Avec plus de 7 500 cas par jour, Israël s’apprête à renforcer le confinement
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Avec plus de 7 500 cas par jour, Israël s’apprête à renforcer le confinement

669 patients dans un état grave, dont 167 sous respirateur ; 12,8 % de tests positifs ; les députés débattent pour durcir le confinement et limiter manifestations et prières

Du personnel médical travaille au service d'isolement COVID-19 du centre médical israélien Barzilai dans la ville méridionale d'Ashkelon le 22 septembre 2020. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)
Du personnel médical travaille au service d'isolement COVID-19 du centre médical israélien Barzilai dans la ville méridionale d'Ashkelon le 22 septembre 2020. (GIL COHEN-MAGEN / AFP)

Le ministère de la Santé a déclaré vendredi matin avoir diagnostiqué la veille un nombre record de 7 527 nouveaux cas de coronavirus, alors que les députés de la Knesset débattent des nouvelles restrictions drastiques qui entreront en vigueur à 14h afin de tenter de freiner l’épidémie.

Ce nombre élevé de diagnostics positifs survient après deux jours d’affilée où le nombre de nouveaux cas a frôlé les 7 000. Le ministère a déclaré que 12,8 % des tests effectués jeudi étaient positifs, sur un total de 60 524 tests.

Le nombre total de cas depuis le début de la pandémie s’élève à 214 458, dont 1 378 décès.

Sur les 60 786 cas actifs, 669 sont dans un état grave, dont 167 sous respirateur, a indiqué le ministère. 246 se trouvent sont dans un état modéré, le reste présentant des symptômes légers ou inexistants.

Un travailleur de la Hevra Kadisha, la société funéraire juive officielle d’Israël, prépare un corps pour les funérailles, dans une morgue spéciale pour les victimes du COVID-19 à Holon, le 23 septembre 2020. (AP Photo / Oded Balilty)

À quelques heures de l’entrée en vigueur de nouvelles restrictions destinées à freiner l’épidémie de coronavirus, les députés de la Knesset n’avaient, vendredi au petit matin, pas encore convenu des contraintes définitives, après une nuit de débats sur la mise en œuvre de restrictions controversées.

Jeudi, les ministres ont décidé de restreindre considérablement le confinement national déjà en place, de supprimer les exemptions, de fermer presque toutes les entreprises non essentielles et de prendre des mesures énergiques contre les manifestations et les prières collectives.

Les mesures incluent apparemment des éléments qui vont au-delà des limites que le gouvernement est autorisé à imposer selon la législation adoptée plus tôt cette année, et doivent donc recevoir l’approbation de la Knesset pour un amendement à la loi existante régissant les restrictions relatives au coronavirus.

Les députés ont traité rapidement les mesures de cet amendement en première lecture jeudi soir et l’ont envoyé devant le Comité de la Constitution, du Droit et de la Justice, où il était toujours en cours de débat à 8 heures ce matin, alors que les membres discutaient encore de certaines clauses.

Les députés membres du Comité de la Constitution, du Droit et de la Justice discutent des règles relatives à la lutte contre le coronavirus à l’aube du 25 septembre 2020. (Capture d’écran : Knesset TV)

Même sans accord de la Knesset, la plupart des mesures seront appliquées. Cependant, les projets visant à limiter les déplacements vers les manifestations n’en feraient pas parties sans validation de la Knesset, parmi d’autres directives.

Selon la station de radio Kan, les députés pourraient également rejeter les mesures de fermeture des synagogues, qui doivent être fermées pendant le confinement. Cela exclut Yom Kippour, où des groupes de 10 personnes seront autorisés en intérieur. Les prières en plein air seront limitées à 20 personnes chacune pour la durée du confinement.

En vertu des nouvelles restrictions, presque toutes les entreprises seront fermées, à l’exception de certaines entreprises et usines désignées comme « essentielles » par l’autorité nationale d’urgence du ministère de la Défense. La décision exempte de fermeture les supermarchés et les pharmacies et autorise les restaurants à ouvrir uniquement pour les livraisons à domicile.

Les directives imposent également des limites controversées aux manifestations, qui ne seront autorisées que dans des capsules de 20 personnes, chacune respectant la distanciation sociale, jusqu’à un maximum de 2 000 personnes. De plus, il serait interdit de parcourir plus d’un kilomètre pour se rendre à une manifestation.

Presque tous les transports publics seront suspendus, ainsi que les quelques établissements d’enseignement encore en fonctionnement – principalement les programmes d’éducation spéciale et les écoles maternelles privées.

Un homme juif ultra-orthodoxe portant un masque facial, pendant le confinement national de trois semaines visant à freiner la propagation du coronavirus, fait tourner un poulet au-dessus de sa tête dans le cadre du rituel des Kapparot, à Bnei Brak, en Israël, le jeudi 24 septembre 2020. (AP / Oded Balilty)

Les Israéliens ne seront pas autorisés à se déplacer à plus d’un kilomètre de chez eux. La police sera déployée sur les autoroutes et aux entrées des villes et villages pour s’assurer que les citoyens n’essaient pas de se déplacer pendant le confinement.

