Attentat/Kaboul: 55 morts lors d’une cérémonie marquant la naissance de Mahomet
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30 000 soldats et policiers afghans ont été tués depuis 2015

Attentat/Kaboul: 55 morts lors d’une cérémonie marquant la naissance de Mahomet

72 blessés; Cet attentat survient à un moment où le pays est toujours englué dans une spirale de la violence; des espoirs de paix entre gouvernement et talibans pourraient poindre

Une salle des fêtes de Kaboul, au lendemain d'un attentat suicide qui a fait une cinquantaine de morts, le 21 novembre 2018. (Crédit : WAKIL KOHSAR / AFP)
Une salle des fêtes de Kaboul, au lendemain d'un attentat suicide qui a fait une cinquantaine de morts, le 21 novembre 2018. (Crédit : WAKIL KOHSAR / AFP)

Un attentat-suicide au cours d’un rassemblement religieux a fait au moins 55 morts et 94 blessés mardi à Kaboul, une attaque parmi les plus meurtrières de l’année dans la capitale afghane.

Les Afghans, comme tous les musulmans dans le monde, célébraient mardi la naissance du prophète Mahomet et la journée était fériée dans leur pays. Un millier de personnes, selon le responsable de la salle où s’est produite l’explosion, s’étaient réunies en fin de journée pour les célébrations.

Des « oulémas venus de tout le pays et de nombreuses autres personnes participaient à la cérémonie », a dit à l’AFP le porte-parole du ministère de la Défense, Najib Danish.

« Une récitation du Coran était en cours quand la bombe a explosé », a témoigné auprès de l’AFP Mohammad Hanif, un étudiant en lectures religieuses.

« C’était le chaos, beaucoup criaient. Nous avons transporté les blessés dans les ambulances et beaucoup de morts sont des jeunes », a-t-il poursuivi, ses vêtements couverts de sang.

Des photos sur les réseaux sociaux montrent des corps étendus à terre, sur certains les vêtements ont été partiellement soulevés par le souffle de l’explosion. On voit aussi des taches de sang ainsi que des chaises renversées.

Des blessés à l’hôpital Wazir Akbar Khande Kaboul, au lendemain d’un attentat suicide qui a fait une cinquantaine de morts, le 21 novembre 2018. (Crédit : WAKIL KOHSAR / AFP)

« Après l’explosion, j’étais étendu à terre, couvert de chair et de sang » : Ahmad Fareed témoigne sur son lit d’hôpital de l’horreur vécue, au lendemain de l’attentat-suicide.

« J’ai essayé de me relever mais je ne pouvais pas bouger à cause de ma jambe », poursuit d’une voix lente cet homme de 40 ans. « La plupart des gens autour de moi étaient morts. Leurs corps ont dû me protéger car le kamikaze était proche de nous », se souvient-il, des bandages sur le torse, une épaule et sa jambe gauche. « C’est peut-être pour ça que je suis encore en vie ».

Ahmad Fareed, qui dit avoir été fouillé par la sécurité « au moins trois fois » avant de pénétrer dans la salle, n’aurait « jamais imaginé qu’on puisse attaquer un rassemblement de religieux et particulièrement en ce jour sacré », où était commémoré la naissance du prophète Mahomet.

Un millier de personnes assistaient comme lui à deux commémorations mardi à l’Uranus wedding hall, selon un manager de ce grand complexe où sont généralement organisés des mariages, mais où se tiennent aussi des rassemblements d’envergure.

« Au rez-de-chaussée il y avait des oulémas de tout l’Afghanistan, dont des membres du Conseil des oulémas », plus haute institution religieuse du pays, a déclaré à l’AFP le mufti Shams Rahman Frotan.

« L’explosion s’est produite au premier étage, où un autre rassemblement était organisé par des religieux soufis », une branche mystique de l’Islam, a-t-il ajouté.

L’attentat n’a pour l’heure pas été revendiqué mais le groupe Etat islamique (EI), des terroristes extrémistes sunnites, est le plus souvent à l’origine des attaques-suicide en Afghanistan.

