Ambassade US à Jérusalem: Trump « faible d’esprit » pour un dirigeant iranien
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Ambassade US à Jérusalem: Trump « faible d’esprit » pour un dirigeant iranien

L'Iran demande des "assurances" des signataires de l'accord ; Washington veut travailler avec les Européens sur un nouvel accord qui ont un délai de 60 jours, selon l'Iran

Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait américain de l'accord nucléaire iranien, dans la salle d'accueil diplomatique de la Maison Blanche à Washington le 8 mai 2018. (AFP / Saul Loeb)
Le président américain Donald Trump signe un document rétablissant les sanctions contre l'Iran après avoir annoncé le retrait américain de l'accord nucléaire iranien, dans la salle d'accueil diplomatique de la Maison Blanche à Washington le 8 mai 2018. (AFP / Saul Loeb)

Le président du Parlement iranien a qualifié lundi le président américain Donald Trump de « faible d’esprit » pour sa décision de transférer l’ambassade américaine à Jérusalem, appelant les Palestiniens et la communauté internationale à la résistance.

« L’Amérique est entrée dans un cycle de crise dans ses prises de décisions stratégiques et porte un regard immature et aventureux sur les affaires internationales », a déclaré le président du Parlement Ali Larijani, lors d’une « conférence sur la Palestine » à Téhéran, selon la télévision d’Etat.

« Je crois que le président américain n’est pas capable d’évaluer les conséquences à long terme de ses actes », a-t-il ajouté.

Des manifestations massives de Palestiniens sont attendues dans les Territoires occupés ainsi qu’à Gaza.

L’Iran soutient les groupes terroristes islamistes palestiniens, notamment le Hamas, et ne reconnaît pas l’existence d’Israël.

« De telles actions vont renforcer les tensions et l’insécurité dans le monde », a déclaré encore M. Larijani qui a demandé une « réaction immédiate » des Palestiniens, des pays islamiques et de la communauté internationale.

Les Etats-Unis « ne doivent pas croire que de telles actions (…) resteront sans réponse », a-t-il ajouté.

Des députés iraniens ont brûlé mercredi matin un drapeau américain en papier et une copie de l’accord sur le nucléaire à la tribune du Parlement, en criant « mort à l’Amérique », au lendemain de l’abandon de ce pacte par les États-Unis.

Sur les images diffusés par plusieurs médias iraniens, on voit un député brandir un drapeau américain en papier et le brûler à la tribune du parlement.

Un autre député conservateur Mojtaba Zolnour le rejoint et met le feu à une copie de l’accord nucléaire. « Nous avons brûlé l’accord nucléaire », crie-t-il.

Plusieurs dizaines de députés les ont alors rejoints pour crier « mort à l’Amérique », selon les images diffusées par le site de la télévision d’État.

« Faites attention à ne pas brûler le parlement », a lancé son président, Ali Larijani, du haut du perchoir.

De gauche à droite : le président iranien Hassan Rouhani, l’ayatollah Ali Khamenei, le président du parlement iranien Ari Larijani et l’ayatollah responsable de la Justice Sadegh Larijani, pendant la 6e Conférence internationale de soutien à l’intifada palestinienne, en février 2017. (Crédit : capture d’écran Mehr News Agency)

Les pays européens ont 60 jours pour donner des « garanties » afin d’assurer les intérêts de l’Iran dans le cadre de l’accord nucléaire après la sortie des Etats-Unis, a déclaré dimanche un responsable iranien, selon le site du Parlement.

« Les Européens ont entre 45 et 60 jours pour donner les garanties nécessaires pour assurer les intérêts de l’Iran et compenser les dommages causés par la sortie des Etats-Unis », a déclaré Abbas Araghchi, le vice-ministre iranien des Affaires étrangères lors d’une réunion de la commission des Affaires étrangères du Parlement, selon le porte-parole de cette commission, Seyyed Hossein Naghavi Hosseini.

« Si les Européens ne donnent pas de garanties, il reviendra aux responsables du pays de prendre les décisions nécessaires », a-t-il ajouté dans ces propos rapportés sur le site du Parlement.

C’est la première fois qu’un tel délai est évoqué.

Le ministre des Affaires étrangères iranien Mohammad Javad Zarif lors d’un discours durant la conférence sécuritaire de Munich le 18 février 2018 à Munich, dans le sud de l’Allemagne (Crédit : AFP Photo/Thomas Kienzle)

Le ministre iranien des Affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, a entamé dimanche à Pékin une tournée diplomatique marathon. Il espère décrocher « un cadre futur clair » pour l’accord nucléaire après le retrait fracassant des Etats-Unis, mais réclame aux Européens des « garanties » sur la préservation des intérêts de Téhéran.

M. Zarif se rendra ensuite à Moscou puis à Bruxelles, où il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique. Il aura alors fait le tour des cinq puissances qui, outre les Etats-Unis, avaient signé avec l’Iran le texte de 2015.

