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Analyse

Après Ormuz, le régime iranien menace désormais l’accès à la mer Rouge

Selon des analystes, Téhéran pourrait ordonner aux Houthis de fermer Bab el-Mandeb, menaçant davantage le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique

Des soldats yéménites patrouillent dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, au Yémen, le 5 avril 2026 (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP)
Des soldats yéménites patrouillent dans le détroit stratégique de Bab el-Mandeb, au Yémen, le 5 avril 2026 (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP)

BEYROUTH (Reuters) – Après avoir paralysé le trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, le régime iranien laisse désormais entendre qu’il pourrait jouer sa carte la plus dangereuse à ce jour : mobiliser ses alliés houthis au Yémen pour fermer le détroit de Bab el-Mandeb, porte d’entrée de la mer Rouge.

Une telle décision ouvrirait un nouveau front contre Washington et menacerait simultanément deux des voies d’acheminement énergétique les plus vitales au monde.

Alors que les frappes américaines contre l’Iran s’intensifient et que les Houthis multiplient leurs attaques, les analystes estiment que le régime de Téhéran cherche à élargir le conflit afin d’accroître la pression sur Washington, en étendant à la mer Rouge les menaces qui pèsent sur le commerce mondial et les approvisionnements énergétiques.

Le régime de Téhéran a déjà démontré la puissance de son principal levier stratégique en perturbant le trafic dans le détroit d’Ormuz. Il semble désormais prêt à ouvrir un second point de pression à Bab el-Mandeb, l’étroit passage reliant la mer Rouge au golfe d’Aden, par lequel transitent les exportations pétrolières saoudiennes ainsi qu’une part importante du commerce maritime mondial.

Un haut responsable yéménite a averti lundi que les forces armées du pays étaient prêtes à fermer le détroit de Bab el-Mandeb si l’Arabie saoudite poursuivait ses attaques contre le Yémen. Une telle mesure pourrait, selon lui, faire bondir les cours du pétrole à 200 dollars le baril, a rapporté le site de la chaîne iranienne Press TV.

Mohammed al-Farah, membre de la branche politique d’Ansarullah, le groupe terroriste des Houthis, a accusé Washington d’encourager l’Arabie saoudite à frapper le Yémen, tout en affirmant qu’une telle escalade ne servirait pas les intérêts américains.

« Si la situation actuelle continue de se détériorer, le détroit de Bab el-Mandeb et celui d’Ormuz seront fermés dans le cadre d’une action coordonnée. Les cours du pétrole s’envoleraient alors jusqu’à 200 dollars le baril, provoquant un choc terrible », a-t-il averti.

Avec en arrière-plan un méthanier transportant du GPL (gaz de pétrole liquéfié), un soldat yéménite navigue dans les eaux au nord du détroit de Bab el-Mandeb à Mokha, au Yémen, le 6 avril 2026 (Crédit : Abdulnasser Alseddik/AP)

Si Ormuz demeure le levier stratégique le plus puissant de Téhéran, Bab el-Mandeb pourrait constituer sa dernière grande carte, estiment les analystes.

« L’Iran est prêt à aller jusqu’au bout », a déclaré à Reuters Fawaz Gerges, spécialiste du Moyen-Orient. Selon lui, Téhéran cherche à montrer à Washington qu’il est en mesure de menacer simultanément les deux principaux goulets d’étranglement maritimes de la région, transformant ainsi un affrontement bilatéral en une menace pour les routes dont dépend le commerce énergétique mondial.

« Aujourd’hui, [Téhéran] intensifie le conflit à la fois localement et à plus grande échelle. Le message est clair : non seulement Ormuz, mais aussi Bab el-Mandeb, sont désormais menacés. »

Un engrenage de l’escalade

Pour les analystes, le principal risque réside moins dans un retour immédiat à une guerre ouverte que dans « l’engrenage de l’escalade », chaque camp augmentant progressivement la pression sans pour autant franchir le seuil d’une confrontation directe.

À mesure que le conflit s’étend du Golfe à la mer Rouge, les menaces croissantes qui pèsent sur le commerce mondial et l’approvisionnement énergétique pourraient également pousser Washington et Téhéran à reprendre les négociations avant que les deux principaux goulets d’étranglement pétroliers de la planète ne deviennent le principal théâtre du conflit.

