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Beaucoup d’ultra-orthodoxes respectent Yom HaZikaron – mais pas tous

Les médias et les chefs de la communauté Haredim approuvent de plus en plus les cérémonies organisées pour les soldats morts au combat et les victimes de terrorisme - mais d'autres parlent d'Holocauste' perpétré contre le judaïsme

Stuart Winer est journaliste au Times of Israël

Le ministre de la Santé Yaakov Litzman lors d'une cérémonie marquant Yom HaZikaron à Kiryat Gat, le 1er mai 2017. (Crédit : ministère de la Santé)
Le ministre de la Santé Yaakov Litzman lors d'une cérémonie marquant Yom HaZikaron à Kiryat Gat, le 1er mai 2017. (Crédit : ministère de la Santé)

Alors qu’Israël célèbre sa Journée du souvenir lundi, les membres de la communauté ultra-orthodoxe, considérés par de nombreuses personnes comme hostiles envers l’armée et l’état laïc d’Israël pour des raisons idéologiques, a organisé des cérémonies et des événements pour honorer les 23 544 soldats tombés au combat et les 3 117 victimes du terrorisme, ont rapporté les médias communautaires.

Deux des plus importants sites Internet destinés aux ultra-orthodoxes israéliens ont présenté en Une les cérémonies et autres activités en liaison avec la Journée du souvenir.

Le site Internet Behadrei Haredim a réalisé un reportage au sujet des membres de la Knesset ultra-orthodoxes s’étant rendus aux cérémonies officielles. Le reportage notait – en l’approuvant – que les sept membres du parti Shas devaient assister aux cérémonies programmées et assurait les lecteurs que, si la majorité des six législateurs issus de la formation Yahadut Hatorah s’en abstenaient, ces derniers respecteraient toutefois cette journée solennelle d’une autre façon.

Pourtant, le ministre de la Santé, Yaakov Litzman, législateur de Yahadout Hatorah, s’est rendu à une cérémonie de commémoration aux côtés des pilotes de l’armée israélienne et a déposé une couronne en tant que représentant officiel du gouvernement.

La Journée du souvenir en Israël a commencé dimanche soir et s’achèvera lundi dans la soirée, lorsque le pays fera la transition avec les réjouissances de la Journée de l’Indépendance.

Behadrei Haredim a également souligné son récent soutien à un programme dans lequel des membres Haredim étudient des sections du Talmud en hommage aux soldats décédés sur le front et aux victimes du terrorisme.

Selon un article présent sur le site, depuis qu’il a annoncé l’appui qu’il apportait au programme « Lakdoshim » (« Pour les martyrs »), des milliers de personnes ont rejoint le projet, qui a pour objectif de réunir suffisamment de bénévoles pour étudier conjointement les 2 711 pages du Talmud durant les vingt-quatre heures consacrées à la Journée du souvenir.

Illustration: Des soldats ultra-orthodoxes de l'armée sur la base militaire Peles dans la vallée du Jourdain (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)
Illustration: Des soldats ultra-orthodoxes de l’armée sur la base militaire Peles dans la vallée du Jourdain (Crédit : Yaakov Naumi/Flash90)

Le site Kikar Hashabat, l’un des plus populaires au sein de la communauté ultra-orthodoxe en Israël, a organisé de manière similaire une lecture en ligne des Psaumes en mémoire des défunts, avec pour objectif de réunir suffisamment de volontaires pour lire tous les chapitres du livre au cours de la Journée du souvenir. L’étude des textes religieux ou la lecture des Psaumes sont des moyens traditionnels pour les Juifs de rendre hommage à la mémoire de ceux qui ont perdu la vie.

Kikar Hashabat a fait la liste des cérémonies du souvenir ultra-orthodoxes organisées dans tout le pays, notamment celles prévues à Jérusalem et à Tel Aviv. Parmi les autres activités promues sur le site, des visites sur les tombes, ce qui est également une manière habituelle de rendre hommage aux morts.

Les deux sites Internet ont également publié lundi des histoires consacrées à de jeunes ultra-orthodoxes ayant perdu la vie alors qu’ils combattaient sur le front dans les guerres d’Israël.