Le ministre iranien a semblé afficher dimanche un optimisme prudent quant aux possibilités de sauver cet accord historique, qui prévoyait une levée des sanctions visant son pays en contrepartie de l’engagement de la République islamique à ne pas se doter de l’arme nucléaire.

La tournée de M. Zarif a commencé alors que les responsables conservateurs ont critiqué la position du gouvernement, soulignant que l’Iran ne pouvait pas faire confiance aux Européens, comme l’avait affirmé mercredi le guide suprême iranien, l’ayatollah Ali Khamenei.

Washington a promis dimanche de « travailler dur avec les Européens » afin de parvenir à un nouvel accord pour contrer « le comportement néfaste » de Téhéran, Donald Trump justifiant de nouveau le retrait des Etats-Unis en affirmant qu’il avait permis de brider les ambitions régionales iraniennes.

« Souvenez-vous à quel point l’Iran se comportait mal lorsque l’accord iranien était en vigueur. Ils essayaient de dominer le Moyen-Orient par tous les moyens nécessaires. Maintenant, cela n’arrivera plus ! » a-t-il écrit sur Twitter.

Plus tôt dans la matinée de dimanche, le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo et le conseiller à la sécurité nationale John Bolton avaient fait la tournée des plateaux de télévision pour justifier le retrait américain de cet accord négocié par l’administration Obama.

Avec un message appuyé en direction des partenaires européens, que le retrait « ne visait pas », selon Mike Pompeo, même si leurs entreprises commerçant avec l’Iran sont directement menacées par le rétablissement des sanctions américaines.

« J’espère que dans les jours et les semaines à venir, nous pourrons parvenir à un accord qui fonctionne vraiment, qui protège réellement le monde face au mauvais comportement iranien, pas juste sur leur programme nucléaire mais également leurs missiles et leur comportement néfaste. Et je travaillerai de près avec les Européens pour tenter d’y parvenir », a-t-il déclaré sur la chaîne Fox.

Le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Zarif, à Moscou avant de rencontrer les Européens pour tenter de sauver l’accord sur le nucléaire iranien, a demandé lundi des « assurances » aux signataires de ce texte abandonné avec fracas par les Etats-Unis.

Deuxième étape de sa tournée diplomatique, M. Zarif s’est entretenu lundi matin avec son homologue russe Sergueï Lavrov après des consultations à Pékin pendant le weekend et avant son arrivée à Bruxelles mardi où il rencontrera ses homologues français, allemand et britannique.

Au terme de ces entretiens à travers le monde, il aura alors fait le tour des cinq puissances qui, outre les Etats-Unis, avaient signé avec l’Iran cet accord historique en 2015, qui prévoyait une levée des sanctions visant l’Iran en contrepartie de l’engagement de la République islamique de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

« L’objectif final de tous ces pourparlers, c’est d’obtenir des assurances que les intérêts du peuple iranien, garantis par (l’accord) seront défendus », a déclaré M. Zarif au début de l’entretien avec M. Lavrov.

Au terme de la rencontre, M. Zarif a vanté l' »excellente coopération » entre la Russie et l’Iran et indiqué que M. Lavrov lui avait promis de « défendre et se tenir à l’accord ».

Le chef de la diplomatie russe a de son côté estimé au début de la rencontre que Russes et Européens devaient « défendre de concert leurs intérêts » sur ce dossier.

La sortie des Etats-Unis entraîne un rapprochement entre Moscou et les Européens, rare vu les tensions de ces dernières années, alimentées par les dossiers syrien et ukrainien et récemment renforcées par l’empoisonnement de l’ex-espion Sergueï Skripal en Angleterre.

Le président russe Vladimir Poutine avait multiplié les contacts la semaine dernière sur le dossier iranien en s’entretenant avec la chancelière allemande Angela Merkel après le président turc Recep Tayyip Erdogan, plaçant la Russie au centre du jeu après le retrait fracassant des Américains.

Mme Merkel est attendue le 18 mai à Sotchi, dans le sud de la Russie, pour une rencontre avec Vladimir Poutine, tandis que le président français Emmanuel Macron doit se rendre à Saint-Pétersbourg fin mai.

Dès lundi, M. Poutine doit rencontrer Yukiya Amano, le directeur de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA)à Sotchi, selon son conseiller Iouri Ouchakov.

Les Iraniens espèrent désormais « être capables d’établir un cadre futur clair pour l’accord », avait déclaré M. Zarif à Pékin, avertissant que l’Iran était « prêt pour toutes les options » si ses intérêts n’étaient pas assurés.

Vendredi, il avait d’ailleurs affirmé que Téhéran se préparait à reprendre « l’enrichissement industriel » d’uranium « sans aucune restriction » à moins que l’Europe ne fournisse de solides garanties de maintien des relations commerciales avec l’Iran.