Des hommes se prosternent devant un immense drapeau iranien lors d’un rassemblement des Houthis, soutenus par la République islamique, à Sanaa, le 16 juin 2026. (Crédit : Mohammed Huwais/AFP)

Pour Dennis Ross, ancien négociateur américain pour la paix au Moyen-Orient, « la question, pour Washington, est de savoir comment amener les Iraniens à revoir leur position afin qu’ils soient prêts non seulement à reprendre les discussions, mais aussi à négocier un accord véritablement acceptable ».

Attaques des Houthis contre la navigation commerciale

Les Houthis ont déjà démontré leur capacité à perturber le commerce mondial via le détroit de Bab el-Mandeb.

Après le déclenchement de la guerre de Gaza à la suite du pogrom perpétré par le groupe terroriste palestinien du Hamas dans le sud d’Israël le 7 octobre 2023, les Houthis, soutenus par le régime iranien, ont lancé une campagne d’attaques contre la navigation commerciale en mer Rouge, affirmant viser des navires liés à Israël en soutien aux Palestiniens.

Ils ont également lancé des dizaines de missiles et de drones contre Israël, entraînant une riposte israélienne de grande ampleur contre les infrastructures stratégiques des Houthis ainsi que contre plusieurs de leurs dirigeants.

Des flammes et de la fumée s’élèvent suite à une frappe aérienne israélienne sur la capitale yéménite contrôlée par les Houthis, Sanaa, le 10 septembre 2025. (Crédit : AP)

Cette campagne a contraint les grandes compagnies maritimes à détourner leurs navires par le cap de Bonne-Espérance, renchérissant considérablement le coût du transport de marchandises. Elle a également entraîné des frappes aériennes américaines et britanniques, ainsi que le déploiement d’une force navale multinationale pour sécuriser la navigation en mer Rouge.

Andreas Krieg, maître de conférences à la School of Security Studies du King’s College de Londres, a qualifié la dernière menace des Houthis de « seconde option nucléaire » pour la République islamique d’Iran, après le détroit d’Ormuz – un levier auquel, selon lui, Téhéran ne recourrait que si le Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) concluait qu’un retour à une guerre totale était devenu inévitable.

Il a toutefois averti que si Washington intensifiait ses frappes contre les infrastructures stratégiques iraniennes, le régime de Téhéran pourrait riposter en demandant à ses alliés houthis de fermer le détroit de Bab el-Mandeb, aggravant ainsi le choc économique déjà provoqué par les perturbations dans le détroit d’Ormuz.

Abdulaziz Sager, président du Gulf Research Center, basé en Arabie saoudite, estime pour sa part que les États du Golfe sont de plus en plus nombreux à considérer que la voie diplomatique avec le régime iranien a atteint ses limites, malgré le coût élevé qu’une confrontation régionale plus large ferait peser sur eux.

« Tant un Iran victorieux qu’un Iran vaincu auraient des conséquences pour la région », a-t-il déclaré, ajoutant que « de nombreux États du Golfe pourraient considérer les coûts de cette dernière option comme plus acceptables si elle débouchait sur un environnement régional plus stable sur le plan sécuritaire ».

Des Houthis brandissent leurs armes lors d’un rassemblement de solidarité avec le Liban et l’Iran dans la banlieue de Sanaa, le 2 juillet 2026 (Crédit : AFP)

Selon Sager, les Houthis conservent la capacité de perturber la navigation dans le détroit de Bab el-Mandeb, mais ils ne devraient pas s’engager dans une nouvelle escalade sans directives explicites du régime de Téhéran.

Toute tentative des Houthis de menacer la navigation pourrait, a-t-il ajouté, entraîner une riposte militaire plus large des États-Unis et de leurs partenaires, destinée à affaiblir considérablement les capacités du groupe terroriste.

La guerre, lancée fin février par les États-Unis et Israël, a déstabilisé le Golfe avant de s’étendre à l’ensemble de la région, l’Iran ayant lancé des attaques contre des bases américaines et cibles civiles dans plusieurs pays.

Israël et les États-Unis ont lancé cette guerre afin de mettre un terme au programme nucléaire iranien, de neutraliser la menace représentée par les missiles de la République islamique et, à terme, de déstabiliser le régime.

L’équipe du Times of Israël a contribué à cet article

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