Anti-terrorisme : Une firme de renseignements israélienne explore Facebook
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Anti-terrorisme : Une firme de renseignements israélienne explore Facebook

Terrogence offre des services de reconnaissance faciale sur la base d'informations que l'agence reconnaît avoir collecté sur les réseaux sociaux et autres forums sur Internet

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Image d'illustration d'un homme devant un ordinateur avec le logo Facebook, le 26 février 2014 (Crédit :  Abed Rahim Khatib/Flash90)
Image d'illustration d'un homme devant un ordinateur avec le logo Facebook, le 26 février 2014 (Crédit : Abed Rahim Khatib/Flash90)

Une compagnie israélienne de cyber-renseignements offre des services de reconnaissance faciale dans le cadre de la lutte anti-terroriste sur la base de dizaine de milliers de photos et de vidéos collectées sur Internet – notamment sur Facebook, géant des réseaux sociaux, qui lutte actuellement pour défendre sa réputation dans des problèmes de protection de la confidentialité de ses utilisateurs.

La société Terrogence, qui se trouve à Netanya, co-fondé par l’ancien agent des renseignements israéliens Shai Arbel, offre une gamme de produits et de rapports basés sur des données et des identifications faciales qu’elle admet avoir récolté sur des sites comme Facebook, YouTube et autres forums internet, a rapporté Forbes la semaine dernière.

Cela fait cinq ans que Terrogence a commercialisé son service de reconnaissance faciale, qui répond au nom de Face-Int.

Selon le site de l’entreprise, sur la page qui évoque Face-Int, « Terrogence contrôle et collecte activement des images faciales et les profils des terroristes, des criminels et autres individus qui pourraient poser une menace à la sécurité aérienne, à l’immigration et à la sécurité nationale ».

« La base de données Face-IntTM héberge les profils de milliers de suspects trouvés sur des sources en ligne telles que YouTube, Facebook, et des forums ouverts ou fermés sur tout le globe. Elle présente des extractions faciales réalisées à partir de plus de 35 000 vidéos et photos prises en ligne et dépeignant des activités terroristes telles que des camps d’entraînement, des vidéos de motivation et des attentats terroristes », s’enorgueillit le site.

Un porte-parole de Facebook a indiqué que Terrogence viendrait violer les politiques du géant des réseaux sociaux en accumulant des données dans des visées de surveillance, a fait savoir Forbes. Un porte-parole a noté que Facebook n’a trouvé aucune application opérée par Terrogence.

Arbel a refusé de s’entretenir avec Forbes au sujet de son entreprise et de ses opérations.

Le co-fondateur de Facebook, le PDG Mark Zuckerberg, est parti après avoir témoigné devant le comité sénatorial de la magistrature et du commerce dans l’immeuble de bureaux du Sénat à Capitol Hill, le 10 avril 2018, à Washington, DC. (Crédit : Zach Gibson / Getty Images)

Facebook encaisse le coup de son pire échec en termes de confidentialité des données suite aux révélations le mois dernier que la firme de collecte de données politiques Cambridge Analytica, dont les services avaient été loués par l’équipe de campagne de Donald Trump, a collecté des informations concernant 87 millions d’utilisateurs.

Le directeur-général de l’entreprise Mark Zuckerberg a présenté ses excuses à de multiples occasions ces dernières semaines, une démarche qui a culminé par une apparition devant une commission du Congrès.

Une enquête réalisée sous couverture par la télévision britannique avait montré des cadres de l’entreprise Cambridge Analytica admettant que leur compagnie s’était prêtée au captage d’informations, aux pots-de-vin ou à des pièges avec l’aide d’anciens espions britanniques et israéliens.

Selon Forbes, l’entreprise Terrogence a été achetée en 2017 par Verint. Son principal siège se trouve à New York mais elle a également des bureaux à Herzliya, en Israël, ainsi que dans de nombreux autres lieux dans le monde entier.

Le reportage a également indiqué que Verint et Terrogence ont offert des technologies dans le passé à la NSA, à l’US Navy, et à d’autres agences de sécurité. Des registres publics montrent que la société a signé deux contrats avec l’US Navy pour un montant total de 148 000 dollars, concernant une souscription au service antiterroriste TGAlertS. Il n’y a toutefois aucune preuve que les agences américaines aient acquis le produit Face-Int.

Enseigne de la société Cambridge Analytica dans le hall d’entrée de l’immeuble de Londres, Royaume-Uni, dans lequel elle est basée, 21 mars 2018. (Chris J. Ratcliffe/Getty Images via JTA)

Au début du mois, Verint a lancé FaceDetect, un logiciel utilisant la reconnaissance faciale pour ajouter des suspects à des listes de surveillance.

Certains ont mis en garde contre les dangers qui se posent lorsque des personnes sont automatiquement ajoutées à des listes noires variées sans le savoir.

« Nous nous battons avec le gouvernement depuis des années sur les procédures normales à définir pour la mise en place de telles listes », a expliqué Jay Stanley, analyste politique à l’organisation American Civil Liberties Union. « Des individus y sont inscrits sans savoir pourquoi et sans être sûrs de la raison pour laquelle ces listes sont utilisées ».

« Un grand nombre de ces problèmes pourraient s’intensifier si plusieurs de ces groupes – qui sont quasiment des milices privées – se mettaient à faire leurs propres listes noires de toutes sortes », a confié Stanley à Forbes.

« Si les entreprises privées collectent des photos et les combinent à des informations personnelles pour émettre des jugements sur les personnes – déterminant si vous êtes un terroriste ou la probabilité que vous fassiez un vol à l’étalage ou quoi que ce soit entre les deux – alors cela expose tout le monde au risque d’être induit en erreur ou correctement identifié mais mal jugé ».

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