Au Sri Lanka et en Inde, ces embarrassants invités militaires iraniens
Trois navires voguaient vers leur port d'attache après avoir participé à un exercice militaire organisé par l'Inde au large du port de Visakhapatnam lorsque les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l'Iran

Casse-tête diplomatico-juridique en vue. Le Sri Lanka et l’Inde ont offert, pour des raisons humanitaires, un refuge à près de 450 membres d’équipage de trois bâtiments de la marine iranienne visé ou menacés par les Etats-Unis, dont le sort suscite autant de difficultés que d’embarras.
Les trois navires voguaient vers leur port d’attache après avoir participé à un exercice militaire organisé par l’Inde au large du port de Visakhapatnam (nord-est) lorsque les Etats-Unis et Israël ont commencé à bombarder l’Iran.
Que s’est-il passé ?
Le premier d’entre eux, la frégate Dena, a été coulé par un sous-marin américain mercredi au large des côtes du Sri Lanka.
Les autorités locales ont sauvé des eaux de l’océan Indien 32 des 130 à 180 personnes à bord – selon les chiffres fournis par Téhéran et Colombo – et repêché 84 corps.
Le même jour, le navire de débarquement amphibie Lavan a fait route vers le port indien de Cochin (sud-ouest) avec 183 marins à son bord, auxquels l’Inde a accordé refuge après qu’il eut signalé une avarie technique.
Un jour après le torpillage, le Sri Lanka a également recueilli les 219 membres d’équipage du navire de soutien logistique Bushehr, qui avait fait état de problèmes de moteur.
Où sont les militaires iraniens ?
Dix des 32 rescapés du Dena étaient toujours soignés dimanche à l’hôpital Karapitiya, dans la ville côtière de Galle (sud), selon une source médicale locale. Les 22 autres ont été logés sur la base aérienne de Koggala, toute proche.
Les corps des 84 victimes sont eux regroupés à la morgue du même établissement, prêts à être renvoyés en Iran
La plupart de leurs frères d’armes du Bushehr ont eux été installés dans la base navale de Welisara, au nord de la capitale sri-lankaise Colombo.
Quinze d’entre eux sont restés à bord du bâtiment pour assister les hommes de la marine sri-lankaise qui ont pris son contrôle pour le conduire à Tricomalee (nord-est). Un problème de propulsion a toutefois retardé ce mouvement, selon la marine.
Quant aux marins du Lavan, ils sont tous hébergés dans des installations navales de Cochin.
Pourquoi cet accueil ?
Les deux pays d’Asie du Sud n’ont pas pris parti dans la guerre en cours au Moyen-Orient et ont justifié leur décision d’accueillir les marins iraniens pour des raisons humanitaires.
« Nous considérons que chaque vie est aussi précieuse que la nôtre », a expliqué sur les réseaux sociaux le président sri-lankais Anura Kumara Dissanayake, « toutes nos actions ont pour seule motivation de sauver des vies humaines et de faire en sorte que l’humanité prévale ».
« Nous pensons que c’était la bonne chose à faire et le ministre iranien des Affaires étrangères a exprimé les remerciements de son pays pour ce geste humain », a pour sa part relevé lundi le chef de la diplomatie indienne, Subrahmanyam Jaishankar.
Et maintenant, quel sort ?
Comme l’a fait remarquer un haut-responsable sri-lankais, le statut des 251 marins iraniens actuellement hébergés dans son pays relève de deux conventions internationales.
« Nos obligations internationales nous imposent de traiter les deux groupes de façon distincte », a-t-il expliqué sous couvert d’anonymat à l’AFP, « nous sommes en contact avec le Comité international de la Croix-Rouge ».
Selon son analyse, le sort des rescapés du Dena relève du droit international humanitaire, qui les autorise à demander leur rapatriement sans délai vers Téhéran.
A l’inverse, la situation des 219 hommes du Bushehr est régie par la Convention de la Haye de 1907 qui précise les droits et les devoirs des pays neutres, statut auquel le Sri Lanka a revendiqué son appartenance.
« Une puissance neutre qui accueille sur son territoire des troupes d’une armée belligérante doit les interner (…) dans des camps voire les confiner dans des forteresses », selon ce texte.
Ces dispositions requièrent du Sri Lanka qu’il garde les 219 marins sur son sol jusqu’à la fin des hostilités, selon le haut-responsable sri-lankais.
Le Sri Lanka a démenti des informations de presse faisant état de pressions de Washington pour empêcher le retour des marins iraniens dans leur pays.
« Les Etats-Unis respectent et reconnaissent bien sûr la souveraineté du Sri Lanka pour la gestion de la situation », a indiqué pour sa part à l’AFP un porte-parole du département d’Etat américain.
L’Inde n’a pour sa part pas évoqué publiquement le sort ou le statut de ses encombrants hôtes iraniens.







