Israël en guerre - Jour 139

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Avec des hommages aux victimes de Supernova, la scène électro esquisse un retour discret

L'une des premières grandes raves depuis le massacre du 7 octobre s'est faite sans commerces mais avec beaucoup de symboles

Des drapeaux israéliens flanquent la cabine du DJ lors du festival de musique transe Dragonfly près de Modiin, le 6 janvier 2024. (Crédit : Libellule)
Des drapeaux israéliens flanquent la cabine du DJ lors du festival de musique transe Dragonfly près de Modiin, le 6 janvier 2024. (Crédit : Libellule)

Flanquée de deux drapeaux israéliens, la cabine du DJ dans la forêt de Modiin ressemblait davantage à la scène d’un orateur qu’aux platines d’un musicien.

Il n’y a malgré tout eu aucun discours lors de la rave Dragonfly de ce samedi, qui a attiré des centaines de festivaliers à ce qui s’est imposé comme l’un des tout premiers grands rassemblements de ce type depuis le massacre du 7 octobre et la guerre qu’il a déclenchée.

Mais les tenues patriotiques, inhabituelles sur la scène trance, étaient de mise, signes que Dragonfly était tout sauf une fête classique.

Pour ses organisateurs, l’événement était une façon de commémorer et rendre hommage aux 364 personnes assassinées par les terroristes du Hamas le 7 octobre 2023 à Supernova, festival électro organisé non loin du kibboutz Reïm, sans oublier les dizaines d’otages faits prisonniers en ces lieux, près de la frontière de Gaza, et conduits depuis dans l’enclave.

La date choisie pour la fête, à savoir le 6 janvier, est tout sauf le fruit du hasard, explique Meitan, l’un des trois organisateurs, qui n’a donné que son nom de scène au Times of Israël, invoquant des problèmes de droit (à l’instar de la plupart des raves, elle s’est en effet tenue sans autorisation).

« Cela coïncidait avec le troisième anniversaire de Nova », précise Meitan, trentenaire, père d’une fille, qui travaille dans la finance et vit près de Tel-Aviv.

Un festivalier à la rave trance Dragonfly, près de Modiin, avec un drapeau du festival Nova sur les épaules, le 6 janvier 2024. (Crédit : Libellule)

« Selon les spécialistes du deuil, les gens entament la deuxième phase du deuil après 90 jours. Pour nous, c’était le moment idéal pour dire ce que nous avions à dire : les terroristes n’arrêteront pas notre musique. On continue. »

Certains festivaliers s’étaient enveloppés dans des drapeaux aux armes de Nova pour rendre hommage à leurs amis assassinés. La programmation musicale, tournée autour de la progressive et de la trance Goa, était plutôt calme, reprenant des grands succès des années 1990 et 2000.

Un extrait d’une vidéo UGC publiée sur Telegram le 9 octobre 2023 montre un terroriste palestinien armé marchant autour du festival de musique Supernova, avec un corps derrière lui, près du kibboutz Reim, dans le désert du Néguev, dans le sud d’Israël. (Crédit : ANONYMOUS/AFP)

A Dragonfly, il n’y avait ni tenues ostentatoires ni effets visuels, comme lors des raves en plein air. Pas davantage que de bar ou de food truck, commerces que de nombreuses raves proposent pour faire quelque profit. Un bénévole armé d’un fusil M16 assurait la sécurité.

La plupart des festivaliers avaient une grosse trentaine voire la quarantaine. Certains d’entre eux étaient venus avec leurs jeunes enfants, qui ont particulièrement apprécié le temps chaud et sec de ce samedi, entre danse dans la clairière et découverte des fleurs, insectes et champignons au pied des arbres.

Un enfant explore la piste de danse du festival Trance Dragonfly près de Modiin, le 6 janvier 2024. (Crédit : Libellule)

« C’est un événement relativement discret. Le but n’est pas de gagner de l’argent, il n’y a pas de droit d’entrée ; l’idée est de se remonter le moral et de rendre hommage à nos morts », explique Meitan. Pour rentrer dans leurs frais, les organisateurs ont fait circuler un chapeau à l’intérieur duquel les festivaliers ont glissé la somme qu’ils jugeaient appropriée. « Le fait que 400 personnes soient venues témoigne de l’envie des gens de danser à nouveau », ajoute-t-il.

Israël possède une scène musicale électronique dynamique, qui a produit de grands succès internationaux, à l’instar des albums et morceaux d’Infected Mushroom, nom de scène des compositeurs de Trance Erez Eisen et Amit Duvdevani.

Infected Mushrooms sur scène devant leurs fans, sur une photo non datée. (Crédit photo : Chen Leopold/Flash 90)

Une festivalière qui se fait connaitre sous le nom de CJ et qui est montée sur le podium pour le set de clôture, explique que Dragonfly est l’une des premières tentatives de résurrection de la scène Trance depuis le massacre du 7 octobre dans le sud d’Israël, au cours duquel un total 1 200 personnes ont été assassinées par le Hamas et 240 kidnappées, ce qui a déclenché une opération militaire israélienne de grande ampleur à Gaza.

190 militaires israéliens sont morts dans le cadre de cette opération terrestre – le bilan s’alourdit de jour en jour – sans oublier les quelque 24 000 Palestiniens, selon des données non confirmées fournies par les autorités sanitaires du Hamas à Gaza. Ces chiffres, qui ne sont pas vérifiés de manière indépendante, pourraient comprendre des milliers de terroristes ainsi que des civils tués par des roquettes palestiniennes égarées. Israël affirme avoir tué près de 9 000 membres d’organisations terroristes, sans compter le millier tué en territoire israélien suite à l’invasion sauvage du 7 octobre.

Une photo aérienne montrant le site abandonné du festival Supernova, près du kibboutz Reim, dans le désert du Negev, qui a été attaqué par des terroristes du Hamas, le 10 octobre 2023. (Crédit : Jack Guez/AFP)

« Ce n’est pas un retour à la normale parce que personne ne se sent normal », poursuit CJ pour le Times of Israël. « Pour être honnête, j’ai eu du mal à danser au début. Ça ne m’était plus naturel. Mais petit à petit, c’est revenu. On suit le mouvement. On se détend. Jusqu’au moment où cela ne semble soudain plus naturel. Mais on continue. Je crois que c’est pour cette raison que les gens sont venus à Dragonfly. »

Meitan estime que cet événement lui a permis de se sentir plus proche de ses amis assassinés à Nova. « J’avais l’impression qu’ils étaient à nouveau là, en esprit. C’était comme si des anges dansaient avec nous sur la piste de danse », confie-t-il.

Une festivalière danse lors de la rave Transe Dragonfly près de Modiin, le 6 janvier 2024. (Crédit : Libellule)

Une autre festivalière, Reut, précise que, sur la scène techno, les soirées « ne se sont quasiment pas arrêtées ». Deux semaines après le massacre, dit-elle, « il y avait déjà des petites fêtes, présentées par leurs organisateurs – à juste titre, peut-être – comme des ‘séances de thérapie’ ».

Meitan peut comprendre que les personnes extérieures à la scène électro désapprouvent l’idée de cette soirée dansante, organisée sans autorisation, alors qu’une terrible guerre fait rage.

Mais « ce n’est ni déconnecté ni irrespectueux. C’est même tout le contraire », assure-t-il. « N’oublions pas qu’une victime sur quatre du massacre du 7 octobre est morte parce qu’elle était venue à un festival de musique. Je suis sûr qu’ils comprendraient. »

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