Arrivées de multinationales en Israël, l’État cherche à trouver un équilibre
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Arrivées de multinationales en Israël, l’État cherche à trouver un équilibre

Depuis 2014 jusqu’à la mi-2018, environ 117 firmes multinationales ont implanté leurs centres de recherche et développement en Israël - et ça ne fait pas plaisir à tout le monde

Le centre R & D  d'Apple, à Herzliya (Crédit : autorisation)
Le centre R & D d'Apple, à Herzliya (Crédit : autorisation)

Plus tôt cette année, un conflit en ligne opposant une start-up israélienne et Amazon, focalisé sur le « vol » des talents par le géant américain du e-commerce, a mis en lumière l’équilibre difficile entre les avantages à voir s’implanter et travailler des multinationales en Israël et les dégâts que leurs activités peuvent infliger à l’éco-système technique local. On assiste, en effet, à une augmentation des salaires et à une pénurie d’employés qualifiés.

La plupart des multinationales en Israël opèrent par le biais de centres de Recherche et de Développement (R&D), qu’elles installent progressivement après l’acquisition de start-ups locales.

Pourtant, le pays voudrait maintenant inciter les multinationales à diversifier leurs activités, en les encourageant à ajouter de la production à leur R&D locale et à créer des pôles d’innovation – où des start-ups et des entreprises peuvent travailler ensemble pour développer et tester des technologies – ou des incubateurs, où le start-ups sont assistées par des entreprises afin d’accélérer le développement de leur produit.

Ces géants pourraient aussi renforcer leur présence en Israël en investissant dans des fonds locaux ou en ouvrant leurs propres opérations de capital pour investir dans des start-ups locales.

Guy Hilton, manager général de Startup Nation Central (Autorisation : Startup Nation Central)

« Les multinationales implantent des centres de R&D en Israël à un rythme croissant, a déclaré Guy Hilton, le directeur général de Nation Start-Up Central (NSC), une organisation à but non lucratif qui vise à connecter les start-ups israéliennes à des entreprises, des gouvernements et de ONG à travers le monde ».

« D’un côté, c’est super pour l’économie et pour le pays : plus il y a d’entreprises internationales qui travaillent ici, plus cela contribue à renforcer la crédibilité d’Israël en matière d’industrie de la haute technologie, avec une plus grande connectivité dans le monde. Les multinationales servent aussi comme une sorte d’académie non-officielle pour les Israéliens qui peuvent apprendre comment travailler avec des grandes entreprises. Nous ne devons pas minimiser l’importance de ce phénomène dans l’éco-système israélien au fil des années ».

« D’un autre côté, il n’est plus possible d’ignorer le fait que les très hauts salaires offerts par les multinationales pour les services de R&D compliquent la tâche des start-ups qui ne peuvent pas s’aligner et embaucher les bonnes personnes », a déclaré Hilton dans un entretien avec The Times of Israël.

Aharon Aharon, le chef de l’Autorité d’Innovation d’Israël, a également averti d’un risque de retour de manivelle pour les hauts salaires versés par les multinationales. De fait, l’autorité a pour mission de fixer les politiques d’Israël dans le secteur de la technologie.

Diversifier, pas simplement multiplier

Dans un entretien publié mercredi par le quotidien en hébreu Calcalist, Aharon a expliqué qu’Israël ne devrait pas encourager les multinationales à installer de nouveaux centres de R&D, mais devrait plutôt les inviter à diversifier leurs activités localement.

Ses commentaires ont fait écho aux sentiments qu’il avait exprimés dans un entretien avec le Times of Israël l’année dernière.

