Assad, défendu par Moscou, poursuit ses raids meurtriers sur un fief rebelle
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Violence inédite depuis le début de la guerre en 2011

Assad, défendu par Moscou, poursuit ses raids meurtriers sur un fief rebelle

Au moins 382 civils, dont des enfants, ont péri dans les bombardements menés sans relâches dans la Ghouta orientale

Un nourrisson syrien souffrant de malnutrition sévère est pesée dans une clinique d'Hamouria, ville contrôlée par les rebelles, dans la région orientale de la Ghouta, en périphérie de Damas, le 21 octobre 2017. (Crédit : AFP / Amer ALMOHIBANY)
Un nourrisson syrien souffrant de malnutrition sévère est pesée dans une clinique d'Hamouria, ville contrôlée par les rebelles, dans la région orientale de la Ghouta, en périphérie de Damas, le 21 octobre 2017. (Crédit : AFP / Amer ALMOHIBANY)

Le régime syrien a repris jeudi ses frappes aériennes sur la Ghouta orientale, faisant fi des appels internationaux à stopper le bain de sang dans ce fief rebelle où cinq jours de pilonnage dévastateur ont tué plus de 380 civils, dont des enfants.

Le patron de l’ONU Antonio Guterres a demandé une trêve immédiate et dénoncé un « enfer sur Terre » dans cette région aux portes de Damas. L’Allemagne a appelé à faire cesser le « massacre ». Les ONG se sont dites horrifiées par l’ampleur des bombardements, d’une violence inédite depuis le début de la guerre en 2011.

Et le Conseil de sécurité devrait voter, probablement jeudi, sur un projet de résolution réclamant un cessez-le-feu de 30 jours pour permettre l’accès à la Ghouta orientale, région assiégée depuis 2013 par le régime et en proie à de graves pénuries de nourritures et de médicaments.

Le chef de la diplomatie russe Sergueï Lavrov a assuré que son pays, grand allié de Damas, était prêt à examiner, sous certaines conditions, le projet de résolution du Conseil de sécurité sur la Ghouta orientale, alors que Moscou utilise régulièrement son droit de veto pour protéger le régime.

Le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov s’entretient avec des journalistes aux Nations Unies le 19 janvier 2018. (AFP Photo/Don Emmert)

Il a précisé que Moscou avait proposé « il y a quelques jours » aux combattants de la Ghouta orientale d’évacuer le secteur mais que des jihadistes et leurs alliés avaient « catégoriquement rejeté cette proposition ».

Pour le cinquième jour consécutif, les forces du président syrien Bachar al-Assad soumettaient jeudi cette région à un déluge de feu, prélude à une offensive terrestre pour la reprendre.

Le coût humain est énorme. Les destructions sont colossales. Plus de 400 civils, dont une centaine d’enfants, ont été tués depuis dimanche.

Au moins 46 civils, dont sept enfants, sont morts jeudi dans des frappes aériennes et un déluge de roquettes visant plusieurs localités, selon l’Observatoire syrien des droits de l’Homme (OSDH).

Les corps de 26 civils, ayant péri les jours précédents, ont également été retirés des décombres, selon l’OSDH.

Sur la route menant à un hôpital de Douma, grande ville de la Ghouta orientale, des mares de sang sont visibles partout, selon un correspondant de l’AFP. A l’hôpital, des corps enveloppés de linceuls blancs, dont ceux de deux enfants, gisent au sol.

Dans la localité de Hammouriyé, des habitants se pressent devant un magasin pour acheter de la nourriture, avant de prendre la fuite. Des obus ont explosé à proximité.

‘Campagne d’annihilation’

Sur la scène internationale, les condamnations se sont multipliées, en vain.

Le Haut-Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, a appelé la communauté internationale à « mettre un terme à cette monstrueuse campagne d’annihilation ».

Le Haut-Commissaire des Nations unies aux droits de l’Homme, Zeid Ra’ad Al Hussein, à une conférence de presse sur le Venezuela aux bureaux des Nations unies à Genève, en Suisse, le 30 août 2017 (Crédit : AFP / Fabrice COFFRINI)

Car l’opération militaire du régime lancée dimanche a fait au moins 382 morts parmi les civils, dont plus de 90 enfants, et plus de 1 900 blessés, selon un nouveau bilan de l’Observatoire.

Pendant la même période, 15 personnes ont été tuées par la chute à Damas, bastion du régime, d’obus et de roquettes tirés par des rebelles islamistes ou des jihadistes depuis la Ghouta, selon les médias d’Etat et l’OSDH.

Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a réclamé un accès à la Ghouta orientale pour porter secours aux blessés, qui meurent selon lui faute de soins immédiats et de matériel médical.

Ces trois derniers jours seulement, 13 hôpitaux où intervient l’ONG Médecins sans frontières ont été bombardés dans la Ghouta orientale, selon l’organisation.

« Le régime prétend viser des groupes armés mais en vérité il ne vise que les civils ! », s’est insurgé Ahmed Abdelghani, médecin dans les hôpitaux bombardés de Hammouriyé et Arbine. « C’est un hôpital civil, pourquoi le régime nous vise-t-il ? »

L’Arabie saoudite et les Emirats arabes unis, mais aussi le Qatar, ont appelé jeudi à mettre fin à l’escalade de la violence dans la Ghouta orientale, où quelque 400 000 habitants subissent au quotidien un siège asphyxiant.

Moscou défend Damas

Le régime cherche à reprendre la Ghouta orientale, pour, dit-il, stopper les tirs de roquettes sur Damas. Selon le quotidien syrien Al-Watan, l’offensive terrestre « d’envergure peut commencer à tout moment ».

Depuis dimanche, 16 personnes ont été tuées à Damas, bastion du régime, par des tirs d’obus et de roquettes des rebelles depuis la Ghouta orientale, selon les médias d’Etat et l’OSDH.

Un enfant a ainsi été tué jeudi par un tir d’obus sur un quartier de la capitale, selon l’agence officielle Sana.

Depuis le début en 2011 de la guerre en Syrie, plusieurs zones rebelles, comme la vieille ville de Homs en 2012 ou Alep en 2016, ont été écrasées par des bombardements et un siège étouffant, pour forcer les combattants anti-régime à déposer les armes.

Le conflit en Syrie, qui a fait plus de 340 000 morts, a d’abord opposé les rebelles au régime puis s’est complexifié avec l’implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Avec l’intervention de la Russie en 2015, le régime Assad, qui était en mauvaise posture, a réussi à reprendre le contrôle de plus de la moitié du territoire.

Moscou a de nouveau défendu son allié jeudi. « Ceux qui sont responsables de la situation dans la Ghouta orientale sont ceux qui soutiennent les terroristes qui s’y trouvent encore. Et comme vous le savez, ni la Russie, ni la Syrie, ni l’Iran ne font partie de cette catégorie de pays », a dit le Kremlin.

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