Amsterdam déplace une “pierre du souvenir” de la Shoah après la plainte d’habitants
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Amsterdam déplace une “pierre du souvenir” de la Shoah après la plainte d’habitants

La pierre de la taille d’une carte postale est trop difficile à supporter et “compromet l’atmosphère du quartier chic”

Un canal à Amsterdam. Illustration. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)
Un canal à Amsterdam. Illustration. (Crédit : Rachael Cerrotti/Flash90)

AMSTERDAM – Des employés municipaux ont déplacé une plaque mémorielle de la taille d’une carte postale qui était située à l’entrée de l’ancienne maison à Amsterdam d’une victime de l’Holocauste, suite à des plaintes des habitants.

La plaque, une « pierre du souvenir » en laiton portant le nom de Joachim Elte, qui a été incrusté en 2014 dans le trottoir du 3 rue Nicolass Maes, a été déplacée « aussi loin que possible de la porte » des deux habitants qui ont récemment porté plainte contre la ville et demandé que la plaque soit retirée, a déclaré vendredi au quotidien Het Parool Sebatiaan Capel, le maire du district sud d’Amsterdam.

Les deux habitants, dont le nom n’a pas été cité, ont demandé au juge une injonction ordonnant le retrait de la pierre du souvenir en laiton parce que Capel avait ignoré leurs demandes. Ils souhaitaient qu’elle soit déplacée n’importe où mais ailleurs que devant la résidence, a indiqué le quotidien.

Dans leur motion, les deux habitants ont déclaré qu’ils trouvaient trop difficile d’être constamment confrontés, par la pierre du souvenir, à la déportation et au meurtre d’Elte, un comptable de 51 ans, mort dans un camp de concentration nazi en 1945. Ils ont également affirmé que la pierre « compromet l’atmosphère » de leur quartier chic et leur intimité, ainsi que celles de leurs enfants, parce qu’elle attire les passants.

Le juge qui a examiné la motion n’a pas délivré d’injonction, mais a estimé qu’elle méritait un examen judiciaire par une cour administrative.

Quatre cent pierres du souvenir sont posées dans Amsterdam, devant les anciens domiciles de victimes de l’Holocauste, dans le cadre d’un projet de commémoration qu’un artiste allemand a commencé en 1996 à Berlin. A ce jour, plus de 50 000 pierres ont été posées dans 18 pays d’Europe.

Le district dans lequel vivent les plaignants n’exige pas le consentement des habitants pour installer ces pierres du souvenir.

La ville d’Amsterdam a déjà reçu deux plaintes contre ces pierres : l’une d’un survivant de l’Holocauste, qui affirmait que cela lui rappelait de mauvais souvenirs, et l’autre d’un hôtel, dont le propriétaire se plaignait de la nuisance causée pour ses affaires.

Suite à la demande du survivant, la pierre avait été déplacée à un autre endroit de la rue. La seconde objection avait été ignorée, a indiqué à Het Parool Paul de Haan, le fonctionnaire municipal chargé de délivrer les permis pour les pierres du souvenir.

Les deux plaignants du sud d’Amsterdam ne sont pas des survivants de l’Holocauste, et n’ont pas de traumatismes connus dus à la Seconde Guerre mondiale, a indiqué le quotidien. Ils n’ont pas voulu être interviewés sur leur décision de poursuivre la ville en justice, a précisé Het Parool.

Ces dernières années, les médias néerlandais ont annoncé plusieurs cas de résistants à des commémorations de l’Holocauste, notamment de la part du musée du rail néerlandais d’Utrecht, et des habitants de la capitale qui ont bloqué le projet d’érection d’un mur commémoratif dans un parc du centre de la ville.

Environ 75 % des 140 000 Juifs qui vivaient aux Pays-Bas quand l’Allemagne les a envahis en 1940 ont été assassinés pendant l’Holocauste, ce qui est le taux de mortalité le plus important des pays d’Europe occidentale occupés par l’Allemagne nazie.

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