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« Auschwitz croate » : Juifs, Serbes et Roms se joignent aux commémorations

La cérémonie d'hommage aux victimes du camp de Jasenovac, considéré comme "l'Auschwitz croate", était jusqu'alors boycottée en raison de la montée du "révisionnisme" dans le pays

Le président du Parlement croate Gordan Jandrokovic (à droite), le président croate Zoran Milanovic (au centre) et le Premier ministre croate Andrej Plenkafterovic (à gauche) quittent le monument en forme de fleur après une cérémonie en hommage aux dizaines de milliers de victimes tuées dans le camp de concentration de Jasenovac durant la Seconde Guerre mondiale, le 22 avril 2020. (Crédit : Denis LOVROVIC / AFP)
Le président du Parlement croate Gordan Jandrokovic (à droite), le président croate Zoran Milanovic (au centre) et le Premier ministre croate Andrej Plenkafterovic (à gauche) quittent le monument en forme de fleur après une cérémonie en hommage aux dizaines de milliers de victimes tuées dans le camp de concentration de Jasenovac durant la Seconde Guerre mondiale, le 22 avril 2020. (Crédit : Denis LOVROVIC / AFP)

Les Juifs, les Serbes et les Roms de Croatie se sont joints mercredi pour la première fois en cinq ans à la cérémonie d’hommage officielle aux victimes du camp de Jasenovac, considéré comme « l’Auschwitz croate », après l’avoir boycottée pour dénoncer la montée du « révisionnisme » dans le pays. 

Le camp avait été dirigé par le régime oustachi, allié des nazis, qui avait persécuté et massacré des centaines de milliers de Serbes, de Juifs, de Roms et d’opposants croates durant la Seconde Guerre mondiale.

Mercredi, lors du 75e anniversaire du démantèlement du camp, des représentants des Serbes, des Roms, des Juifs et des Croates antifascistes ont participé aux commémorations aux côtés de hauts responsables croates, pour honorer les morts devant le monument en forme de pétales de fleur érigé en leur mémoire.

Ils ont expliqué avoir rejoint la cérémonie cette année pour témoigner de leur solidarité durant la pandémie du coronavirus et lancer un dialogue sur l’intolérance avec les autorités.

Une vue aérienne du camp de la mort de Jasenovac en 1945. (Credit : Jasenovac : Auschwitz des Balkans)

« Les choses n’ont pas changé mais compte tenu de la situation difficile provoquée par le virus (…) nous avons décidé de nous joindre à la cérémonie », a déclaré à l’AFP Ognjen Kraus, responsable d’une organisation qui chapeaute plusieurs associations juives.

« Nous avons également tendu la main (au gouvernement) pour parler des questions brûlantes (…) et effacer les tâches imprimées à la Croatie par le révisionnisme historique. Nous voulons des actes, pas des paroles. »

Le gouvernement conservateur a été critiqué ces dernières années pour la mollesse de sa riposte face à un regain de l’idéologie oustachie.

Ces groupes de victimes, qui organisaient depuis 2016 leur propre cérémonie d’hommage, avaient été particulièrement indignés par l’inauguration à Jasenovac d’une plaque commémorative frappée d’un slogan du régime oustachi pronazi (« Za Dom Spremni », « Prêts pour la patrie »). 

Une milice d’Oustachis près d’un charnier aux abords du camp de concentration de Jasenovac. (Domaine public)

La plaque mise en place par d’anciens paramilitaires ultra nationalistes croates avait été démantelée mais pour être installée à une dizaine de kilomètres du camp.

Dans la Croatie oustachie, l’éphémère Etat indépendant croate (NDH) allié de l’Allemagne nazie, qui englobait également toute la Bosnie, il y eut environ 80 camps de détention.

Le camp de la mort de Jasenovac fut le plus grand et le plus brutal d’entre eux. De nombreux détenus furent achevés à coups de marteaux, couteaux ou encore lapidés.

Le nombre des victimes est un sujet controversé, surtout depuis les guerres sanglantes qui ont caractérisé l’explosion de l’ex-Yougoslavie dans les années 1990.

Les estimations varient d’environ 83 000, selon le musée de Jasenovac, à 700 000 victimes, selon des sources serbes. Le musée du Mémorial de l’Holocauste à Washington évalue pour sa part à 100 000 le nombre des victimes.

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