Après les émeutes à Lod, une reconstruction prudente – mais le malaise persiste
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Après les émeutes à Lod, une reconstruction prudente – mais le malaise persiste

Juifs et Arabes continuent à mutuellement s'accuser et mettent en cause la police, alors que la ville, écorchée vive, soigne ses blessures et revient "doucement" à la vie

Une femme marche dans des décombres brûlés suite aux émeutes qui ont eu lieu à Lod, dans le centre d'Israël, le 19 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)
Une femme marche dans des décombres brûlés suite aux émeutes qui ont eu lieu à Lod, dans le centre d'Israël, le 19 mai 2021. (Crédit : Yossi Aloni/Flash90)

LOD — La semaine dernière, la ville de Lod, dans le centre d’Israël, aurait bien pu lancer un appel à l’aide à son « tueur de dragon ».

Selon la légende, George de Lydda, un soldat chrétien de l’armée romaine, avait tué un dragon qui exigeait chaque année des habitants d’un village libyen et en échange de sa protection un sacrifice humain – sous peine de voir le hameau détruit.

Aujourd’hui, le sarcophage de saint George – vénéré comme étant le saint soldat le plus éminent de la chrétienté – repose dans la crypte obscure d’une église grecque orthodoxe, dans cette ville où se côtoient les communautés juive et arabe.

Les rues, aux alentours du tombeau de marbre de saint-George, portent encore les stigmates des émeutes – carcasses de voitures brûlées, verre des vitres brisées, autant de cicatrices d’une haine contenue qui s’est déversée dans la municipalité.

Deux résidents, un Juif et un Arabe, sont morts lors de ces heurts violents et le chagrin et la peur sont encore palpables.

Mais le plus déconcertant pour les habitants juifs et arabes de Lod, c’est que personne ne sait où se trouve dorénavant le dragon, s’il erre encore dans la ville, attendant d’incendier un plus grand nombre d’habitations et d’écoles – ou d’avaler encore davantage de vies humaines.

Mardi, quelques jours après la fin des violences meurtrières qui ont bouleversé la ville, cette dernière semble avoir retrouvé un semblant de normalité curieux – au moins, en tout cas, au premier regard. Résidents juifs et arabes ont repris leur quotidien alors que les cordes auxquelles les drapeaux israéliens étaient accrochés, lors de la Journée de l’Indépendance, flottent depuis les porches des petites maisons coquettes et des blocs d’immeubles résidentiels soignés.

Une camionnette appartenant à des résidents arabes de Lod incendiée par des émeutiers juifs, le 18 mai 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

Mais les signes des violences passées apparaissent partout. Les agents de la police des frontières qui ont été déployés pour prendre en charge les agitations se tiennent immobiles, à l’ombre, aux intersections majeures. Un arrêt de bus est recouvert de verre brisé. Entrant dans un parking situé aux abords de la maison de la famille Hassouna – l’une des familles arabes les plus en vue de Lod – un SUV blanc circule, s’arrête, recule – et son conducteur ouvre la fenêtre.

« Je m’inquiétais de ce que vous soyez un résident d’implantation », explique l’homme en arabe alors que sa fille regarde avec curiosité depuis le siège arrière.

Le dragon déchaîné

Dans le quartier Hashmonaim de la ville, Malik Hassouneh pleure son fils, assis sous un auvent installé devant sa maison.

« Je veux mettre en prison le type qui a tué mon garçon », dit-il.

Les détails de ce qui a mené son fils, Mousa Hassouneh, à sa mort restent pour le moment indéterminés. Ce qui est sûr, c’est que pendant les émeutes violentes qui ont eu lieu aux toutes premières heures du 11 mai, un résident juif de la ville a ouvert le feu sur Mousa, le blessant mortellement.

Des témoins juifs ont affirmé que le tireur avait utilisé son arme pour se défendre, au cours des émeutes des résidents arabes de la ville. Trois jours après la mort de Mousa, les quatre Juifs soupçonnés d’être à l’origine des tirs ont été libérés, soumis à des restrictions plutôt indulgentes.