Des rapports indiquent que la version finale des restrictions approuvées pourrait également inclure la fermeture de l’aéroport Ben-Gurion, bien qu’une note explicative du cabinet du Premier ministre mentionne le trajet à l’aéroport comme une exemption autorisée.

Le confinement total devrait durer deux semaines, ce qui inclut les fêtes de Souccot. Il pourrait être prolongé si les taux d’infection ne diminuent pas de façon significative.

Les responsables du gouvernement affirment qu’un confinement renforcé est nécessaire après que les restrictions imposées depuis une semaine ont échoué à contraindre les gens à rester chez eux, mais les critiques accusent le Premier ministre Benjamin Netanyahu d’imposer un confinement draconien inutile et dramatique pour l’économie dans le seul but de justifier la limitation des manifestations contre lui.

Les ministres se sont heurtés à une vive opposition ultra-orthodoxe contre les restrictions sur les rassemblements de prière collective. Les experts affirment que les prières en intérieur représentent un incubateur majeur pour le virus, les villes et quartiers ultra-orthodoxes enregistrant certains des taux d’infection les plus élevés du pays.

Cependant, les dirigeants de la communauté ont averti que les fidèles se rebelleraient si les synagogues étaient fermées mais que les manifestations ou l’accès aux plages étaient autorisés, malgré le fait que les activités de plein air sont considérées comme moins risquées.

La décision de restreindre en parallèle les manifestations et les prières serait le résultat d’un compromis entre Netanyahu et le ministre de la Défense Benny Gantz, dont le parti s’est opposé à la limitation des manifestations.

Netanyahu a rejeté jeudi l’idée qu’il ait réclamé un confinement drastique dans le but de mettre fin aux manifestations politiquement dommageables, arguant qu’en réalité, « ces manifestations anarchistes et ridicules » le servent politiquement et que « le public en a assez ».

Les manifestants contre le Premier ministre Benjamin Netanyahu utilisent des chaises pour créer une distanciation sociale lors d’un rassemblement devant sa résidence officielle à Jérusalem, le 24 septembre 2020. (Yonatan Sindel / Flash90)

« Les phases de confinement ne sont pas faciles, mais sauver des vies passe avant tout », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem. « Nous sommes au paroxysme d’une guerre en cours. »

Ses commentaires sont intervenus après que le responsable de la lutte contre le coronavirus, Ronni Gamzu, a déclaré plus tôt jeudi qu’il avait recommandé de « resserrer le confinement mais de ne pas paralyser tout le pays ». Il a réitéré publiquement son opposition aux nouvelles restrictions de confinement qui devraient être mises en œuvre vendredi, affirmant que les dommages économiques seraient « énormes ».

Selon Haaretz, l’un des ministres présents à la réunion du cabinet jeudi matin qui a décidé des nouvelles restrictions, aurait déclaré : « Il était clair que le désir personnel [de Netanyahu] de réduire les manifestations était à l’arrière-plan [de sa prise de décision]. Chaque fois que quelqu’un a prononcé le mot ‘manifestation’, il a sursauté. »

Le ministre des Finances Israel Katz du Likud a également fustigé la fermeture de presque toute l’activité économique pendant deux semaines, une décision qui va à l’encontre des recommandations du ministère des Finances émises la semaine dernière. Katz était l’un des rares ministres du gouvernement à avoir voté contre le confinement.

Une femme passe devant une banderole encourageant les gens à porter des masques à Tel Aviv, le jeudi 24 septembre 2020. (AP / Sebastian Scheiner)

« Il est possible de prendre des mesures pour contenir la maladie sans nuire gravement aux usines et entreprises du secteur privé, celles qui ne sont pas ouvertes au public et qui veillent à respecter les directives du ministère de la Santé », a-t-il déclaré après le vote du gouvernement. « La résilience économique d’Israël fait partie de sa résilience nationale ; elle doit aussi être protégée. »

Le ministre des Sciences Yizhar Shay de Kakhol Lavan a quitté la réunion du gouvernement en signe de protestation et a menacé de démissionner du gouvernement, mais a ensuite fait marche arrière après avoir rencontré Benny Gantz jeudi soir.

Les responsables ont défendu le confinement en expliquant que les mesures précédentes n’avaient pas suffi à contenir la propagation du virus, en partie à cause du faible niveau de respect des règles gouvernementales.

Le commandement du front intérieur de l’armée, qui est en charge de la mise en place du système national de traçage des contacts et d’enquête épidémiologique qui devrait être déployé pour aider à endiguer les infections sans multiplier les confinements, a déclaré mercredi qu’il estimait qu’au moins 41 % des Israéliens censés être en auto-quarantaine selon la législation existante n’avaient pas respecté les règles de quarantaine.

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