Attentat islamiste à Nice : Le Congrès juif européen dénonce « le mal absolu »
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Attentat islamiste à Nice : Le Congrès juif européen dénonce « le mal absolu »

Les communautés juives d'Europe sont solidaires du président Macron et du peuple français, a déclaré Moshe Kantor, président du Congrès juif européen, suite à l'attentat de Nice

Des policiers français montent la garde sur le site d'une attaque au couteau à la Basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre 2020. (Crédit : ERIC GAILLARD / AFP)
Des policiers français montent la garde sur le site d'une attaque au couteau à la Basilique Notre-Dame de Nice, le 29 octobre 2020. (Crédit : ERIC GAILLARD / AFP)

Le Congrès juif européen (CJE) s’est dit jeudi « bouleversé et indigné » par l’attaque au couteau qui a fait trois morts jeudi dans une basilique de Nice (sud-est de la France), dénonçant « la barbarie et le mal absolu » de l’attentat.

« Nous sommes profondément choqués par la barbarie et le mal absolu incarné par ces attaques menées à l’encontre de citoyens français et de la République française », a indiqué dans un communiqué Moshe Kantor, président du CJE, une institution laïque basée à Bruxelles représentant la communauté juive européenne.

« Les attaques ciblant le droit fondamental à la liberté d’expression d’une part et la tolérance manifestée à l’égard de l’islamisme radical d’autre part constituent un soutien moral à ces actes terroristes », a-t-il ajouté, évoquant aussi la récente décapitation du professeur français Samuel Paty.

« Ayant fait l’expérience des conséquences de tels actes ces dernières années, les communautés juives d’Europe sont entièrement solidaires du président (français) Emmanuel Macron et du peuple français », a conclu M. Kantor.

L’évêque de Nice, Mgr André Marceau, a rapidement appelé jeudi à faire prévaloir « l’esprit de pardon ». Son délégué diocésain au dialogue interreligieux, le père Asso, a immédiatement reçu des appels de la communauté juive niçoise et des deux responsables de la mosquée des musulmans du centre-ville.

« C’est la France qui est attaquée », mais « nous ne céderons rien », a martelé le président Emmanuel Macron jeudi, après une « attaque terroriste islamiste » au couteau qui a fait trois morts dans une basilique du centre de Nice.

Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a condamné fermement une « attaque odieuse ».

L’auteur présumé de cet attentat est un Tunisien de 21 ans arrivé en France début octobre après être passé par l’île italienne de Lampedusa, selon des sources proches du dossier.

« Si nous sommes attaqués, c’est pour les valeurs qui sont les nôtres, notre goût de la liberté », a estimé le chef de l’Etat, sur place à Nice, en évoquant également l’attaque au couteau du vigile du consulat français à Jeddah, en Arabie saoudite, au même moment ou presque.

L’attaque contre l’église Notre-Dame de l’Assomption de Nice, à quelques jours de la fête catholique de la Toussaint, intervient près de deux semaines après la mort de Samuel Paty, ce professeur décapité à Conflans-Sainte-Honorine (Yvelines) pour avoir montré à ses élèves des caricatures du prophète Mahomet.

Alors que la France est désormais passée en « urgence attentat », le niveau le plus élevé du plan Vigipirate, M. Macron a apporté « le soutien de la nation tout entière aux catholiques de France et d’ailleurs », en appelant les Français à « l’unité ».

Quelques minutes plus tôt, à 15h00, le glas venait de sonner, à Nice comme dans toutes les paroisses de France.

Saisi du dossier, le parquet antiterroriste a ouvert une enquête pour « assassinat et tentative d’assassinat en relation avec une entreprise terroriste » et « association de malfaiteurs terroriste criminelle ».

Après avoir été neutralisé par une équipe de la police municipale de Nice, l’assaillant, un jeune homme qui a prétendu s’appeler « Brahim » et avoir « 25 ans », aurait à plusieurs reprises crié « Allah Akbar », a-t-on appris de source proche de l’enquête. Blessé par balles, il est actuellement hospitalisé.