Malek Hassouna, dont le fils Mousa a été tué par des résidents juifs de Lod dans des circonstances encore indéterminées, évoque son fils à son domicile de Lod, le 18 mai 2021. (Crédit : Lazar Berman/ Times of Israel)

La famille de Mousa a affirmé que ce dernier n’avait pas été impliqué dans ces heurts. Selon Malik, il avait été invité à rompre le jeûne du Ramadan, ce soir-là, en compagnie de son beau-frère. Au moment où il avait quitté le repas à une heure déjà avancée de la nuit, les affrontements battaient son plein dans la ville.

La famille Hassouna n’est en rien mêlée au crime organisé ou à la violence, insistent les habitants interrogés par le Times of Israel. Elle est connue au sein de la municipalité, plutôt nantie et très respectée ; elle compte d’anciens conseillers municipaux et des parents proches ou plus éloignés sont propriétaires de magasins dans le cœur antique de la ville.

La mort de Hassouna a été l’étincelle qui a achevé d’attiser l’incendie dans la ville, qui était déjà tourmentée par les agitations. Des manifestations avaient eu lieu à Lod et dans d’autres localités comptant une importante population arabe, quelques jours auparavant, alors que le mouvement de protestation dénonçant les politiques israéliennes mises en œuvre à Jérusalem devenait petit à petit plus intense.

La police à Lod après une nuit de violentes émeutes perpétrées par des résidents arabes de la ville, le 12 mai 2021. (Avshalom Sassoni/Flash90)

Et mardi, les émeutes se sont accrues de manière significative, attisées par la mort de Mousa et les combats contre le Hamas à Gaza. Les affrontements contre la police ont laissé la place à des attaques enragées de bandes contre les biens et les personnes. Juifs et Arabes se sont violemment heurtés les uns aux autres et la ville est devenue rapidement une véritable zone de guerre.

Cette nuit-là, trois synagogues et de nombreux magasins auraient été incendiés ainsi que des dizaines de voitures. Le gouvernement a déclaré l’état d’urgence à Lod et des compagnies d’agents de la police des frontière ont été déployées dans la ville pour restaurer l’ordre.

Yigal Yehoshua, électricien de 56 ans originaire d’une ville voisine, rentrait chez lui en traversant Lod quand sa voiture a essuyé des jets de pierres et de briques. Une brique l’a touché à la tête et il a été évacué, grièvement blessé, à l’hôpital.

Les extrémistes juifs ont répondu avec force à cette agression. A Lod, des nationalistes d’extrême-droite ont caillassé les voitures arabes en circulation. Un cimetière musulman et des dizaines de véhicules appartenant à des Arabes ont été incendiés par des Juifs.

Des centaines de Juifs sont arrivés dans la ville – un grand nombre d’entre eux depuis la Cisjordanie – certains armés. Tandis que la police avait, en théorie, imposé un couvre-feu, ce dernier n’a pas semblé s’appliquer aux Juifs armés qui ont pu se déplacer dans la ville librement, terrifiant les habitants arabes, selon des témoins.

La famille et les proches assistent aux funérailles d’Yigal Yehoshua, qui a été blessé lors d’émeutes arabes israéliennes dans la ville israélienne de Lod, le 18 mai 2021 à Hadid. Crédit : Avshalom Sassoni / Flash90)

« J’ai eu le sentiment que le couvre-feu, c’était uniquement pour nous, uniquement pour les Arabes. Les colons se déplaçaient à leur guise », commente Abed Hassouneh, le cousin de Mousa en parlant des citoyens israéliens comme des résidents d’implantation de Cisjordanie.

A LIRE : Des Arabes israéliens fustigent la présence de « mustawtinin » à Lod

Six jours après avoir été attaqué, Yehoshua a succombé à ses blessures, devenant ainsi la seconde victime des violences.

