Avec un nouveau programme de simulation, les médecins de Tsahal s’entraînent à sauver de vraies vies
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Qu’il soit une victime ou un attaquant, “nous apprenons aux gens à soigner sur la base de la sévérité des blessures”, déclare un officier

Avec un nouveau programme de simulation, les médecins de Tsahal s’entraînent à sauver de vraies vies

En pleine vague de violence et de terrorisme palestiniens, les médecins de Cisjordanie de l’armée utilisent un centre hospitalier de pointe pour aiguiser leurs compétences

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Le personnel médical de l'armée israélienne soigne ses "patients", des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Le personnel médical de l'armée israélienne soigne ses "patients", des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)

Trois personnes ont été blessées dans une attaque à main armée, dont deux sérieusement, dans l’hôpital Tel Hashomer, près de Tel Aviv, jeudi matin. Dans la pièce voisine, deux personnes ont été poignardées.

Les « personnes » sont cependant des mannequins en plastique – des poupées qui imitent les systèmes respiratoires et circulatoires des êtres humains. Et ils n’ont en fait ni reçu de balles ni été poignardés, mais ils agissent comme si cela avait été le cas.

Afin de former ses médecins et secouristes pour des scénarios de combat d’urgence, l’armée israélienne a commencé à utiliser le centre de simulation médicale (CSM) de l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan en octobre – alors que la vague actuelle de terrorisme palestinien s’accélérait.

Dans le centre, le personnel médical de l’armée s’entraîne au triage et aux premiers secours dans des scénarios réels, mais sans victimes réelles, a déclaré le Dr Colonel Hagay Frenkel, médecin en chef du commandement central de l’armée israélienne.

Grand et autoritaire, avec une coupe de cheveux en brosse du style des Marines américains, Frenkel a aidé à développer le programme CSM de l’armée et supervise les exercices de jeudi.

Le Dr Colonel Hagay Frenkel (au centre, béret rouge) observe une équipe médicale de l'armée s'entrainer sur ses "patients", des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humains, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hasomer de Ramat gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Le Dr Colonel Hagay Frenkel (au centre, béret rouge) observe une équipe médicale de l’armée s’entrainer sur ses « patients », des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humains, au centre de simulation médicale de l’hôpital Tel Hasomer de Ramat gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l’armée)

L’armée a d’autres centres de formation, y compris un centre de pointe à Ir Habahadim – la « ville » des bases de formation de l’armée – dans le désert du Néguev. Mais aucun n’est comparable au CSM de Tel Hashomer, a déclaré Frenkel.

Au CSM, un système sonore fournit des effets réalistes – un hélicoptère volant au-dessus de leurs têtes, des explosions – et de multiples caméras installées dans les salles d’entraînement permettent à l’équipe médicale de revoir les exercices et de trouver comment ils peuvent s’améliorer, a déclaré Frenkel. (Le système sonore peut également être utilisé pour jouer de la musique à la fin d’un exercice ; après ceux de jeudi, c’était « Adventure of a lifetime » de Coldplay).

Le mois dernier dans son bureau de Jérusalem, Frenkel a montré au Times of Israel un message qu’il avait reçu – preuve de l’efficacité de CSM, a-t-il dit – d’une secouriste combattante du commandement central le remerciant pour le programme de formation, et lui disant qu’elle avait réussi à utiliser l’une des techniques d’intubation qu’elle a apprise à Tel Hashomer pendant qu’elle était déployée en Cisjordanie.

Le personnel médical de l'armée israélienne soigne ses "patients", des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Le personnel médical de l’armée israélienne soigne ses « patients », des mannequins intelligents qui simulent les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l’armée)

S’améliorer en toute cironstance

La combinaison de l’entraînement du CSM et l’expérience du terrain acquise dans les six derniers mois de violence accrue en Cisjordanie ont amélioré les capacités du corps médical du commandement central, a déclaré Frenkel.