Cette attaque a fait trois morts au total: le sacristain de la basilique, un homme de 45 ans marié et « père de deux filles », selon Mgr Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des Evêques de France, sur place à l’AFP et deux femmes dont une est décédée après avoir fui et s’être réfugiée dans un café proche du drame.

Au moins l’une d’entre elles a été égorgée, selon les termes de Mgr Moulins-Beaufort, toujours auprès de l’AFP.

« J’ai vu le mec [l’assaillant, ndlr] rentrer, se réfugier dans la cathédrale. Après, j’ai entendu beaucoup de coups de feu », a expliqué à l’AFP Aurélien Thiebaut, témoin visuel de toute la scène, alors qu’il buvait un café avec son patron, en expliquant que « la police est arrivée vite, vraiment vite, (avec) des motards, tout ce qui s’en suit ».

En fin d’après-midi, les policiers ont sorti de l’église le corps de deux des victimes et l’ont porté dans un fourgon funéraire, a constaté un photographe de l’AFP.

Face à cette nouvelle attaque, « l’émotion du pays est à son comble », a estimé le Premier ministre Jean Castex devant le Sénat. Selon lui, « après la liberté d’expression, (…) c’est aujourd’hui la liberté de culte et au delà la liberté de conscience qui sont attaquées ».

Mais « la République ne faiblira pas », a-t-il insisté. M. Macron a annoncé le déploiement de 7 000 soldats à travers le territoire dans le cadre de l’opération Sentinelle de surveillance du territoire, contre 3 000 actuellement.

A l’international, les réactions de condamnations se sont multipliées tout au long de la journée, dans le sillage du Vatican, qui a estimé que « le terrorisme et la violence ne peuvent jamais être acceptés ».

Solidarité internationale

La Turquie, en pointe contre la publication de caricatures du prophète en France, a « fermement » condamné cette attaque « sauvage », et exprimé sa « solidarité avec le peuple français ». « Solidarité » également de la chancelière allemande Angela Merkel et du président du conseil Européen Charles Michel : « Toute l’Europe est avec vous », a insisté l’ancien Premier ministre belge. Dans un tweet en français, le Premier ministre britannique se déclarait lui « sous le choc ».

Le Premier ministre libanais désigné Saad Hariri a exprimé sa « condamnation et (sa) désapprobation les plus vives de l’odieuse attaque criminelle ». « Tous les musulmans sont appelés à rejeter cet acte criminel qui n’a rien à voir avec l’islam ou le prophète », a-t-il écrit sur Twitter.

Le ministère égyptien des Affaires étrangères a affirmé que l’Egypte « se tient aux côtés de la France dans la lutte » contre ce type de crime « de haine ».

Le grand mufti d’al-Azhar Ahmed al-Tayeb a dénoncé un « acte de haine et de terrorisme » qui est « contraire aux enseignements de l’Islam ».

En France, le Conseil français du culte musulman a « condamné avec force cet attentat terroriste », appelant les musulmans de France à annuler toutes les festivités de la fête du Mawlid prévues pour ce week-end, « en signe de deuil et de solidarité avec les victimes et leurs proches ».

Du côté des politiques, les termes étaient plus martiaux, comme chez les anciens présidents Nicolas Sarkozy et François Hollande, qui ont tous deux dénoncé un acte de « barbarie » et appelé à une « détermination sans faille » face au « terrorisme islamiste ».

« Trop c’est trop, il est temps maintenant que la France s’exonère des lois de la paix pour anéantir définitivement l’islamo-fascisme de notre territoire », a accusé de son côté Christian Estrosi, le maire de Nice.

Le choc est d’autant plus violent pour les Niçois que leur ville a déjà été endeuillée par un attentat le 14 juillet 2016 sur la promenade des Anglais qui avait fait 86 morts. Mohamed Lahouaiej-Bouhlel, un Tunisien de 31 ans, avait fauché au volant d’un camion de location enfants, familles nombreuses et touristes étrangers, en 4 minutes, avant d’être abattu par les forces de l’ordre.

Ces trois morts de l’attaque dans la basilique portent à 260 le nombre de victimes d’attentats en France depuis 2015.

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