« Yigal croyait profondément à la coexistence et il ne craignait rien », a commenté sa veuve, Irena, devant les caméras de la Douzième chaîne. « Il était électricien et il effectuait des réparations dans toutes les habitations, Juives ou Arabes ».

« Lod a spectaculairement changé »

Depuis 1948, année où des dizaines de milliers de Palestiniens avaient fui ou avaient été expulsés de Lod au cours de la guerre israélienne de l’Indépendance, la ville est à majorité juive. Ces dernières années, des vagues d’immigration ont entraîné un mélange éclectique d’habitants originaires d’Éthiopie ou d’Europe orientale, avec aussi des Palestiniens de Cisjordanie qui avaient coopéré avec les services de sécurité israéliens et qui ont choisi de s’installer dans la municipalité – mettant en place un équilibre fragile avec les résidents arabes de la ville.

« On les accueillait et ils nous accueillaient. On les protégeait et ils nous protégeaient aussi », soupire Malik Hassouneh, esquissant une image quelque peu idyllique des liens entretenus avec les Juifs de la ville.

Mais selon la famille Hassouneh et d’autres, cet équilibre a été bouleversé, ces dernières années, par l’arrivée de Juifs religieux à Lod via un mouvement connu sous le nom de Garin Torani, qui cherche à établir ou à renforcer la présence des Juifs nationalistes-religieux dans les quartiers ou dans les localités d’où ils sont absents. A Lod, les résidents Garin se sont installés dans des parties de la ville où la population est majoritairement arabe et les résidents de longue date dénoncent une tentative de « judaïser » leurs quartiers.

« Notre problème, ce n’est pas les Juifs – pas du tout. Nous avons un problème avec les partisans du mouvement pro-implantation. C’est eux qui ont transformé Lod en cocotte-minute », dit Abed, le cousin de Mousa.

Les Garin ont été ardemment soutenus par le maire, Yair Revivo. Depuis qu’il a pris son poste en 2014, il a alloué des budgets revus à la hausse à la population arabe de la ville. Mais il aussi appuyé financièrement, avec l’argent municipal, les Juifs nationalistes-religieux ; il a lancé une bataille dont l’objectif est de faire baisser le volume de l’appel à la prière musulmane moins fort. Il a aussi estimé que la culture arabe était intrinsèquement violente.

Le maire de Lod, Yair Revivo(Crédit : Yossi Zeliger/FLASH90)

Aviv Wasserman, ex-adjoint au maire et critique de Revivo, reproche à ce dernier les clivages accrus dans la ville depuis son élection. « Tout a changé de manière spectaculaire », dit-il.

« La musique, l’énergie, l’atmosphère ici sont devenus totalement anti-arabes – on en revient tout le temps au bruit fait par le muezzin, avec un manque de respect clair des mosquées et des traditions arabes », déplore Wasserman.

Les membres juifs du mouvement Garin Torani disent s’être installés à Lod pour aider à redorer l’image de quartiers qui souffrent de dégradation urbaine et d’une concentration de la pauvreté. Mais les résidents arabes se plaignent d’être harcelés, disant qu’on tente, en fin de compte, de les décider à quitter les lieux.

Des Arabes israéliens brandissent des drapeaux palestiniens pendant les funérailles de Mousa Hassouna à Lod, près de Tel Aviv, le 11 mai 2021. (Crédit :AFP)

En ce qui concerne le père de Mousa, Malik Hassouneh, les frictions qui ont entraîné la mort de son fils n’auraient pas eu lieu si Revivo n’avait pas encouragé les Juifs nationalistes-religieux à s’installer à Lod.

« Je tiens le maire de Lod, Yair Revivo, comme personnellement responsable de ce qui est arrivé à mon fils », déclare-t-il.

« Il n’y a jamais rien eu de tel auparavant »

Alors que les émeutes sont terminées et que l’ordre semble être revenu, les habitants de Lod doivent dorénavant tenter l’aventure de la reconstruction – au sens littéral comme au sens figuré.

