Rechercher

Après l’invasion russe de l’Ukraine, le monde arabe craint pour son blé

Le Middle East Institute a averti que "si la guerre perturbe l'approvisionnement en blé" du monde arabe, la crise pourrait déclencher "l'instabilité dans plusieurs pays"

Illustration : des gerbes de blé. (Crédit : Pixabay)
Illustration : des gerbes de blé. (Crédit : Pixabay)

La Russie et l’Ukraine sont en guerre et pour nombre d’Egyptiens, de Libanais, de Yéménites ou d’autres arabes, cela pourrait vouloir dire moins de pain sur la table familiale. Car ces deux pays sont leurs premiers pourvoyeurs en blé.

Or, prévient le Middle East Institute, « si la guerre perturbe l’approvisionnement en blé » du monde arabe, fortement dépendant en importations alimentaires, « la crise pourrait déclencher de nouvelles manifestations et de l’instabilité dans plusieurs pays ».

Le Soudan, qui voit ses réserves fondre depuis l’arrêt de l’aide internationale en rétorsion au putsch militaire fin 2021, semble déjà prendre les devants. Au moment où la guerre éclatait, le numéro deux soudanais était à Moscou pour discuter échanges commerciaux avec la Russie, premier exportateur mondial de blé.

Car les généraux au pouvoir dans ce pays arabe d’Afrique du Nord-Est n’ont pas oublié : en 2019, l’un des leurs, le dictateur Omar el-Béchir était renversé sous la pression d’une révolte populaire née… du triplement du prix du pain.

Pain et beurre. (iStock)

Le pain, c’est déjà un luxe pour des millions de personnes qui ont faim au Yémen en guerre, se lamente Walid Salah, un fonctionnaire de 35 ans qui attend toujours son salaire à Sanaa.

« La plupart des gens peuvent à peine se payer les aliments de base », dit-il à l’AFP. La guerre en Ukraine ne fera qu' »aggraver les choses ».

« On pensait avoir atteint le fond, mais non, c’est encore pire », s’exclame David Beasley, directeur exécutif du Programme alimentaire mondial (PAM), lui aussi au Yémen: « Nous recevons la moitié de nos céréales de Russie et d’Ukraine, cette guerre va avoir un impact dramatique. »

« Un mois et demi »

La guerre affame aussi 12,4 millions de Syriens, selon le PAM. Un comble dans un pays autosuffisant en blé jusqu’en 2011 mais qui, après des années d’un conflit où la Russie a aidé militairement le régime, a dû acheter en 2021 « 1,5 million de tonnes de blé, principalement à Moscou », selon le site spécialisé The Syria Report.

Aide alimentaire pour le Soudan. (Domaine public)

La Syrie dit qu’elle s’emploie maintenant à répartir les stocks pour les utiliser sur deux mois.

Le Liban voisin tiendra moins longtemps après l’effondrement du système bancaire qui a plongé 80 % de la population dans la pauvreté et une explosion au port de Beyrouth qui a éventré les silos à céréales en août 2020.

Avec cinq navires venus d’Ukraine qui doivent encore décharger, « nous avons de quoi tenir seulement un mois et demi », affirme à l’AFP Ahmed Hoteit, porte-parole des importateurs de blé libanais.

Habituellement, « 80 % des 600 000 à 650 000 tonnes de blé importées viennent d’Ukraine » via des bateaux qui arrivent en sept jours au Liban, dit-il.

L’alternative maintenant, ce sont les Etats-Unis », mais alors, le voyage durera 25 jours, ajoute-t-il.

Au Maghreb, où le blé est la base du couscous comme du pain, le Maroc a augmenté les subventions pour la farine à 350 millions d’euros et suspendu les droits de douane du blé. Un luxe que la Tunisie n’a plus.

En décembre, des bateaux avaient refusé de décharger leur cargaison de blé faute de paiement, a rapporté la presse au pays du jasmin où la dette se creuse au fur et à mesure que les réserves en devises fondent.

La Tunisie, dont 60 % des importations de blé viennent d’Ukraine et de Russie, a des réserves jusqu’en juin, assure malgré tout Abdelhalim Gasmi, du ministère de l’Agriculture.

« Emeutes du pain »

L’Algérie, elle, deuxième consommateur africain de blé et cinquième importateur mondial de céréales, annonce six mois de réserves.

Loin devant, l’Egypte est le premier importateur de blé au monde. Et le deuxième client de la Russie avec 3,5 millions de tonnes achetées jusqu’à mi-janvier, selon S&P Global.

Et même si ces dernières années Le Caire a commencé à acheter ailleurs, notamment en Roumanie, en 2021, 50 % de ses importations de blé venaient encore de Russie et 30 % d’Ukraine.

Cette semaine, le gouvernement a assuré avoir encore neuf mois de réserve pour nourrir les 103 millions d’habitants à la croissance démographique exponentielle, dont 70 % bénéficient de cinq pains subventionnés par jour.

Mais d’ajouter : « nous ne pourrons plus acheter aux prix d’avant la crise » avec un blé au plus haut à Chicago depuis 14 ans et à un pic totalement inédit à 344 euros la tonne sur Euronext.

Après avoir réduit le poids de la galette subventionnée, le gouvernement réfléchit aujourd’hui à augmenter son prix.

En 1977, le président d’alors, Anouar al-Sadate, l’avait fait. Aussitôt éclataient « les émeutes du pain », qui n’ont cessé qu’une fois l’ancien prix rétabli.

En savoir plus sur :
Pour commenter, rejoignez
la Communauté du Times of Israël !
Rejoidre la Communauté du Times of Israël
Seuls les membres qui payent un abonnement peuvent commenter les articles. Alors rejoignez nous et profitez d'autres avantages !
Veuillez utiliser un email au format suivant : example@domain.com
Confirm Mail
Merci ! Consultez votre mail maintenant
Vous faites désormais partie de la Communauté du Times of Israël ! Un e-mail contenant votre lien de connexion a été envoyé à . Une fois configuré, vous pourrez profiter de vos avantages et commenter.

Merci pour votre fidélité !

Si vous voyez ce message, ça veut dire que vous faites partie de nos lecteurs les plus assidus. Pour continuer votre lecture, veuillez rejoindre notre Communauté. Rejoignez-nous maintenant !
image
Inscrivez-vous gratuitement
et continuez votre lecture
L'inscription vous permet également de commenter les articles et nous aide à améliorer votre expérience. Cela ne prend que quelques secondes.
Déjà inscrit ? Entrez votre email pour vous connecter.
Veuillez utiliser le format suivant : example@domain.com
SE CONNECTER AVEC
En vous inscrivant, vous acceptez les conditions d'utilisation. Une fois inscrit, vous recevrez gratuitement notre Une du Jour.
Register to continue
SE CONNECTER AVEC
Log in to continue
Connectez-vous ou inscrivez-vous
SE CONNECTER AVEC
check your email
Consultez vos mails
Nous vous avons envoyé un e-mail à .
Il contient un lien qui vous permettra de vous connecter.