« Nous sommes meilleurs que nous l’étions le 1er octobre », a-t-il déclaré.

Il est difficile de mesurer numériquement les affirmations d’amélioration de Frenkel, alors que beaucoup de facteurs peuvent impacter les chances de survie d’une victime d’attaque – dont la sévérité des blessures, le temps de réponse, et la distance jusqu’à l’hôpital.

Il y a certain cas où même si une personne était blessée au milieu d’une salle d’opérations, le personnel médical serait toujours incapable de la sauver.

« Mais j’ai enquêté à chaque fois qu’il y a eu un évènement dans lequel quelqu’un aurait pu être sauvé », a déclaré Frenkel. « Sommes-nous parfaits ? Non, nous ne sommes pas parfaits. Mais nous sommes bons. »

Trop d’expérience

Les médecins et secouristes de l’armée ont malheureusement eu beaucoup d’opportunités de formation dans la vie réelle, avec des centaines de personnes blessées des côtés israélien et palestinien ces derniers mois.

Dans le serment du corps médical de l’armée israélienne, les soldats doivent fournir des soins de la même manière aux victimes et aux terroristes. « Je jure en ce jour de tendre une main aidante à chaque blessé et chaque malade […] qu’il soit un ami ou un ennemi, et à chaque personne comme être humain », est-il écrit dans le serment.

L’armée israélienne, ainsi que le service de premiers secours Magen David Adom, ont fait face à des critiques pour cette pratique de soigner les assaillants, jusque dans ses propres rangs.

« Dans le corps médical, personne ne se demande si nous devons faire ça. Mais dans l’armée en général, est-ce un sujet ? Oui », a admis un militaire, bien qu’il pense que la discussion sur le sujet soit « saine ».

Quelles que soient les critiques, l’officier a déclaré que « nous apprenons aux gens à traiter sur la base de la sévérité des blessures des victimes, pas sur leur religion ».

Certains Palestiniens et des organisations de gauche ont néanmoins accusé l’armée de répondre trop lentement aux arabes blessés pendant qu’ils attaquaient, ou qui étaient suspectés d’être en train d’attaquer, des soldats de l’armée.

‘Nous apprenons aux gens à traiter sur la base de la sévérité des blessures des victimes, pas sur leur religion’

Tout retard dans le traitement, a répondu un officier de l’armé, provient de l’attente de l’équipe médicale d’un feu vert des soldats sur les lieux.

Pendant la deuxième intifada, les terroristes utilisaient parfois des engins explosifs secondaires pour tuer les secours. En conséquence, les équipes médicales doivent aujourd’hui être plus prudentes en s’approchant d’attaquant même apparemment désarmés et invalides, a noté l’officier.

L’armée a sans conteste soigné de nombreux Palestiniens qui ont été blessés quand ils attaquaient des soldats ou des civils. En octobre, un médecin militaire a utilisé un nouveau plasma déshydraté pour sauver la vie d’un homme arabe qui avait été blessé près du carrefour Tapuah, dans le nord de la Cisjordanie, en essayant de poignarder un soldat.

Un cours de rafraîchissement très nécessaire

Le Dr Amit Alfassi, capitaine de réserve, et son équipe de quatre secouristes sont venus jeudi au CSM, prenant une pause d’un plus grand exercice pour la brigade de réserve Hetzei Ha-Esh dans la base militaire Tzeelim, au sud d’Israël.

Un secouriste de l'armée pratique une intubation sur un mannequin intelligent qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Un secouriste de l’armée pratique une intubation sur un mannequin intelligent qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l’armée)

Alors que le reste de la brigade de réserve Hetzei Ha-Esh marchait dans la boue et la poussière du nord du Néguev, Alfassi et une douzaine d’autres membres du personnel médical de l’armée travaillaient dans un confort relatif sur le campus étendu de Tel Hashomer pour aiguiser leurs compétences professionnelles. Les réservistes sont appelés pour se former environ une fois par an, a déclaré Frenkel, mais c’était la première fois au CSM.