Aharon Aharon, directeur-général de l’Autorité de l’innovation israélienne (Autorisation)

« Si vous me demandez si je devrais être content ou triste qu’un autre géant comme Microsoft, Cisco, Appel et Amazone vient ici, ma réponse sera triste, a déclaré Aharon à Calcalist. Si une autre entreprise de ce type s’installe, elle volera plus de personnes d’un endroit à l’autre, et cela pourrait bien se faire aux dépens des entreprises israéliennes. Cela n’apportera pas beaucoup de bénéfices à notre pays, mais cela entraînera une autre augmentation des salaires. Aujourd’hui, nous avons les salaires les plus élevés au monde dans le domaine de la haute technologie ».

Aharon, un ancien directeur du centre R&D d’Apple en Israël, ne pense pas que le gouvernement devrait intervenir dans ce domaine, mais il a souligné que le gouvernement « n’a pas à soutenir » non plus l’installation de nouveaux centres R&D. « Ceux qui viendront viendront, mais ils ne recevront pas de financements du gouvernement », a-t-il préconisé.

Dans un entretien accordé du Times of Israël l’année dernière, Aharon avait déclaré que les multinationales devraient être encouragées à élargir leurs intérêts de l’informatisation, de la communication et des programmes informatiques vers des domaines comprenant la biotechnologie, la médecine, et aussi à développer d’autres activités, comme la production, le design et les produits d’ingénierie.

La Nation Start-Up Central essaie aussi de montrer aux entreprises internationales que s’il « y a encore de la place pour la croissance de l’activité des multinationales ici » — tout particulièrement dans les secteurs de la pharmacie, de la santé numérique, de la technologie de l’agro-alimentaire — elles devraient aussi réfléchir à d’autres formes de participation à l’éco-système local.

« De manière générale, il y a beaucoup d’avantages à s’impliquer dans l’éco-systpme à travers de modèles alternatifs, pas seulement en achetant une entreprise pour la transformer en centre de R&D ». Ces nouveaux modèles d’opération ont « pris de l’ampleur au cours des 12-18 derniers mois », a déclarlé Hilton du NSC dans un entretien.

« L’acquisition de start-ups locales ou l’embauche de meilleurs développeurs informatiques aura toujours lieu, et c’est normal, tant qu’il y a un équilibre entre les talents qui vont vers les start-ups et ceux qui vont vers les multinationales », a-t-il déclaré.

Environ 23,4 nouveaux centres de R&D de multinationales se sont installés chaque année en Israël depuis 2014.

Les données recueilles par le NSC montrent qu’il y a maintenant environ 303 multinationales qui opèrent en Israël. Elles dirigent 344 centres de R&D actuellement actifs, et certaines multinationales ont plus d’un centre de R&D.

Le bâtiment SAP dans la zone industrielle de Raanana, conçu par Yashar Architects Ltd (Crédit : Uri Porat)

Selon le Bureau Central de Statistiques, entre 1989 et 2004, les multinationales ont ouvert des centres de R&D en Israël avec une moyenne de 3,6 par an. Pourtant, depuis 2004, le rythme a augmenté, et, selon les données recueilles par le NSC, au cours des 12 dernières années, Israël a vu 19,5 centres de R&D ouvrir par des multinationales chaque année.

Depuis 2014 jusqu’aux six premiers mois de 2018, environ 117 entreprises multinationales en provenance de 21 pays ont ouvert un centre de R&D en Israël. C’est une moyenne de 23,4 centres de R&D par an, selon les données.

Plus de la moitié des centres d’innovations de multinationales ouverts en Israël au cours de cinq dernières années proviennent d’entreprises basées aux Etats-Unis — 67 au total. Des entreprises canadiennes ont ouvert cinq centres et les compagnies britanniques et chinoises en ont installés sept pour chaque pays. Des multinationales du Japon, de la Suisse, de l’Allemagne, de la France, de l’Inde, de la Hollande et de la Russie sont aussi actives en Israël à travers leurs centres R&D

Les cinq secteurs le plus importants de ces centres sont les logiciels informatiques et la programmation ; les semi-conducteurs ; les équipements de télécommunication, la technologie de l’information et des services ; les équipements médicaux ; les services financiers et bancaires, selon les données du NSC.

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