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Attentat de la rue Copernic: la justice ordonne une nouvelle expertise

Le parquet de Paris et les parties civiles, qui réclament un procès aux assises 38 ans après cette attaque à la bombe, avaient fait appel du non-lieu prononcé en janvier

Scène de l'attentat contre la synagogue de la rue de Copernic, à Paris, en 1980. (Crédit : AFP)
Scène de l'attentat contre la synagogue de la rue de Copernic, à Paris, en 1980. (Crédit : AFP)

Trente-huit ans après l’attentat de la rue Copernic à Paris, la justice a renvoyé vendredi sa décision sur un éventuel procès de l’unique suspect libano-canadien Hassan Diab, en ordonnant, contre toute attente, un nouvelle expertise graphologique.

Ce 3 octobre 1980, devant une synagogue du centre de Paris, quatre personnes avaient été tuées et 46 autres blessées lors de cette attaque à la bombe, la première à avoir frappé mortellement la communauté juive en France depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Extradé du Canada et incarcéré à l’automne 2014, l’unique suspect Hassan Diab a toujours nié toute implication. En janvier, cet ancien professeur de sociologie de 64 ans a bénéficié d’un non-lieu des juges d’instruction antiterroristes, « faute de charges suffisantes ».

Le parquet de Paris, qui avait requis son renvoi aux assises, avait fait appel, mais celui n’étant pas suspensif, M. Diab avait été immédiatement libéré après plus de trois ans de prison. Il est depuis reparti au Canada.

Vendredi, les différentes parties s’attendaient à ce que la cour d’appel de Paris confirme ce non-lieu ou bien ordonne le procès réclamé par les victimes.

Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel les a surpris en ordonnant finalement un supplément d’information pour qu’un juge d’instruction antiterroriste fasse d’abord réaliser une contre-expertise graphologique, d’ici au 15 février 2019, selon des sources concordantes.

Les analyses d’écriture d’une fiche d’hôtel de cinq mots avaient en effet été au cœur de la demande d’extradition de M. Diab, formulée par la France en 2008 auprès du Canada.

Cette photo prise le 24 mai 2016 montre à Hassan Diab qui a été arrêté en novembre 2008 pour son rôle présumé dans l’attentat de la synagogue de la rue Copernic en 1980 au palais de justice de Paris, en France (Crédit : AFP PHOTO / BERTRAND GUAY)

Cette fiche avait été remplie à l’époque des faits par un certain Alexander Panadriyu, qui serait, selon les enquêteurs, une fausse identité utilisée par Hassan Diab.

Pour tenter de contrer l’extradition, la défense avait alors produit quatre analyses invalidant les expertises initiales et la France avait produit à son tour une contre-expertise à charge.

« Doute »

« La cour a un doute (…) et elle veut fermer toutes les portes avant de se prononcer », a réagi l’avocat de M. Diab, Me William Bourdon.

« Elle a un doute sur un point qui a fait l’objet de nombreux travaux », or « des experts internationaux ont mis en pièces les expertises initiales », a-t-il ajouté après ce « nouveau rebondissement qui laisse confiant sur l’issue finale ».

« C’est évidemment une déception », a réagi l’avocat d’une des victimes, Me Eric Morain. « J’espère que ça ne va pas apparaître par la suite comme une sorte de préparation pour les parties civiles à une décision totalement négative. (…) Les preuves, ça se débat devant une cour d’assises, pas au stade de l’instruction où on débat d’abord des charges », a-t-il commenté.

Jamais revendiquée, l’attaque avait été attribuée par les enquêteurs au Front populaire de libération de la Palestine-Opérations spéciales (FPLP-OS), groupe né d’une scission du FPLP. Les renseignements français avaient fini par identifier Hassan Diab en 1999.

Outre des expertises graphologiques, l’accusation a toujours mis en avant plusieurs notes des services de renseignement, la ressemblance du suspect avec des portraits-robots de l’époque, et la découverte en 1981 à Rome d’un passeport au nom de M. Diab, avec des tampons d’entrée et de sortie d’Espagne, pays d’où serait parti le commando.

Hassan Diab, lui, a toujours assuré qu’il était à Beyrouth au moment des faits pour passer ses examens à la faculté.

« Les documents de l’université libanaise » et « les témoignages de son ex-épouse et de plusieurs étudiants » ont corroboré sa version, avait souligné à l’audience d’appel son avocat William Bourdon. Il avait dénoncé « un travestissement insensé du dossier » par les parties civiles et le ministère public et avait mis en garde contre « tout fanatisme judiciaire ».

Au Canada, une enquête indépendante a été ouverte en mai pour examiner les conditions, contestées, de l’extradition de M. Diab.

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