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Amsterdam : Une ménorah strass et paillettes pour un concert de Hanoukka

Cette version (très) revisitée d'un objet significatif au niveau culturel, avec ses milliers de faux diamants incrustés, est à découvrir lors d'un concert en ligne

La ménorah strass et paillettes d'Amsterdam pendant sa fabrication dans un entrepôt d'Amersfoort, aux Pays-Bas, le 3 décembre 2021. (Crédit : Barry Mehler via JTA)
La ménorah strass et paillettes d'Amsterdam pendant sa fabrication dans un entrepôt d'Amersfoort, aux Pays-Bas, le 3 décembre 2021. (Crédit : Barry Mehler via JTA)

AMSTERDAM (JTA) — Une ménorah historique retirée du monde du spectacle en raison d’inquiétudes portant sur son intégrité – et de querelles au sein de la communauté juive néerlandaise sur les personnes en droit de l’utiliser – a trouvé une remplaçante inattendue, en strass et paillettes.

La cérémonie publique d’allumage des bougies est un moment majeur des concerts qui se tiennent tous les ans pour Hanoukka à la Salle royale des concerts de la ville, ou Concertgebouw.

Organisés à l’initiative d’un immigrant juif de New York qui rêvait de revivre les expériences communautaires connues dans la Grande Pomme, les concerts avaient repris en 2015 après avoir été interrompus par la Shoah – au cours de laquelle les trois quarts de la communauté juive néerlandaise avaient été assassinés. Jusqu’en 2019, la cérémonie d’allumage de bougies avait utilisé une hanoukkia vieille de 123 ans, de plus de 2,5 mètres de haut, qui était dotée de huit cloches et de plus de 150 reliefs floraux délicats.

Cette année, le groupe de la Communauté juive d’Amsterdam, une organisation à but non-lucratif qui représente les Juifs orthodoxes de la ville, a pris la décision de ne plus prêter la ménorah qui était elle-même une réplique d’une ménorah encore plus ancienne, à l’histoire riche.

Et c’est sa remplaçante qui va être présentée cette semaine. Cette version revisitée de cet objet déterminant au niveau culturel ne sera pas utilisée en public, le concert de Hanoukka ayant été annulé en raison du nombre de cas de COVID-19 actuellement en hausse aux Pays-Bas.

Toutefois, elle fera ses débuts sur la Toile pendant un concert en ligne, dimanche – et ses organisateurs espèrent que ses milliers de faux diamants vont apporter un peu d’ostentation, de légèreté et de piquant à cette tradition communautaire chérie lorsque des concerts pourront à nouveau être organisés en présentiel.

« C’est la plus grande ménorah dans le pur style Liberace que vous pouvez imaginer », commente Barry Mehler, organisateur du concert, auprès de la JTA, se référant au musicien américain dont le piano était incrusté de strass.

La ménorah qu’elle vient remplacer avait une grande importance au niveau historique – et une grande valeur.

Connue sous le nom de copie de Rintel, elle était la réplique exacte de la ménorah Rintel, plus ancienne et plus chère, qui avait été fabriquée il y a 268 ans. Estimée au prix de 563 000 dollars, la base de la ménorah Rintel originale a été récemment refaite – ce qui augmente probablement encore sa valeur et ce qui fait d’elle la ménorah la plus chère du monde (deux autres hanoukkiot pouvant prétendre à ce titre sont également néerlandaises). Elle a été achetée par le gouvernement en 2016 et elle est dorénavant exposée en permanence au musée d’Histoire juive d’Amsterdam.

Pour les Juifs hollandais, la ménorah Rintel originale, qui porte le nom de la philanthrope juive Sara Rintel, représente un âge d’or où les Juifs ashkénazes avaient cherché à rivaliser en opulence avec la communauté juive portugaise, plus ancienne et plus riche – une communauté pour laquelle Amsterdam est célèbre. La ménorah était si précieuse qu’en 1898, une réplique avait été réalisée pour la synagogue Dritt, ce qui permettait de soustraire l’originale à l’usure entraînée par l’utilisation traditionnelle.

Cela avait été cette réplique qui avait été utilisée lors des concerts de Hanoukka qui avaient été organisés dans la ville depuis leur reprise en 2015. Mais elle devait être démontée pour le transport et réassemblée et la manière dont elle était conçue – avec un shamash, la bougie utilisée pour allumer l’autre, qui était articulé – rendait périlleuse son déplacement au Concertgebouw.

La décision prise de cesser de prêter la copie de Rintel était aussi survenue dans un contexte de scission entre les organisateurs des concerts de Hanoukka. Après le concert de 2018, les organisateurs s’étaient scindés en deux groupes en raison de différences artistiques et – comme c’est banal dans les petites communautés juives – de différends personnels.

Cette année-là, un sopraniste s’était produit, portant une tare de diamants et des chaussettes roses, et Mehler s’était amusé de ces choix sur scène. Mehler, 56 ans, chantre dans plusieurs synagogues orthodoxes, était venu à Amsterdam en 1989 parce que cette ville était « la Mecque des gays », avait-il confié l’année dernière à la JTA, et il était parvenu à mélanger la gravité du chant et des mises en scène, devant le public, qui avaient repoussé les frontières de ce que les Juifs les plus conservateurs au niveau religieux de la ville étaient en capacité de tolérer.

Le style affirmé de Mehler a fait partie des raisons qui ont entraîné, cette année, l’organisation de deux concerts de Hanoukka bien distincts au sein du Concertgebouw. Le premier, organisé par la Fondation du concert de Chanukah, devait avoir lieu dimanche dernier. L’autre, mis en place par la Fondation des concerts de musique juive de Mehler, devait se tenir dimanche.

Mais les deux ont été annulés pour cause de pandémie. Le groupe de Mehler proposera toutefois son spectacle en ligne – et permettra ainsi aux Juifs néerlandais de découvrir la nouvelle ménorah.

Elle n’est pas une copie de la copie de Rintel, c’est sûr, a dit Mehler à la JTA.

« La conception de la ménorah Rintel est tellement particulière que nous avons voulu créer quelque chose de tellement inattendu que le public ne pourra que la regarder de manière différente », a-t-il ajouté.

Sur cette ménorah, 313 000 faux diamants, avec un poids combiné de quatre kilos, et une grande structure en métal dotée de neuf branches. Le projet a coûté quelques milliers de dollars.

Une ménorah strass et paillettes, avec ces faux diamants incrustés dans la structure, pourra-t-elle remplacer de manière satisfaisante la copie de Rintel du 18e siècle, décorée avec soin ? Mehler en est convaincu.

« Oui, les ménorahs de Rintel sont belles et on ne peut pas entrer en concurrence », reconnaît-il. « Mais elles sont aussi flamboyantes, elles ont été conçues pour entraîner l’admiration et impressionner par leur raffinement. On veut atteindre le même objectif auprès du public avec cette nouvelle ménorah – mais de façon différente ».

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