme en Allemagne sont immédiatement sanctionnées ».

Il y a une inquiétude croissante dans le pays concernant une recrudescence de la haine anti-juive.

Dimanche, la police allemande a arrêté dix personnes soupçonnées d’être impliquées dans une agression antisémite présumée survenue dans un parc de Berlin. Les forces de l’ordre n’ont pas donné les identités ou les nationalités des suspects et de la victime, mais le quotidien allemand Welt a fait savoir que les personnes impliquées étaient syriennes.

L’Allemagne avait été secouée par un incident survenu au mois d’avril au cours duquel un migrant syrien avait fouetté avec sa ceinture un Arabe israélien portant une kippa. Une vidéo de cette attaque de rue, filmée par la victime depuis son smartphone, avait vivement indigné l’opinion publique lorsqu’elle s’était propagée sur les médias sociaux et avait entraîné des rassemblements de masse en solidarité avec les Juifs.

Au début de la semaine, des dizaines d’organisations juives d’Allemagne ont appelé le gouvernement à réprimer l’antisémitisme, notamment parmi les migrants musulmans, suite à une série d’agressions antisémites.

Dans une lettre ouverte signée par 38 groupes, le JFDA (forum juif pour la démocratie et contre l’antisémitisme) s’est livré à une déclaration politique, recommandant vivement à Berlin de conditionner l’octroi de fonds publics aux organisations civiles et religieuses à une déclaration publique de la part de ces dernières affirmant le rejet de l’antisémitisme sous toutes ses formes.

Michael Bachner a contribué à cet article.

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