L’aviation israélienne à la Syrie: « N’attaquez pas, nous n’attaquerons pas »
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L’aviation israélienne à la Syrie: « N’attaquez pas, nous n’attaquerons pas »

Des avions israéliens survolent constamment la Syrie pour empêcher une implantation iranienne, selon un officier supérieur

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Un avion de chasse F-15I  lors d'un vol acrobatique au cours d'une cérémonie organisée sur la base aérienne de  Hatzerim, près de Beer Sheva, le 23 juin 2013. (Crédit : Ofer Zidon/Flash90)
Un avion de chasse F-15I lors d'un vol acrobatique au cours d'une cérémonie organisée sur la base aérienne de Hatzerim, près de Beer Sheva, le 23 juin 2013. (Crédit : Ofer Zidon/Flash90)

Mercredi, un officier supérieur de l’armée de l’air israélienne a adressé un avertissement clair à l’armée syrienne : Si vous lancez vos défenses aériennes contre nous, nous les ferons exploser.

Depuis des années, Israël mène une campagne discrète contre les intérêts iraniens dans le pays. Cette campagne a été révélée et s’est considérablement intensifiée en février, lorsqu’un drone iranien transportant des explosifs a brièvement pénétré dans l’espace aérien israélien avant d’être abattu.

Bien qu’il n’y ait pas eu d’affrontements ouverts entre l’Iran et Israël depuis près de deux semaines, l’Armée de l’air israélienne a continué à effectuer quotidiennement diverses missions liées à la Syrie, selon l’officier supérieur, qui s’est entretenu avec les journalistes sous couvert de l’anonymat.

Israël a déclaré à plusieurs reprises qu’il n’autorisera pas l’Iran à établir un retranchement militaire permanent en Syrie et est prêt à prendre des mesures militaires pour empêcher une telle présence. Ces dernières semaines, l’Armée de l’air israélienne (AAI) a également intensifié ses efforts pour empêcher l’Iran d’exercer des représailles contre Israël pour une frappe aérienne du 9 avril, selon des responsables israéliens.

« Nous ne le faisons pas parce que nous sommes agressifs, mais parce que nous devons constamment défendre activement l’État d’Israël », a expliqué l’officier. « C’est la seule façon d’empêcher l’Iran de prendre des mesures offensives. »

Un système de défense aérienne syrien SA-22 qui s’apprête à être détruit, le 10 mai 2018 (Forces de défense israéliennes)

En plus de mener des opérations militaires pour contrecarrer les agissements iraniens, l’armée cette semaine a également semblé se tourner vers des menaces publiques, à la fois explicites et un peu plus subtiles, contre l’Iran et ses alliés.

Mercredi, l’officier supérieur de l’AAI a déclaré que l’armée était prête à continuer à détruire les défenses aériennes syriennes – comme elle l’a fait lors des affrontements aériens du 10 février et du 10 mai – si la Syrie continue à tirer sur les avions de combat israéliens.

« Toutes les batteries qui tirent sur les avions israéliens seront détruites. Toutes les batteries qui ne tirent pas sur nous ne seront pas détruites », a précisé l’officier.

L’un des deux premiers chasseurs furtifs F-35 d’Israël décolle pour son premier vol dans le cadre de l’armée de l’air israélienne le 13 décembre 2016. (Unité du porte-parole de Tsahal)

« Cette politique se poursuivra, a-t-il ajouté.

Mardi, le chef de l’Armée de l’air Amikam Norkin a révélé qu’Israël avait utilisé ses avions de combat F-35 pour effectuer des frappes aériennes en Syrie, ce qui en fait le premier pays au monde à utiliser la cinquième génération d’avions opérationnels, un indice de la capacité opérationnelle d’Israël.

Norkin a également fait cette déclaration alors qu’il se tenait devant une photo de l’avion furtif volant dans le ciel au-dessus de Beyrouth – que le principal mandataire de l’Iran, le Hezbollah, considère comme étant à lui.

Mercredi, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a fait le serment qu’Israël « ne laissera pas l’Iran établir des bases militaires en Syrie, et nous ne laisserons pas l’Iran développer des armes nucléaires », lors d’une visite à une conférence de responsables des forces aériennes étrangères à la base aérienne de Tel Nof dans le centre d’Israël.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu est accompagné par le commandant de la base de Tel Nof de l’armée de l’air israélienne, le général de brigade Peleg Niego, le 23 mai 2018. (Kobi Gideon/GPO)

« L’armée de l’air israélienne joue un rôle crucial dans la mise en œuvre de cette politique et elle l’a fait de façon constante et efficace au cours des dernières années », a déclaré M. Netanyahu.