Dans un centre communautaire du quartier Ramat Eshkol, cette semaine, les résidents arabes sont venus avec leurs véhicules aux vitres brisées pour se faire aider et pour remplir les demandes d’indemnisation qui seront soumises à l’Assurance nationale.

Muadh al-Naqib contrôle avec tristesse les dégâts faits à sa voiture. Son pare-brise est rempli de bris et au moins une autre fenêtre est complètement cassée.

Les résidents arabes de Lod montrent les dégâts sur leurs véhicules, commis par des émeutiers juifs, aux employés des assurances, l 18 mai 2021. (Crédit : Lazar Berman/Times of Israel)

« Les mustawtinin m’ont attrapé alors que j’étais au volant », dit-il. « Il y a déjà eu des tensions, mais il n’y a jamais rien eu de tel auparavant ».

Des morceaux de métal sont en train de rouiller dans une zone résidentielle arabe voisine. Les voitures ont été clairement incendiées et les habitants arabes accusent les Juifs d’être à l’origine de ces sinistres.

Assis sous un arbre, aux abords de la Grande mosquée Omari de Lod, un groupe de jeunes Arabes disent avoir été présents lors du début des émeutes, le 10 mai et ils attribuent à la police la responsabilité de l’initiation des violences.

« C’est eux qui ont commencé. Ils ont commencé à nous frapper à la grenade dès qu’on a commencé à manifester. Vous pensez qu’on laisserait faire ? Si je vous frappe, vous allez rester à ne rien faire ? », interroge Thair Dababseh, un adolescent qui travaille dans un magasin de Rishon Lezion.

Des adolescents arabes de Lod assis devant la grande mosquée Omari de la vieille ville de Lod, le 20 mai 2021. (Crédit :Lazar Berman/Times of Israel)

La plus grande partie des habitants arabes qui se sont entretenus avec le Times of Israel ont nié ou démenti qu’il y avait également au des agressions anti-juives qui avaient été organisées, et ce, malgré les preuves apportées du contraire. « Il y en a peut-être eu quelques-unes mais très peu », dit Dababseh.

« Ils ont attaqué donc ils ont été attaqués en retour », dit Ali Nasasrah, qui déclare avoir participé à la manifestation du lundi, avec un haussement d’épaules.

Reconstruire

Sur la rue Exodus, une rue voisine, des bénévoles s’affairent à réparer les dégâts commis dans une école religieuse élémentaire et à l’académie prémilitaire Maoz.

Parmi les volontaires, de jeunes Juifs religieux venus de tout le pays. Les tensions sous-jacentes aux violences semblent encore planer dans l’air.

Les bénévoles ont reçu pour instruction d’éviter les interactions avec les habitants arabes afin de minimiser les frictions et de permettre l’apaisement dans la ville.

De jeunes bénévoles juifs de HaShomer Hachadash aident à rénover une école endommagée par des émeutiers arabes au cours de violences intercommunautaires dans la ville, le 18 mai 2021. (Autorisation: HaShomer Hachadash)

« Je suis venu parce que les résidents ont besoin d’aide », commente Ziv Cohen, un adolescent juif. « Ils ne se sentent pas suffisamment en sécurité. Grâce à Dieu, il y a davantage de policiers et de membres de la police des frontières ici, maintenant, mais les habitants ne se sentent pas encore en sécurité, surtout la nuit ».

Cohen indique être venu par le biais de HaShomer HaChadash – une organisation caritative qui, à ses débuts, cherchait à protéger les fermiers juifs face aux attaques des vandales ou des gangs du crime organisé arabes, et qui s’implique dorénavant dans l’enseignement sioniste et agricole.

Quand les violences ont éclaté, le fondateur et directeur-général de HaShomer HaChadash, Yoel Zilberman, est entré en contact avec la municipalité. Après des actes de vandalisme qui ont touché plusieurs appartements, le groupe a décidé d’envoyer des volontaires dormir dans les habitations des familles juives qui avaient fui la ville, pour s’assurer qu’elles ne seraient pas pillées.