Des programmes de commémoration ont aussi été diffusés dimanche soir sur les ondes de l’une des plus importantes radios Haredim, Kol Barama.

Yair Cherki, journaliste spécialisé dans les affaires religieuses sur la Deuxième chaîne, a noté dans un post publié samedi sur Facebook une tendance croissante chez les ultra-orthodoxes à reconnaître les événements organisés lors de la Journée du souvenir et lors de la Journée de l’Indépendance. Il a également souligné que les Israéliens Haredim éprouvent de plus en plus d’affinités avec les fêtes civiles au sein de l’état juif.

« Vous pouvez écrire des volumes sur l’histoire des Haredim et [leur relation au] sionisme et expliquer le bagage idéologique entier, c’est vrai, mais vous risqueriez de manquer ce qui est en train véritablement de se passer. Il y a une génération ultra-orthodoxe qui [est en train de grandir en se sentant] vraiment israélienne, dans tous les sens du terme. Les jeunes vivent dans le pays, ils sont impliqués, ils sont informés et ils veulent y appartenir », a-t-il écrit.

« Même si dans les journaux ultra-orthodoxes établis, on ignore encore les fêtes nationales, ce n’est pas vraiment pertinent. Les stations de radio et les sites Internet haredim atteignent un public bien plus important et ils font ce qu’ils peuvent en faveur de l’appartenance ».

De nombreux Israéliens, ces dernières années, ont été indignés par la coutume des Ultra-orthodoxes de refuser de s’arrêter durant les sirènes nationales, qui retentissent la veille et durant la matinée de la Journée du souvenir.

Lundi, Kikar Hashabat a annoncé qu’un rabbin important au sein de la communauté ultra-orthodoxe, Zion Boaron, avait mis en garde contre des « médias hostiles » qui, chaque année, cherchaient les membres de la communauté refusant le rituel. Dans un récent discours prononcé devant un public d’étudiants dans une yeshiva, il leur a demandé de rester à l’intérieur des habitations pendant les sirènes.

« Lors de la Journée de l’indépendance, de la Journée du souvenir, ils ne font que chercher une personne qui marcherait au moment où on active la sirène », a dit Boaron devant son auditoire. « Vous ne devez pas vous faire prendre dans cette situation. Pendant les sirènes, je ne sors pas, pour ne pas leur donner une raison de s’indigner, parce qu’ils ne comprennent pas, ce sont des ignorants. »

Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent contre l'incorporation dans l'armée, dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 22 décembre 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)
Des Juifs ultra-orthodoxes manifestent contre l’incorporation dans l’armée, dans le quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 22 décembre 2015 (Crédit photo: Yonatan Sindel / Flash90)

Nombreux sont ceux qui dans la communauté ultra-orthodoxe fuient le service militaire obligatoire qui s’applique à la majorité des Israéliens et la communauté a joui dans l’histoire d’exemptions globales en faveur des études religieuses.

Malgré tout, certains refusent même de faire une apparition dans les bureaux de recrutement pour demander des exemptions, ce qui mène à des arrestations pour insoumission de la part des autorités israéliennes. Les arrestations ont augmenté les tensions entre les autorités et la communauté, avec des affrontements et des mouvements de protestation réguliers à Jérusalem, Beit Shemesh et Bnei Brak. Les Israéliens ultra-orthodoxes qui choisissent de rejoindre l’armée ont été agressés à certaines occasions par des membres de factions opposées au service militaire.

« Cette histoire des factions extrémistes, nous en parlons beaucoup dans les médias et nous avons raison de le faire », a écrit Cherki. « Mais quand on voit un Haredi maudire un soldat, nous ne devons pas nous tromper et manquer cet aspect important de l’histoire : Nous nous sommes habitués à l’existence de soldats ultra-orthodoxes ».

Plusieurs dizaines d’Israéliens ultra-orthodoxes ont cependant manifesté lundi contre une cérémonie de Yom HaZikaron organisée par d’autres Juifs ultra-orthodoxes à Bnei Brak, dans le centre du pays.

La police a dispersé la manifestation.

Les manifestants protestaient contre la cérémonie et « l’Holocauste » perpétré contre le judaïsme, en parlant de la laïcisation de l’Etat d’Israël.

Judah Ari Gross a contribué à cet article.

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