Le personnel médical du commandement central se forme au centre trois fois par mois. Les médecins et les secouristes vont à Tel Hashomer deux fois par mois, pendant que l’équipe du CSM apporte ses équipements au commandement pour une formation in situ une fois par mois.

Pour les médecins et les secouristes, qui travaillent en médecine constamment dans leur vie civile, ses exercices d’entraînement sont des rafraichissements utiles de points spécifiques de la médecine de combat.

Dans la vie civile, Alfassi, père de trois filles, travaille comme médecin dans une clinique de médecine familiale à Nahariya, dans le nord d’Israël, et les communautés environnantes. Pour lui, ces exercices lui fournissent l’opportunité d’être à nouveau familiarisé avec les exigences du travail au sein d’une équipe combattante et avec les dernières nouveautés de la médecine d’urgence.

Le Dr Alfassi (au centre) soigne un "patient", un mannequin intelligent qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Le Dr Alfassi (au centre) soigne un « patient », un mannequin intelligent qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l’armée)

Mais pour les secouristes combattants classiques, ces exercices sont vitaux, puisque seulement une petite partie d’entre eux travaillent dans une profession médicale après l’armée, a déclaré Frenkel.

« Nous les encourageons à être volontaires au Magen David Adom, a déclaré Frenkel. Mais nous ne pouvons pas les forcer. »

Et si être bénévole au Magen David Adom était nécessaire, a-t-il ajouté, « nous n’aurions aucun secouriste ».

‘Je pense qu’il va s’en sortir’

Au CSM jeudi, l’équipe d’Alfassi est arrivé sur la scène de ce qui représente une attaque à main armée avec trois victimes.

Avant d’entrer dans la pièce, l’équipe a divisé les tâches et préparé son équipement – quelque chose qui serait normalement fait pendant le trajet vers les lieux d’une attaque, a déclaré Alfassi.

Après un bref moment de « pas de confusion, mais, vous savez, une seconde pour voir ce qui doit être fait », l’équipe a commencé à travailler, a déclaré Alfassi.

Les opérateurs du CSM, un officier militaire et un civil, ont surveillé les progrès de l’équipe depuis la salle de contrôle et ajouté les effets spéciaux conçus pour rendre l’exercice plus réaliste.

Les opérateurs du centre de simulation médicale regardent depuis la salle de contrôle les équipes médicales de l'armée pendant qu'elles soignent leurs "patients", des mannequins intelligents qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l'hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l'armée)
Les opérateurs du centre de simulation médicale regardent depuis la salle de contrôle les équipes médicales de l’armée pendant qu’elles soignent leurs « patients », des mannequins intelligents qui simule les systèmes respiratoire et circulatoire humain, au centre de simulation médicale de l’hôpital Tel Hashomer de Ramat Gan, le 11 février 2016. (Crédit : Adi Brown/unité des porte-paroles de l’armée)

« Laissez-moi seul ! Laissez-moi seul !, » a crié l’un des opérateurs dans le micro pour imiter un patient non coopérant.

Alfassi et son équipe de quatre secouristes ont traité les trios patients, leur donnant des fluides en intraveineuse et des médicaments pour deux d’entre eux qui étaient sévèrement blessés.

Les blessures par balles, a-t-il déclaré, sont particulièrement difficile parce qu’il est quasiment impossible de connaître l’étendue des blessures internes dont souffre le patient.

Alfassi et son équipe ont stoppés l’hémorragie, qui est la principale menace immédiate à la vie, et ont généralement stabilisé les patients. « L’équipe a bien travaillé », a-t-il déclaré après.

L’une des victimes aurait toujours besoin que son torse soit drainé par l’équipe médicale de l’hélicoptère imaginaire qui est arrive pour les emmener, a déclaré Alfassi. « Ça va être juste, a-t-il dit, mais je pense qu’il va s’en sortir. »

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