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Belgique : Vers le retrait d’un monument à la mémoire des SS à Zedelgem ?

Le rapport a été rédigé par une commission de 15 historiens belges et internationaux spécialistes de la question et plaide pour son déboulonnage

La statue "Latvian Beehive" à Zedelgem, en Belgique. (Crédit : Okupacijas Muzejs via JTA)
La statue "Latvian Beehive" à Zedelgem, en Belgique. (Crédit : Okupacijas Muzejs via JTA)

Un panel d’experts s’est prononcé en faveur du retrait du monument à la mémoire des SS lettons à Zedelgem en Belgique, a rapporté le site territoires-memoire.be.

Le rapport a été rédigé par une commission de 15 historiens belges et internationaux spécialistes de la question. Le groupe était « chargé de statuer sur le caractère inapproprié ou non du monument érigé par la commune de Zedelgem en mémoire des prisonniers de guerre lettons détenus dans un camp voisin, à la fin de la Seconde Guerre mondiale ».

« À l’unanimité, le panel considère que l’érection d’un monument à la mémoire de la Légion lettone à Zedelgem, sur une place publique (…) était un acte inapproprié. Un tel monument serait controversé en Lettonie même et ne peut qu’être source de confusion et susciter la controverse non seulement à Zedelgem mais aussi sur le plan international », a conclu la commission, qui a plaidé pour son déboulonnage.

La statue, installée dans la ville de Zedelgem, en Flandre occidentale, à proximité de Bruges, a été érigée en 2018. Elle vient commémorer les prisonniers de guerre détenus par l’armée britannique dans cette commune entre 1945 et 1946. Ces prisonniers, au nombre de 12 000, étaient tous des légionnaires lettons, combattants SS.

Zedelgem, en Belgique. (Crédit : Capture d’écran Google Maps)

La bourgmestre de Zedelgem, Annick Vermeulen (CD&V), l’ambassadeur de Lettonie en Belgique, Ilze Rūse, et Valters Nollendorfs, président du Musée de l’occupation de la Lettonie, avaient participé à la cérémonie d’inauguration de cette « ruche lettone pour la liberté ».

Sur le monument, il est indiqué que celui-ci « symbolise la liberté sous tous ses aspects », sans rappeler que les prisonniers de guerre commémorés par ce symbole étaient tous des combattants SS de la Légion lettone.

« Les abeilles sont des créatures pacifiques qui n’attaquent personne de leur plein gré. Elles ne piquent que menacées. Elles commencent alors à se battre pour leur propre ruche, leur famille et leur liberté », est-il également écrit sur la plaque, sans qu’il soit précisé que les combattants de la Légion lettone ont commis des crimes de guerre en Biélorussie, en Pologne, en Russie et en Lettonie. Le Sonderkommando Arājs, unité paramilitaire SS lettone, est elle responsable de l’extermination de dizaine de milliers de Juifs.

« Si évoquer la présence de prisonniers de guerre lettons n’est pas réellement dérangeant lorsque c’est fait de manière neutre et purement factuelle, leur rendre les honneurs et les poser en victimes est une autre étape qu’il n’était pas nécessaire de franchir – sauf pour flatter certains courants nationalistes lettons – et que je n’aurais jamais osé franchir, surtout sans connaitre le passif précis de ces hommes », avait commenté il y a quelques mois Pierre Müller, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale qui prépare une thèse sur les camps de prisonniers alliés en Belgique.

Dans une lettre au magazine Regards, la bourgmestre de Zedelgem, Annick Vermeulen, avait répondu face à la polémique qui existe depuis l’inauguration : « La commune de Zedelgem ne veut laisser planer aucun doute sur le fait qu’elle condamne les horribles actes de guerre qui ont eu lieu sous la domination allemande des nazis. Par conséquent vous comprendrez que nous sommes particulièrement touchés et attristés lorsqu’il est insinué que notre commune honorerait soi-disant les membres de la Waffen SS et/ou voudrait leur rendre hommage par le symbole de la ruche, cette œuvre d’art évoquée. »

Elle avait ajouté que le monument défendait l’idée de la liberté dans tous ses aspects, « tant ce grand désir général de liberté pendant l’emprisonnement, que la liberté retrouvée par les nombreux prisonniers de guerre lors de leur libération. (…) La commune de Zedelgem souligne que l’œuvre d’art a été érigée en mémoire de la liberté universelle et n’est pas mise en honneur ou en commémoration d’un groupe ou d’une section de prisonniers de guerre ».

https://twitter.com/LResistances/status/1383858177540726794

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