Le porte-parole des Talibans, Zabihullah Mujahid, a sur la messagerie WhatsApp « fermement condamné cette attaque contre ce rassemblement d’érudits religieux et de civils ».

Selon le porte-parole du ministère de la Santé, le bilan a été réévalué à 50 morts et 72 blessés en fin de soirée.

Un double-attentat à la bombe dans la capitale afghane contre la communauté des Hazaras, de confession chiite, avait fait 26 morts début septembre dans une salle de sport. Il avait été revendiqué par l’EI qui considère les chiites comme des hérétiques.

L’attentat le plus meurtrier en 2018 a été perpétré fin janvier par les talibans qui avaient fait exploser une ambulance piégée dans l’un des quartiers les plus animés dans le centre de Kaboul, faisant 103 morts et 235 blessés.

« Ennemis de l’islam »

« Les ennemis de l’Islam ont mené une attaque terroriste ayant visé la cérémonie célébrant l’anniversaire du prophète Mahomet. C’est un crime impardonnable, dans lequel un certain nombre d’érudits religieux et d’autres compatriotes sont devenus des martyrs et ont été blessés », a condamné le président Ashraf Ghani dans un communiqué. Il a décrété pour mercredi une journée de deuil national.

Le Pakistan voisin a également condamné cette « haineuse » attaque « terroriste ».

Le personnel de sécurité afghan dans une salle des fêtes de Kaboul, au lendemain d’un attentat suicide qui a fait une cinquantaine de morts, le 21 novembre 2018. (Crédit : WAKIL KOHSAR / AFP)

Mardi matin, M. Ghani avait prononcé dans le palais présidentiel un discours appelant à la paix devant les oulémas.

La colère s’est répandue sur les réseaux sociaux après l’annonce de l’attentat. « Mort aux terroristes et à leurs soutiens. Ils se nomment musulmans mais attaquent un rassemblement religieux », a pesté Ali Hassanyar sur Facebook.

« La naissance du prophète Mahomet n’est liée à aucune secte religieuse particulière mais à l’ensemble des musulmans. Ils prouvent qu’ils ne sont pas des disciples du prophète. Que les auteurs de l’attaque affrontent la colère de Dieu », a écrit Zohre Ahmadi sur Facebook.

Ce n’est pas la première fois que les oulémas d’Afghanistan sont la cible d’attaques. En juin, un kamikaze s’était fait exploser près d’un rassemblement d’oulémas à Kaboul, environ une heure après que le Conseil eut qualifié ces attentats de péchés.

Les condamnations internationales ont afflué, comme à chaque attentat en Afghanistan.

Le chef de la mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), Tadamichi Yamamoto, a estimé que « l’attaque d’hier à Kaboul n’est rien de moins qu’une atrocité ».

Le département d’Etat américain a condamné un « acte sans vergogne ». La délégation de l’Union européenne en Afghanistan a estimé que l’attentat était « une attaque contre nous tous, religieux ou non, qui chérissons la liberté ».

Violence

Cet attentat survient à un moment où le pays est toujours englué dans une spirale de la violence mais où des espoirs de pourparlers de paix entre gouvernement et talibans pourraient poindre.

Les talibans ont affirmé lundi s’être entretenus la semaine dernière avec des responsables américains pour mettre fin au conflit afghan, soulignant cependant qu’aucun accord n’avait été trouvé sur « aucune question ».

Et l’envoyé américain pour la paix en Afghanistan, Zalmay Khalilzad, a dit dimanche espérer un accord de paix dans les cinq mois, alors même que les insurgés multiplient les attaques contre les forces gouvernementales. 30 000 soldats et policiers afghans ont été tués depuis 2015, a révélé le président Ghani.

Ce souhait d’une échéance courte souligne un sentiment d’urgence croissant à la Maison Blanche et parmi les diplomates américains qui souhaitent qu’un accord soit rapidement conclu. D’autant que les Etats-Unis sont confrontés à la concurrence de la Russie. Ce mois-ci, Moscou a accueilli des pourparlers internationaux sur l’Afghanistan auxquels ont participé les talibans.

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