Un homme inspecte les dégâts à l’intérieur d’une école religieuse juive à Lod, dans le centre d’Israël, le 11 mai 2021. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

A partir du 14 mai, environ 30 à 55 volontaires non-armés ont occupé des appartements entre 17 heures et 6 heures du matin, explique Liat Cohen, porte-parole de HaShomer HaChadash (qui n’entretient aucun lien avec Ziv Cohen).

De plus, des bénévoles de l’organisation rénovent des synagogues endommagées pendant les émeutes et ils aident aux réparations à faire dans l’académie Maoz et dans l’école élémentaire.

« Finalement, l’objectif est que les résidents se sentent protégés et qu’ils le soient », note Ziv Cohen.

My Brother’s Keeper in Lod!Following the latest violent outbursts in the city of Lod, worried for their own safety and…

Posted by HaShomer HaChadash on Thursday, May 13, 2021

La porte-parole de HaShomer HaChadash, Liat Cohen, indique que les bénévoles et les employés du groupe travaillent aussi étroitement avec la police, utilisant les drones de l’organisation pour surveiller la localité et identifier les potentiels éclats de violence.

Cohen souligne qu’ailleurs dans le pays, HaShomer HaChadash accélère son travail auprès des communautés arabes. Mercredi, l’organisation a rencontré les chefs de six conseils régionaux bédouins en Galilée et ils ont commencé à réfléchir à des initiatives conjointes dans les domaines de l’éducation, de l’emploi et de la sécurité personnelle.

Les résidents juifs de Lod, qui travaillent aux réparations de l’école, racontent des violences en spirale qui ont été mal gérées par la police.

Des habitants de Lod récupèrent des rouleaux de la Torah indemnes dans les ruines d’une synagogue incendiée par des émeutiers arabes, le 12 mai 2021. (Capture d’écran : Twitter)

« Lundi soir dernier, nous avons commencé à entendre parler d’une manifestation près de la mosquée », dit Yakir, un résident religieux du quartier. « Et la situation est devenue lentement incontrôlable ».

Depuis son appartement qui se trouve à 300 mètres du lieu de culte, il a été informé que les protestataires brûlaient des drapeaux israéliens et qu’ils vandalisaient des maisons du quartier. « Pendant cette nuit-là, ils sont allés dans toutes les rues du quartier et ils ont commencé à mettre le feu à des poubelles. Ensuite, ils ont brûlé des pneus, puis des voitures ».

« Après, on les a vus entrer dans l’académie prémilitaire et commencer à incendier l’école élémentaire. Ils sont allés dans les classes et ils ont mis le feu à certaines, qui se trouvaient au deuxième étage. Et ils se sont rendus dans la salle d’étude de l’académie et ils y ont mis le feu également », se souvient-il.

Derrière la fenêtre de son appartement, Yakir a appelé la police de manière répétée. Mais personne n’est venu.

Trois adolescentes religieuses qui effectuent leur année de service national à Lod, Hodaya, Shira et Zion, expliquent avoir vu de la fumée s’élevant des endroits touchés par les émeutes et avoir entendu des ambulances circuler à grande vitesse alors qu’elles couraient vers des abris antiaériens pour échapper aux roquettes tirées en direction de la ville par le Hamas.

Un rabbin inspecte les dégâts à l’intérieur d’une école religieuse dans la ville de Lod, dans le centre d’Israël, le 11 mai 2021. (Crédit : Ahmad GHARABLI / AFP)

« C’était le Far-west », s’exclame Hodaya, originaire de Jérusalem.

Les violences ont repris dès le lendemain, pendant les funérailles de Hassouneh.

« Il s’est avéré qu’ils ont traversé le quartier », explique Yakir. « Le cercueil avec le corps, recouvert d’un drapeau palestinien et environ un millier de personnes qui marchaient derrière, avec des drapeaux palestiniens, hurlant toutes sortes d’appels à la violence, jetant des pierres sur les fenêtres de nos amis qui habitent dans la rue… Et derrière eux, les policiers qui tentaient de les faire partir de là, mais qui manquaient clairement de personnels ».