La Russie s’est imposée ces dernières années comme un acteur majeur au Proche-Orient, un rôle renforcé par son intervention militaire en Syrie lancée en 2015 en soutien à Bachar al-Assad. Elle entretient de bons rapports avec des pays aux intérêts divergents et parfois rivaux, de l’Iran à la Turquie en passant par Israël.

Lors d’une rencontre jeudi à Téhéran, le vice-ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Riabkov et son homologue iranien Abbas Araghchi avaient déjà souligné leur « attachement à la sauvegarde de l’accord ».

Longtemps antagonistes, la Russie et l’Iran ont vu leurs relations s’améliorer avec la fin de la Guerre froide. Alors que Téhéran était au ban des nations, Moscou a accepté de reprendre au milieu de la décennie 1990 le contrat de construction de la centrale nucléaire de Bouchehr (sud de l’Iran), abandonné par l’Allemagne.

Des experts estiment que la Russie pourrait bénéficier économiquement du retrait américain, étant moins exposée que l’Europe aux conséquences du rétablissement de sanctions contre la République islamique.

Autre exemple du ballet diplomatique suivant le retrait américain, le chef de la diplomatie française Jean-Yves Le Drian déjeune lundi avec son homologue britannique Boris Johnson pour évoquer notament ce sujet.

Jean-Yves Le Drian, ministre français des Affaires étrangères, le 30 janvier 2018. (Crédit : AFP / Ludovic MARIN)

Le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a estimé jeudi que la situation devenait « très dangereuse » au Moyen-Orient en raison d’un téléscopage entre « les enjeux syrien et iranien ».

« C’est une situation qui devient très dangereuse. La région était déjà très destabilisée avec la guerre en Syrie et l’annonce du retrait américain de l’accord de Vienne (sur le nucléaire iranien) a contribué à renforcer cette déstabilisation », a-t-il déclaré à BFM TV.

« Ce qui était à craindre est en train de se réaliser. L’enjeu syrien et l’enjeu iranien sont en train de se confondre (…) ce qui donne une situation extrêmement tendue », a relevé le chef de la diplomatie française.

« Il faut engager la désescalade, faire en sorte que le sang-froid revienne et éviter que les va-t-en guerre divers ne puissent se servir de l’occasion », a insisté Jean-Yves Le Drian.

Le ministre a par ailleurs parlé avec insistance de la nécessité de maintenir l’Iran dans l’accord de Vienne, malgré le retrait américain, afin de ne pas ouvrir la porte de la prolifération nucléaire dans la région.

« Il n’y a pas de plan B. Il y a le plan A qui est l’accord de Vienne et qu’il convient de respecter », a-t-il lancé. « Le plan B, cela veut dire renoncer à tout dialogue, tout accord avec l’Iran. Il peut conduire à la guerre », a-t-il averti.

Cet accord, conclu en 2015 entre l’Iran, les Etats-Unis, la Chine, la Russie, la Grande-Bretagne, la France et l’Allemagne, prévoit de lever les sanctions internationales pesant sur l’économie iranienne en contrepartie de l’engagement pris par Téhéran de ne pas se doter de l’arme nucléaire.

Sur le plan diplomatique, Benoît Hamon juge Emmanuel Macron « impuissant et inoffensif, tout en en faisant des tonnes sur la communication ». Le chef de l’Etat aurait selon lui dû choisir « la sobriété face à (Donald) Trump. Car ce n’est pas n’importe quel président: xénophobe, homophobe et idéologiquement dangereux ».

« S’il insuffle son style, Macron n’a lancé aucune initiative, française ou européenne, capable de modifier le rapport de forces. Pourquoi n’avoir pas choisi de rebattre les cartes en reconnaissant la Palestine quand Trump a choisi de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël? », s’interroge-t-il.

Environ 200 religieux juifs se sont réunis vendredi matin à l’appel de rabbins devant le mur des Lamentations à Jérusalem pour une prière « contre l’ennemi » iranien au lendemain d’une escalade militaire inédite entre Israël et l’Iran en Syrie.

« Nous sommes venus ici pour prier Dieu après la victoire contre l’Iran », a affirmé à l’AFP Aryeh Stern, un rabbin de Jérusalem à l’initiative de ce recueillement.

Des tracts contre « l’ennemi iranien » ont été distribués aux juifs venus prier au mur des Lamentations.

« C’est une prière spéciale pour remercier Dieu pour la reconnaissance de Jérusalem comme la capitale d’Israël et pour notre victoire lors de la crise avec les Iraniens », soutient Shoshana, une fidèle juive de 32 ans.

« C’est un privilège pour moi, pour nous, de faire partie de cette génération, d’avoir la chance de vivre ces événements historiques », confie Zvi Scholnick, 31 ans.

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