Israël vs. Iran

L’officier de l’AAI a déclaré que l’armée pense que le drone envoyé dans l’espace aérien israélien le 10 février était en mission d’attaque, mais ne sait pas quelle était sa cible. Les explosifs sur le drone n’étaient pas non plus sous forme de missiles ou d’autres munitions, dit-il, ce qui rend la méthode d’attaque spécifique également peu claire.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu tient un morceau du drone iranien abattu dans l’espace aérien israélien au troisième jour de la 54e conférence de Munich sur la sécurité organisée à l’hôtel Bayerischer Hof, dans le sud de l’Allemagne, le 28 février 2018 (Capture d’écran)

« Comment était-il censé exploser, nous ne le savons pas. Mais ce n’était pas un ‘touriste' », a dit l’officier, s’exprimant en anglais.

L’Armée de l’air israélienne a mené une série de raids contre des cibles iraniennes à l’intérieur de la Syrie, notamment la base aérienne T-4 en Syrie centrale à partir de laquelle le drone a été envoyé.

Selon l’officier, le drone iranien et la station de commandement et de contrôle à partir de laquelle il a été lancé ont été bombardés par des avions israéliens « simultanément », un exploit qui, selon lui, a montré un haut degré de capacité technique et de collecte de renseignements.

Au cours de l’attaque aérienne, un F-16 israélien a été abattu par un missile antiaérien syrien, ce qui a incité les forces aériennes à lancer une deuxième série de frappes, cette fois contre les défenses aériennes de la Syrie.

Le mois dernier, Israël a mené une autre frappe sur la base aérienne T-4 pour détruire un système antiaérien avancé récemment livré par l’Iran, tuant au moins sept membres du Corps des Gardiens de la révolution islamique de l’Iran, dont un officier supérieur.

L’Iran a immédiatement promis de se venger, et l’armée israélienne a entrepris de contrecarrer ces tentatives de représailles en ciblant les systèmes d’armes iraniens en Syrie, dans une opération baptisée « Opération Échecs ».

Le 10 mai, la Force Al-Qods du Corps des Gardiens de la révolution islamique a lancé 32 roquettes sur la ligne défensive avancée d’Israël sur la frontière du plateau du Golan, a indiqué Israël. Quatre d’entre eux ont été abattus ; les autres n’ont pas atteint le territoire israélien. En réponse, au cours des deux heures suivantes, des avions à réaction israéliens ont tiré des douzaines de missiles sur des cibles iraniennes en Syrie et détruit un certain nombre de systèmes de défense aérienne syriens.

Selon l’officier supérieur de l’AAI, la Syrie dispose d’un réseau de défense aérienne robuste, avec la « population la plus dense de missiles sol-air, de tous types et de toutes sortes, dans le monde entier ».

Selon l’officier, depuis février, des centaines de missiles antiaériens ont été tirés sur des avions de combat israéliens, dont plus d’une centaine le 10 mai.

Il a rejeté l’idée que les systèmes antiaériens syriens ne constituent pas une menace réelle pour les avions de combat israéliens en raison de leur ancienneté.

Bien que certaines des batteries de défense syriennes datent de plusieurs décennies, il en va de même pour de nombreux avions de combat israéliens – les mises à niveau ne sont pas incluses, a-t-il noté.

« Il n’y a rien de plus facile à faire dans le domaine de la défense aérienne », a-t-il dit.

Chaque jour, nous devons effectuer des missions sans être détectés par les défenses aériennes, les radars et autres moyens de défense

L’officier a également brièvement évoqué la coordination d’Israël avec les troupes russes en Syrie afin d’éviter tout affrontement involontaire entre les deux pays.

« Nous avons un mécanisme en place pour qu’ils sachent quand nous arrivons et quand nous ne venons pas », a-t-il dit.

L’officier a déclaré que le mécanisme a empêché tout conflit grave, bien qu’il ait reconnu que la présence importante de la Russie en Syrie, ainsi que d’un certain nombre d’autres pays, a rendu le travail de la force aérienne plus difficile.

« Chaque jour, nous devons effectuer des missions sans être détectés par les défenses aériennes, les radars et autres moyens de défense », a-t-il conclu.

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