Cette nuit-là, continue Yakir, les résidents arabes sont retournés dans le quartier et ils ont brûlé des voitures.

« La police n’a rien fait pour les en empêcher », déplore-t-il. « Ils s’étaient installés à certains endroits, comme l’école. Mais à seulement 50 mètres, sur la rue Elashvili, trois voitures ont été brûlées, les unes après les autres, et personne ne s’est interposé ».

Le porte-parole de la police, Micky Rosenfeld, a insisté sur le fait qu’au vu de l’ampleur et de la complexité des violences à Lod – sans même parler des agitations qui ont eu lieu dans tout Israël et en Cisjordanie – la réponse apportée par les forces de l’ordre avait été plus que raisonnable.

« Pendant les émeutes », a souligné Rosenfeld, « nous avons protégé le mieux possible les résidents locaux, même s’il y a eu des centaines d’incidents qui se sont déroulés à tous les niveaux. Je parle ici des cocktails Molotov, des véhicules de la police qui ont été brûlés, des civils arabes qui ont été attaqués et des dégâts faits aux écoles et aux synagogues ».

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu rencontre des agents de la police des frontières dans la ville de Lod, dans le centre d’Israël, le 13 mai 2021. (Crédit : Kobi Gideon / GPO)

« Au début des émeutes lancées par des centaines de résidents arabes », a-t-il déclaré, « des unités de la police ont été déployées dans différents quartiers. Elles se sont déplacées à pied, en fonction des centaines d’appels qui ont été reçus, ainsi qu’en voiture, de manière tactique ».

Des agents de police ont été agressés et leurs véhicules incendiés dans le cadre des violences. Dans tout le pays, environ 260 policiers ont été blessés, selon Rosenfeld.

« Dès que nous avons constaté que la situation se détériorait, qu’il y avait des blessés et que les choses étaient devenues dangereuses pour les agents comme pour les habitants, pour les résidents juifs, une décision tactique a été prise – celle que des unités supplémentaires de la police frontalière allaient être appelées en renfort pour apaiser la situation, et les commandants des différentes unités tactiques se sont coordonnés pour reprendre le contrôle de la situation ».

Dans les soirées de mercredi et jeudi, des appartements ont été vandalisés et incendiés pour certains.

Les jeunes femmes expriment leur choc face à ces niveaux de violences, et leur désarroi à l’idée que certains Juifs aient dû fuir la ville.

« Il y a eu des scènes difficiles », dit Shira, originaire de Rishon Lezion. « C’est terrible qu’un Juif soit obligé de quitter sa maison sur la terre d’Israël parce qu’il se sent en danger mortel ».

« C’est incroyable », ajoute-t-elle avec tristesse.

La police anti-émeute israélienne fait face à un homme juif alors que des affrontements ont éclaté entre Arabes, policiers et Juifs, dans la ville mixte de Lod, dans le centre d’Israël, mercredi 12 mai 2021. (Crédit : AP Photo/Heidi Levine)

Hodaya note que certains résidents revenant dans la ville avaient mis leurs effets personnels dans des sacs-poubelle.

« On aurait dit qu’ils avaient pris la fuite et qu’ils n’avaient pas eu le temps de faire leurs bagages », indique-t-elle.

Tandis que les membres de la communauté nationale-religieuse expliquent qu’ils s’intéressent à la coexistence, à l’idée de construire des passerelles avec les habitants arabes, il n’est pas banal que les deux populations s’évitent, laissant la ville plus divisée que mélangée – et laissant aussi les résidents dans la crainte de nouvelles hostilités entre les deux parties.

« Il n’y a pas de coexistence ici », s’exclame Hodaya. « Il n’y a que l’existence. Chacun n’aspire qu’à mener sa vie propre ».

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