Avec une main sur la valise, les Juifs français cherchent un lien avec Israël
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Avec une main sur la valise, les Juifs français cherchent un lien avec Israël

Le chef du CRIF déclare que les Juifs français peuvent constituer un pont entre l’Europe, Israël et l’Asie pour aider à développer l’économie high-tech d’Israël

David Shamah édite notre section « Start-Up Israel ». Spécialiste depuis plus de dix ans en technologies et en informatique, il est un expert reconnu des start-up israéliennes, de la high-tech, des biotechnologies et des solutions environnementales.

Roger (g) et Edouard Cukierman à la conférence Go4Israel le 26 octobre 2015 (Crédit : autorisation)
Roger (g) et Edouard Cukierman à la conférence Go4Israel le 26 octobre 2015 (Crédit : autorisation)

Le demi-million de Juifs de France ne viendra peut-être pas en Israël demain, mais avec la montée de l’antisémitisme au cours des récentes années, ils pourraient bien se retrouver à ne plus avoir d’autre choix que d’émigrer plus tard, si ce n’est pas bientôt. Mais ceux qui décident de rester en France veulent tout de même s’engager aux côtés d’Israël, si ce n’est pas en vivant là-bas, au moins économiquement.

« C’est une raison pour laquelle autant de Juifs français achètent de l’immobilier en Israël, a déclaré Roger Cuckierman, le président du CRIF au Times of Israël. De nombreux Juifs français préparent leur alyah pendant des années. Environ 20 000 sont venus en Israël au cours des dernières années, et beaucoup ont acheté des maisons là-bas ».

Cuckierman, âgé de 79 ans, est président du Conseil Représentatif des Institutions Juives de France (CRIF), l’organisation générale qui représente les principaux groupes juifs en France. Il est aussi le vice-président du Congrès Mondial Juif.

Cukierman était en Israël pour la conférence annuelle Go4Israel à Tel Aviv qui est organisée et sponsorisée par la compagnie d’investissement Cuckierman & Co., dirigée par Edouard Cuckierman, son fils, un des investisseurs les plus importants d’Israël en Europe et en Chine.

Considéré comme l’un des plus importants rassemblements d’investisseurs internationaux en Israël, le Go4Israël, qui a eu lieu à Tel Aviv le mois dernier, permet d’évoquer des questions liées aux investissements et aux start-ups, y compris la collecte de fonds et la création d’alliances stratégiques entre les entreprises, les entrepreneurs et les investisseurs du monde entier.

Les entreprises présentes à l’événement comprennent des compagnies en la hi-tech, les sciences et l’énergie renouvelable et d’autres domaines.

Parmi les investisseurs, une grande délégation venait d’Europe, particulièrement de France et de Chine.

Avec une présence accrue des investisseurs chinois à la conférence Go4Israël, qui sont maintenant à la pointe des investissements en Israël, nous pouvons ouvrir des nouvelles opportunités et créer des nouvelles relations entre les entrepreneurs et des investisseurs internationaux, a déclaré Edouard Cuckierman. Israël en tant que pays et les Israéliens en tant que partenaires d’affaires ont beaucoup à offrir au monde ».

Alors que l’attention était largement concentrée sur la Chine, Roger Cukierman a déclaré qu’il était important de ne pas négliger l’Europe.

« Malgré de nombreux problèmes, de l’afflut de migrants sur le continent à la résurgence de la Russie comme une puissance majeure, ou la croissance économique anémique dans de nombreux pays de l’UE, celle-ci ne va pas disparaître, elle restera un partenaire de commerce important pour Israël ».

Cela inclut bien sûr la France. Le commerce entre Israël et la France était à hauteur de 3 milliards de dollars en 2014, une augmentation de 3,4 % par rapport à l’année précédente.

Des délégations commerciales françaises sont fréquemment en Israël, et en juin dernier, l’ancien président français Nicolas Sarkozy, qui a personnellement conduit une délégation de plus de 100 hommes d’affaires, a déclaré que la France ne croyait pas au boycott d’Israël.

