Après la fusillade, les Juifs de Floride « mal à l’aise » à la synagogue
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Après la fusillade, les Juifs de Floride « mal à l’aise » à la synagogue

"Les gens ont peur : Est-ce que je peux aller à la synagogue ? Est-ce sûr avec mon enfant ?", disent les résidents de North Miami Beach après qu'un fidèle a été blessé par balles

Capture d'écran de la Synagogue du jeune Israël du Grand Miami. (Google Maps)
Capture d'écran de la Synagogue du jeune Israël du Grand Miami. (Google Maps)

JTA — Lorsque la famille du rabbin a regardé une nouvelle fois les images filmées par les caméras de sécurité de leur habitation de North Miami Beach, le bruit des balles tirées à la synagogue, à quelques blocs d’immeubles de là, était parfaitement audible.

Dimanche, un homme a essuyé des tirs de manière répétée devant la synagogue Young Israel, dans la région du Grand Miami, alors qu’il y attendait le début de l’office quotidien.

Samedi, Rosenberg avait assisté à l’office, s’asseyant sur le même banc que la victime, devant la porte d’entrée de la synagogue, sur le devant du bâtiment. Aumônier bénévole dans la police et dévoué au bien public, il avait reçu dans la soirée qui avait suivi un appel de la police et, le lendemain matin, s’était réveillé tôt pour gérer les suites de cette fusillade.

La victime, Yosef Lipschutz, a subi plusieurs interventions chirurgicales et il se trouve dorénavant dans un état stable. L’auteur des coups de feu est en fuite et les forces de l’ordre doivent encore déterminer si la fusillade relève d’un crime de haine antisémite.

Depuis, la fusillade a toutefois bouleversé la petite communauté orthodoxe très soudée de North Miami Beach, certains s’interrogeant sur la disparition du sentiment de sécurité qu’ils éprouvaient auparavant.

Tandis que Rosenberg affirme que l’attaque n’est en rien comparable aux fusillades meurtrières qui ont ensanglanté les synagogues de Pittsburgh et de Poway, en Californie, cette année, il ne peut s’empêcher toutefois de percevoir l’esquisse d’un schéma commun.

Capture d’écran de la Synagogue du jeune Israël du Grand Miami. (Capture d’écran : Local10.com via JTA)

« Parce que c’était une synagogue et à cause de tout l’antisémitisme qui est constaté dans le monde d’aujourd’hui, nous nous sommes presque habitués au fait que nous ne nous sentons plus à l’aise dans nos propres lieux de culte », commente Rosenberg, qui n’est pas le rabbin en charge de la congrégation Young Israel.

« Les gens pensent : Voyez combien un tel événement arrive facilement. Voyez comme il est simple pour quelqu’un de venir avec une arme à feu et de commencer à tirer sur ceux qui sont là », ajoute-t-il.

L’attaque a eu lieu à 18h35 dimanche, avant la prière du soir. Lipschutz, 69 ans, un célibataire qui assiste aux offices du lieu de culte matin et soir, s’était rendu tôt à la synagogue et il s’était assis pour attendre sur le banc situé devant la porte principale, comme il le faisait habituellement.

Les fidèles racontent que Lipschutz est un homme gentil, modeste, toujours prêt à donner un coup de main dans la synagogue.

Habituellement, il prenait en charge des tâches qui restaient en majorité inaperçues – contrôler la climatisation, garder les portes ouvertes ou aider les personnes en situation de handicap à accéder à leurs sièges. Le week-end dernier, il avait aidé à payer les rafraîchissements servis à l’issue de l’office du samedi.

« Il a un sourire d’une douceur incroyable quand on le salue », explique Amy Salzman, qui s’occupe du programme des jeunes au sein du lieu de culte. « On avait besoin de quelqu’un pour poser des assises en feutre sur les chaises et, la semaine suivante, je le vois en train de les installer tranquillement de lui-même ».

Dimanche, Lipschutz s’apprêtait à entrer dans la synagogue lorsqu’un homme qui semblait être âgé d’une vingtaine d’années est sorti de sa voiture, a avancé vers le banc et a ouvert le feu sur Lipschutz, selon Rosenberg. Lipschutz aurait plongé derrière le banc – ce qui aurait sauvé sa vie – jusqu’à la fin de la fusillade, 20 à 30 secondes plus tard. L’auteur des tirs est ensuite retourné dans son véhicule.

Selon Rosenberg, l’attaquant avait circulé devant la synagogue à plusieurs reprises dans la journée de dimanche.

La police a tenté de trouver tous les enregistrements possibles des caméras de sécurité aux alentours pour identifier le tireur. Lundi, une équipe de 10 à 15 enquêteurs est passée de maison en maison, demandant aux habitants s’ils avaient des images de la fusillade.

Et même si l’incident n’a pas été officiellement catégorisé comme étant un crime de haine, Rosenberg déclare que les forces de l’ordre l’appréhendent comme tel : Les patrouilles ont été renforcées autour de toutes les synagogues de la banlieue et un agent de police monte dorénavant la garde aux abords du lieu de culte à l’heure des services.

La police a déployé une équipe spécialement formée pour gérer les suites de la fusillade.

Young Israel, une synagogue orthodoxe qui réunit approximativement 300 familles, avait déjà mis en place des mesures de sécurité : Des caméras, une porte fermée à double tour et un gardien de sécurité armé qui venait à l’occasion. Mais Salzman déplore que cela ne soit apparemment plus suffisant.

« Ce n’est plus possible d’être tranquille », explique-t-elle. « Les gens ont peur : Est-ce que je peux venir à la synagogue ? Est-ce que c’est suffisamment sûr pour que j’y amène mon enfant ? »

Elle ajoute que « maintenant, avec tellement de présence policière, on ne peut probablement pas imaginer un endroit plus sûr ».

La communauté de North Miami Beach s’est pour sa part réunie autour de Young Israel, dit le rabbin de la synagogue, David Lehrfield. Lundi, les autorités locales ont donné des instructions à tous les rabbins de la communauté ainsi qu’à un groupe de responsables laïcs.

Même si un rabbin de Brooklyn avait été tué par balles au mois d’août 2014 à quelques blocs d’immeubles de la synagogue Young Israel, les membres de la communauté affirment qu’il est difficile de dire que ce meurtre a réellement relevé d’un crime de haine.

Les résidents disent ne pas ressentir généralement d’antisémitisme dans le quartier.

« Nous avons un sentiment de sécurité et ce sentiment de certitude que tout ira bien et qu’il s’agissait d’un accident hasardeux qui ne se reproduira pas », dit Lehrfield. « Nous sommes très unis, très optimistes. Nous avons l’intention de conserver la force et le caractère sacré de notre communauté ».

Les fidèles ne craignent pas non plus que cette attaque puisse éloigner les membres de la congrégation du quartier. Ron Fisher, qui dirige l’équipe chargée de l’hospitalité au sein de Young Israel, clame que le secteur est encore attractif pour les familles orthodoxes en raison de ses synagogues, de ses restaurants casher et autres institutions.

« Il y a trop de raisons de venir s’installer ici et un incident isolé ne dissuadera pas les gens de le faire », explique-t-il. « Je ne pense pas que ça va les influencer ».

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