Barghouthi, le terroriste qui sort vainqueur du Congrès du Fatah
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Barghouthi, le terroriste qui sort vainqueur du Congrès du Fatah

Réélu haut la main - avec plus de 70 % des voix exprimées - le chef du Tanzim (branche armée du Fatah) purge une peine de prison à perpétuité

Marwan Barghouthi au tribunal en 2002 (Crédit : Flash90)
Marwan Barghouthi au tribunal en 2002 (Crédit : Flash90)

Etre emprisonné en Israël depuis 14 ans n’a pas empêché le terroriste palestinien Marwan Barghouthi de triompher ce week-end à l’élection du Fatah et d’apparaître ainsi comme un successeur possible au président Mahmoud Abbas.

A 57 ans, ce partisan de la lutte armée contre les Israéliens a pu vérifier dimanche sa forte popularité en étant réélu haut la main –avec plus de 70 % des voix exprimées– au Comité central du parti palestinien réuni en congrès à Ramallah.

« Après 14 ans en prison, Marwan a plus d’influence que jamais », s’est récemment félicité son épouse Fedwa, elle aussi cadre dirigeant du Fatah, dans un entretien à l’AFP.

« Il a réussi à faire échouer le plan israélien pour le faire taire et l’isoler de la rue et de la politique palestinienne ».

Marwan Barghouthi, actuellement condamné à perpétuité, s’est engagé dès son plus jeune âge auprès du Fatah. Il s’est fait arrêter une première fois par Israël à 18 ans. Il est considéré comme l’un des principaux meneurs de la première Intifada en 1987, année durant laquelle il sera expulsé en Jordanie. Il ne reviendra en Israël qu’après la signature des accords d’Oslo en 1994.

Il participe à la Seconde Intifada en tant que chef du Tanzim, la branche armée du Fatah. Il deviendra l’homme le plus recherché d’Israël.

Barghouthi a été condamné en 2004 pour cinq meurtres et tentatives de meurtres dans une entreprise terroriste sous son commandement, y compris pour avoir autorisé et organisé l’attentat du Sea Food Market à Tel Aviv dans lequel trois civils furent tués.

Marwan Barghouthi, condamné à perpétuité par la justice israélienne, est devenu pour les Palestiniens l’une des figures de la « résistance à l’occupation israélienne ».

Cet homme de petite taille et au visage rond barré d’une moustache avait été propulsé sur le devant de la scène par la deuxième Intifada, le soulèvement palestinien de 2000 à 2005, dont il est considéré comme l’un des inspirateurs.

Reconnu coupable par l’Etat hébreu d’implication dans des attentats, il avait été condamné en 2004 à cinq peines de prison à vie et reste un terroriste pour les Israéliens.

Ce diplômé en sciences politiques, père de quatre enfants, n’a jamais caché son soutien à la lutte armée pour mettre fin à près d’un ‘demi-siècle d’occupation israélienne des Territoires palestiniens’.

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‘V’ de la victoire

Lors de son procès, qu’il voulait celui de l’occupation, Marwan Barghouti avait répondu à l’annonce de sa peine que l’Intifada se poursuivrait en faisant le « V » de la victoire.

Son portrait, poignets menottés mais ses doigts formant ce « V », s’étale aujourd’hui encore partout dans les Territoires et notamment sur la barrière de sécurité construite par les Israéliens alors qu’il entrait en prison.

Depuis les différentes prisons où il est régulièrement transféré, il publie des lettres ouvertes. « On nous a dit qu’en ayant recours aux moyens pacifiques et aux cadres diplomatiques et politiques, nous engrangerions le soutien de la communauté internationale pour mettre fin à l’occupation. Et pourtant (…) la communauté internationale n’a pas réussi à adopter une seule mesure significative », accuse-t-il dans l’une d’elles.

Il y dit « plaider pour une paix fondée sur le droit international et les résolutions de l’ONU » mais affirme avoir « vu Israël détruire méthodiquement cette perspective année après année ».

Depuis son arrestation en 2002, Barghouthi a vu sa popularité monter en flèche, au point d’apparaître comme un successeur potentiel à Yasser Arafat avant même sa mort en 2004.

Aujourd’hui, Abbas, 81 ans, est de plus en plus contesté.

En cas de présidentielle opposant Abbas, Barghouthi et le chef du groupe terroriste palestinien du Hamas à Gaza, Ismaïl Haniyeh, Barghouthi l’emporterait avec 41 % des voix, contre 33 % pour l’islamiste et 21 % pour le président actuel, révèle le sondage du Palestinian Center for Policy and Survey Research (PSR).

Marwan Barghouthi serait le seul, dit-on, qui puisse espérer mettre un terme à la division consacrée par la violente prise de pouvoir du Hamas à Gaza en 2007.

Il s’était porté candidat depuis sa prison à la présidentielle de 2005 pour défier la « vieille garde » du Fatah, avant de renoncer et de soutenir M. Abbas.

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