Attentats de Bruxelles : nouvelles arrestations, 2 suspects toujours dans la nature
Rechercher

Attentats de Bruxelles : nouvelles arrestations, 2 suspects toujours dans la nature

Les médias soulignaient jeudi que la Belgique avait probablement échappé à des attaques d'une ampleur bien supérieure

Rue de la Loi près de la station de métro Maalbeek à Bruxelles, le 22 mars 2016 (Crédit : AFP / Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT)
Rue de la Loi près de la station de métro Maalbeek à Bruxelles, le 22 mars 2016 (Crédit : AFP / Belga / NICOLAS MAETERLINCK / Belgium OUT)

L’enquête sur les attentats qui ont ensanglanté Bruxelles a mené à six interpellations dans la nuit de jeudi à vendredi en Belgique mais deux suspects des attaques jihadistes étaient toujours dans la nature et les failles de la lutte antiterroriste en Europe de plus en plus flagrantes.

La France a annoncé de son côté avoir mis « en échec un projet d’attentat, conduit à un stade avancé », après l’interpellation jeudi soir d’un homme lié à la mouvance jihadiste dans un appartement d’Argenteuil (région parisienne), où des explosifs ont été saisis.

L’homme interpellé à Argenteuil avait été condamné en son absence avec Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attentats de novembre à Paris, en juillet 2015 à Bruxelles dans un procès de filière jihadiste vers la Syrie, ont indiqué des sources policières françaises.

Dans une capitale belge et européenne secouée par les attentats mardi contre l’aéroport et le métro qui ont fait 31 morts et 300 blessés, le secrétaire d’Etat américain John Kerry arrive vendredi pour offrir le soutien de Washington à la Belgique dans la lutte contre le terrorisme.

Les attaques de Bruxelles « soulignent l’urgence » de combattre l’organisation Etat islamique, qui a revendiqué ces attentats, et d’autres organisations extrémistes, a souligné M. Kerry jeudi.
Le gouvernement belge, accusé de laxisme, a promis de faire « toute la lumière » sur ces attaques, en rendant jeudi un hommage émouvant aux victimes, dont l’identification se poursuivait.

La police continuait de traquer au moins deux hommes repérés sur des images de vidéosurveillance avec les trois kamikazes qui ont semé mardi la mort à l’aéroport international de Bruxelles et à la station de métro de Maelbeek, en plein quartier européen.

Dans la nuit de jeudi, elle a interpellé six personnes dans le cadre de l’enquête. Trois d’entre elles étaient « devant notre porte », a précisé un porte-parole du parquet fédéral dont les bureaux se trouvent en plein centre de Bruxelles, à côté du Palais de justice.

Selon le quotidien La Libre Belgique, ces trois personnes étaient à bord d’une voiture mais aucun détail n’a filtré sur les motifs de leur présence en face du bâtiment du parquet fédéral.

Lors d’un hommage solennel, le Premier ministre Charles Michel a promis de faire « toute la lumière » sur les pires attaques terroristes jamais commises en Belgique, alors que la polémique montait sur les ratés dans le suivi d’un des suspects, intercepté puis expulsé par la Turquie l’été dernier.

M. Michel a toutefois refusé la démission des ministres de l’Intérieur et de la Justice, Jan Jambon et Koen Geens, qui avaient reconnu « des erreurs ».

« Il ne pourra pas y avoir d’impunité. Il ne pourra pas y avoir de zones d’ombre », a insisté M. Michel, sur la défensive après que la Turquie a regretté le manque de réaction des autorités belges après l’expulsion d’Ibrahim El Bakraoui, en liberté conditionnelle après sa condamnation pour un braquage, qui s’est fait exploser à l’aéroport.

Il avait été intercepté en juin 2015 à Gaziantep, non loin de la frontière syrienne, avant d’être expulsé le 14 juillet vers la Belgique via les Pays-Bas. Il a ensuite disparu bien que la Belgique ait été « informée que cet individu était un combattant terroriste étranger », selon le président turc Recep Tayyip Erdogan.

‘Fort compliqué’

Faux, a répliqué le ministre belge de la justice, Koen Geens: « Nous avons seulement été avertis après l’atterrissage de l’avion à (l’aéroport d’Amsterdam) Schiphol, donc c’était fort compliqué de l’arrêter là ».

Les noms des deux frères Khalid et Ibrahim El Bakraoui, qui se sont respectivement fait sauter dans le métro de Bruxelles et à l’aéroport, figuraient dans les fichiers antiterroristes américains, selon la chaîne de télévision américaine NBC.

Ces remous font surface au moment où le travail d’identification des tués progresse très lentement : les noms de seulement quatre d’entre eux sont aujourd’hui connus.

Certaines dépouilles sont déchiquetées, les familles vivent parfois à des milliers de kilomètres de Bruxelles, ce qui complique les comparaisons d’ADN ou les reconnaissances visuelles.

Facebook, où une page « Recherche Bruxelles » a été ouverte, et Twitter relayaient des centaines de messages de proches demandant désespérément des nouvelles.

Frappée dans sa capitale, l’Union européenne a une nouvelle fois été pointée du doigt pour sa lenteur à mettre en place un système efficace d’échange de données et de renseignements, à lutter contre le trafic d’armes ou introduire un registre européen de passagers aériens (PNR).

« Les citoyens sont fatigués et ont peur », a lancé le commissaire européen chargé de la sécurité, Dimitris Avramopoulos, à l’issue d’une réunion d’urgence des 28 pays membres. « Quelque chose doit changer ! ».

Les médias soulignaient jeudi que la Belgique avait probablement échappé à des attaques d’une ampleur bien supérieure, grâce au démantèlement le 15 mars d’une cellule djihadiste en plein préparatifs et lourdement armée, surprise lors d’une perquisition de routine, ce qui a permis de capturer ensuite Salah Abdeslam, suspect-clé des attentats de Paris.

Les trois kamikazes de Bruxelles ont été directement associés aux commandos de Paris et ont sans doute accompagné dans sa cavale Salah Abdeslam. Ce dernier ne refuse plus d’être transféré en France où il devra répondre de sa participation aux attaques du 13 novembre (130 morts).

Bougies, fleurs

Selon le parquet fédéral belge, Khalid El Bakraoui avait loué sous un faux nom un logement à Charleroi d’où certains des commandos de Paris, dont leur logisticien en chef Abdelhamid Abaaoud, sont partis la veille des attentats.

Quant au troisième kamikaze, Najim Laachraoui, dont des restes ont été identifiés à l’aéroport, il était recherché depuis que son ADN avait été trouvé dans plusieurs habitations louées par ces commandos en Belgique ainsi que sur certaines ceintures d’explosifs.

Laachraoui, parti en Syrie début 2013, était connu comme un recruteur notoire de l’EI, et il émerge comme une figure centrale des assaillants de Bruxelles comme de Paris, au-delà même du rôle d’artificier qui lui était attribué jusqu’ici.

Les autorités ont abaissé jeudi soir à 3 le niveau de la menace terroriste en Belgique, soit un risque « possible et vraisemblable » d’attentats. Il avait été relevé à son niveau maximal (4) dans l’heure ayant suivi les attentats.

Fortement endommagé, l’aéroport de Bruxelles ne rouvrira pas avant lundi.

Dans le centre de Bruxelles, la population continuait d’affluer vers l’emblématique place de la Bourse, pour écrire des messages d’hommage à la craie à même le sol, ou y déposer des drapeaux, des bougies ou des fleurs.

En savoir plus sur :
C’est vous qui le dites...