Capture d’écran de Nicolas Sarkozy à la conférence d'Herzylia - 8 juin 2015 (Crédit : IDC/YouTube)
Capture d’écran de Nicolas Sarkozy à la conférence d’Herzylia – 8 juin 2015 (Crédit : IDC/YouTube)

« Ce n’est pas la manière dont la France veut se conduire, a déclaré Sarkozy dans une visite à Jérusalem Venture Partners (JVP), où il a observé des start-ups en comunication, en sécurité informatique et des technologies d’application mobile, exprimant son désir que certaines d’entre elles aient des partenariats avec des entreprises françaises et leur enseigne les secrets du succès des start-ups.

Pedant la conférence de presse, Sarkozy a déclaré qu’il avait une seule question pour son hôte aux bureaux de JVP. « Comment Israël est-il devenu une Nation Start-Up ? », a demandé Sarkozy.

Mais le désir de la France de s’associer avec des start-ups israéliennes n’aide pas les Juifs français à être protégés, a déclaré Roger Cukierman.

« Les Juifs sont en France depuis 2 000 ans, et nous avons une histoire illustre… Mais, maintenant, nous nous sentons comme des citoyens de seconde classe protégés par la police et l’armée ».

Un soldat français posté devant une synagogue parisienne le 12 janvier 2015 (Crédit : JOEL SAGET / AFP)
Un soldat français posté devant une synagogue parisienne le 12 janvier 2015 (Crédit : JOEL SAGET / AFP)

Les gouttes d’eau qui ont fait déborder le vase de l’antisémitisme étaient les attaques de 2012 contre l’école juive Ozar Hatorah à Toulouse dans laquelle quatre personnes, dont trois enfants, ont été tués, et la prise d’otages puis les meurtres à l’Hyper Cacher à Paris, où quatre otages juifs ont été assassinés.

Mais ce n’était que la partie émergée de l’iceberg, a déclaré Cuckierman.

« Chaque année, nous enregistrons 1 000 actes de violence contre les Juifs, principalement du fait de Musulmans, et il y en a probablement plus qui ne sont pas dénoncés. Les Juifs n’envoient plus les enfants dans des écoles publiques, par peur de la violence, ils choisissent de payer des écoles juives privées, des écoles laïques privées et même des écoles chrétiennes, qui sont souvent les seules écoles avec de la place disponible ».

Des gardes armés vont partie du quotidien juif, avec le gouvernement qui déploit plus de 10 000 soldats pour protéger les institutions et les communautés juives.

« C’est un réconfort de savoir que l’on s’occupe de nous, mais lorsqu’un parent voit cela, ils se demande s’il y a un futur dans ce pays », a déclaré Cukierman.

Tandis que de nombreux Juifs français quittent le territoire, la majorité restera, a déclaré Cukierman, mais avec une main sur la valise. Pourtant, ceux qui restent vraiment, chercheront en Israël du soutien et de l’encouragement, et des opportunités d’investissement, espérant conserver leur argent dans une économie que beaucoup considèrent comme ayant plus de potentiel. Cela symbolise aussi leur connexion avec le possible foyer.

Des Juifs français peuvent aussi aider Israël.

« Nous pouvons être un pont entre l’Europe, Israël et l’Asie, en aidant à développer l’économie hich-tech d’Israël et améliorant les relations d’affaire avec des entreprises en France et en Europe », a déclaré Cukierman.

Quelle que soit son attitude envers les Juifs, la France, avec une bonne partie du reste de l’Europe, est avide de partenariat avec Israël et cherche à tirer profit des grandes avancées en matière de technologie, de médecine, de sécurité et beaucoup plus, a-t-il ajouté.

« Lorsque vous regroupez des cerveaux dans des entreprises dynamiques de différents pays, vous créez quelque chose qui est plus grand que la somme de ses parties. Les Juifs français peuvent représenter un atout dans cet effort ».

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