Autriche : Un député du FPÖ accusé d’antisémitisme face à une nouvelle polémique
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Autriche : Un député du FPÖ accusé d’antisémitisme face à une nouvelle polémique

Un livret de chants antisémites a été retrouvé chez Wolfgang Zanger, député du parti d’extrême droite autrichien

Wolfgang Zanger, député du FPÖ, le parti d’extrême droite autrichien. (Crédit : capture d’écran YouTube / ORF / UndSieBewegt)
Wolfgang Zanger, député du FPÖ, le parti d’extrême droite autrichien. (Crédit : capture d’écran YouTube / ORF / UndSieBewegt)

Un livret de chants antisémites d’une corporation fréquentée par Wolfgang Zanger, député du FPÖ, le parti d’extrême droite autrichien, a été retrouvé chez ce dernier.

L’ouvrage appartient à une Burschenschaft du Land de Styrie, dont le député est membre, a révélé la presse autrichienne. Les Burschenschaften sont des corporations d’étudiants ou d’anciens étudiants pangermanistes régulièrement épinglées pour leurs nostalgies néo-nazies.

Le responsable a affirmé qu’il détenait l’objet car il s’agissait d’un « document historique ». Il a condamné les propos de ces chants et également affirmé que sa corporation n’utilisait pas ce recueil, et ne pouvait donc être tenue responsable de son contenu.

Tous les partis ont appelé à la démission de Zanger. Les conservateurs, anciens partenaires du FPÖ au gouvernement, l’ont également demandée. Sebastian Kurz, leur dirigeant, a qualifié les textes « d’extrêmement répugnants ».

Le dirigeant du FPÖ, Norbert Hofer, a lui apporté son soutien a son député, affirmant que, si le contenu du livre était condamnable, il ne pouvait être imputé à Zanger. L’an dernier, le parti avait annoncé la création d’une « Commission historique pour faire la lumière sur son passé », dont le rapport doit être prochainement publié.

Des élections régionales doivent avoir lieu ce mois-ci en Styrie, le Land où a été retrouvé le livret de chants.

En 2006 à la télévision, Wolfgang Zanger avait déclaré que le « national-socialisme avait aussi eu ses bons côtés ».

Le FPÖ a été créé en 1956 comme émanation de l’Union des indépendants, qui rassemblait dans l’immédiat après-guerre d’anciens nazis privés de leurs droits civiques. Il est dirigé dans ses premières années par un ex-officier de la Waffen-SS.

Le FPÖ a fait parler de lui à l’étranger bien avant l’avènement de la vague populiste mondiale, dès la fin des années 1980. Avec l’arrivée de Jörg Haider, il s’est transformé en une machine de guerre électorale, à coup de slogans xénophobes. En 1989, ce tribun vantant la politique de l’emploi du IIIe Reich est élu gouverneur de Carinthie (sud-est).

La communauté juive d’Autriche et les représentants de l’État israélien ont boycotté tout contact officiel avec des représentants du FPÖ en raison des fréquentes polémiques sur fond de racisme ou d’antisémitisme.

Avec leurs noms évocateurs (Vandalia, Teutonia, Gothia, Saxona, Olympia…), les Burschenschaften, comme celui auquel appartient Wolfgang Zanger, sont des corporations masculines, nées au 19e siècle, qui ont toujours été un rouage essentiel de la droite extrême en Autriche. Elles auraient opéré au sein du FPÖ dirigé par Heinz-Christian Strache, lui-même « Burschenschafter », une « prise de pouvoir silencieuse », affirme l’ancien journaliste Hans-Henning Scharsach, auteur d’un livre sur le sujet. Actuellement, 40 % des députés d’extrême droite seraient membres d’une corporation.

Les Burschenschaften se sont développées dans le contexte des « révolutions » nationales du 19e siècle contre les armées napoléoniennes, face auxquelles elles revendiquaient une identité culturelle allemande faisant fi des frontières, sur un mode pangermaniste.

Rapidement, écrit le politologue Patrick Moreau dans une note sur l’extrême droite autrichienne, « la dimension libérale a disparu, remplacée par le nationalisme allemand et par un antisémitisme de plus en plus virulent », qui a abouti à l’introduction de critères « aryens » interdisant aux Juifs d’intégrer une Burschenschaft.

Après la Seconde Guerre mondiale, durant laquelle de nombreux Burschenschafter ont été acteurs de la machine nazie d’extermination, « les corporations se sont reconstituées et pas un de ces meurtriers n’en a été exclu », constate Hans-Henning Scharsach.

Ces corporations, qui ne se considèrent pas d’extrême-droite, ont pignon sur rue à Vienne et leur bal annuel, organisé sous protection policière au palais impérial de la Hofburg, attire le gotha nationaliste, dont la Française Marine Le Pen en 2012.

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