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Attentat à Halle : « Nous devons protéger » les Juifs en Allemagne – président

Frank-Walter Steinmeier a jugé que cette journée marquait "un jour de honte et d'opprobre" pour l'Allemagne ; Merkel a promis "la tolérance zéro" face à "la haine"

Le président allemand Frank-Walter Steinmeier à la synagogue de Halle, au lendemain d'un attentat, le 10 octobre 2019. (Crédit : AXEL SCHMIDT)
Le président allemand Frank-Walter Steinmeier à la synagogue de Halle, au lendemain d'un attentat, le 10 octobre 2019. (Crédit : AXEL SCHMIDT)

Les plus hauts représentants de l’Etat se sont rendus jeudi à la synagogue de Halle au lendemain d’un attentat antisémite et alors que les critiques fusent dans la communauté juive, qui exige une meilleure protection et une mobilisation accrue contre l’extrême droite en plein essor.

« Nous devons protéger » les Juifs en Allemagne, a affirmé le président allemand Frank-Walter Steinmeier, au lendemain de l’attentat qui a visé une synagogue à Halle et fait deux morts.

« Nous devons protéger la communauté juive » en Allemagne, « il doit être clair que l’Etat prend la responsabilité de la communauté juive, de la sécurité de la communauté juive en Allemagne », a ajouté le chef de l’Etat devant la synagogue de Halle, alors que la communauté juive s’est plainte de l’absence de protection policière au moment des faits.

Il a jugé que cette journée marquait « un jour de honte et d’opprobre » pour l’Allemagne.

Auparavant, le président allemand avait déposé une gerbe de fleurs blanches devant la porte de la synagogue que l’assaillant lourdement armé, un Allemand de 27 ans, a tenté d’enfoncer mercredi alors que des dizaines de personnes se trouvaient à l’intérieur en ce jour de Yom Kippour, la fête religieuse juive la plus importante.

Un homme armé tire dans une rue de Halle, en Allemagne, après une fusillade devant une synagogue dans la même ville, faisant deux morts. (Crédit : capture d’écran / Andreas Splett / ATV-Studio Halle / AFP)

Il n’en a été empêché que par les portes fermées à double tour par mesure de sécurité, qui ont résisté à ses tirs de fusil à pompe.

Dans une déclaration solennelle, Frank-Walter Steinmeier, le visage fermé, a dénoncé « un attentat lâche ».

Il a aussi enjoint à « l’ensemble de la société allemande » de faire preuve de « solidarité dans une attitude claire et déterminée » vis-à-vis des quelque 225 000 Juifs qui vivent en Allemagne.

Le dirigeant de la communauté juive, Josef Schuster, ainsi que d’autres responsables juifs ont vivement critiqué le manque de sécurité aux abords du bâtiment religieux.

Ils ont également exigé une meilleure protection et une mobilisation accrue contre l’extrême droite, qui multiplie les succès électoraux et siège avec quelque 90 députés à la chambre basse du Parlement, le Bundestag.

La communauté juive allemande est en plein essor en Allemagne, 75 ans après l’Holocauste, à la faveur de l’arrivée depuis le début des années 1990 de nombreux Juifs de l’ex-URSS.

« Tolérance zéro »

L’ensemble du monde politique allemand a dénoncé cet attentat et la chancelière allemande Angela Merkel s’est rendue dès mercredi soir dans l’une des grandes synagogues de Berlin pour exprimer sa solidarité.

La chancelière allemande Angela Merkel (au centre) parle avec la rabbin Gesa Ederberg (à gauche) et d’autres membres de la communauté juive lors d’une veillée devant la Nouvelle Synagogue à Berlin, le 9 octobre 2019. (Photo d’Anton Roland LAUB / AFP)

La chancelière allemande a promis « la tolérance zéro » face à « la haine » jeudi au lendemain de l’attentat.

« Les représentants de l’Etat de droit doivent utiliser toutes les voies de l’Etat de droit pour combattre la haine, la violence (…) c’est la tolérance zéro », a déclaré la chancelière dans un discours devant les représentants du syndicat de la métallurgie IG Metall à Nuremberg.

La dirigeante, qui s’est rendue en signe de solidarité dans l’une des principales synagogues de Berlin mercredi soir, s’est dite « choquée et abattue comme des millions de personnes en Allemagne » par cette attaque perpétrée par un homme présenté par la justice comme un Allemand de 27 ans et qui a filmé son forfait et l’a diffusé en direct sur une plateforme de streaming.

« Nous avons échappé de très peu à une attaque horrible contre les gens dans la synagogue et il aurait pu y avoir encore beaucoup plus de victimes », a souligné Mme Merkel.

« Nous nous réjouissons (de l’existence) de chaque synagogue et de chaque communauté juive dans notre pays », a-t-elle insisté.

Le ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, doit lui se rendre à Halle un peu plus tard en compagnie d’un représentant du Congrès juif mondial, Maram Stern, et du président du Conseil central des Juifs d’Allemagne, Josef Schuster.

Ce dernier, figure écoutée en Allemagne, a vivement mis en cause la police quelques heures après l’attentat qui a fait deux morts et bouleversé le pays, en jugeant « scandaleux » que la synagogue visée par le tireur n’ait pas fait l’objet d’une protection policière mercredi en ce jour de Yom Kippour, la grande fête religieuse juive.

La communauté juive, en plein essor depuis l’arrivée de nombreux Juifs de l’ex-URSS au début des années 90, réclame une meilleure protection, dans un contexte de hausse continue des actes antisémites dans le pays.

L’an dernier, ils ont augmenté de près de 20 % par rapport à 2017, à 1 799, selon les statistiques de la police. L’Allemagne compte la troisième plus grande communauté en Europe, derrière la France et la Grande-Bretagne, selon la chercheuse Niele Wissmann.

NSU

La mouvance néonazie est à l’origine d’une bonne partie d’entre eux, dans un contexte d’essor continu de l’extrême droite politique en Allemagne, qui veut en finir avec la culture du repentir national pour les horreurs du IIIe Reich.

L’attentat intervient après le meurtre en juin d’un élu pro-migrants du parti conservateur de la chancelière Angela Merkel (CDU). Le principal suspect est un membre de la mouvance néonazie.

Cette affaire a rappelé la tuerie xénophobe d’un groupuscule néonazi, NSU, responsable du meurtre d’une dizaine d’immigrés en Allemagne à partir de 2000.

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